Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+ |

Accueil > Articles scientifiques > La science dans l’art > Horlogerie > Les montres

Les montres

La Science Illustrée N° 605, 1 Juillet 1899

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

Une montre peut être définie comme une horloge portative qui marche dans toutes les positions. On ne connaît ni le lieu, ni la date, ni l’auteur de leur invention, on sait seulement qu’à la fin du XVIe siècle il y avait déjà des fabricants de montres à Paris et à Nuremberg et que cent ans après elles étaient assez répandues.

Les montres du XVIe siècle étaient fort imparfaites ; leur boîte avait souvent une grande valeur artistique, mais leur mécanisme était très grossier. Elles marquaient vingt-quatre heures, ne portaient qu’une aiguille, parfois délicatement ciselée, tournant sur un cadran très orné. Le cristal de roche, le cuivre et l’argent étaient les matières les plus employées pour leur fabrication. Au point de vue de la forme, elles étaient le plus souvent aussi épaisses que larges ; on en fit de globuleuses, de cylindriques, d’octogonales, de cruciformes, d’ovales. La forme en amande, imaginée par Myrmécide, était très en faveur. Les montres de Nuremberg étaient en général ovoïdes, ce qui leur valut le nom d’œufs ou d’oignons dans le langage vulgaire.

La plupart étaient massives, se portaient dans un boîtier spécial ou dans une sorte de sac qui fut l’origine du gousset, ou encore suspendues à un collier ; mais on en fabriqua aussi de très petites, de si petites même qu’on pouvait les enchâsser dans le chaton d’une bague, comme ce beau modèle de l’ornemaniste lorrain Wœriot.

Anne de Danemark, mariée en 1589 à Jacques 1er roi d’Angleterre, en avait une dont le chaton en cristal contenait un mouvement « sonnant » l’heure non pas sur un timbre, mais sur le doigt, que le marteau frappait doucement par de légères piqûres.

Les montres à sonnerie, assez rares au XVIe siècle, se répandirent beaucoup au siècle suivant. Les montres à répétition furent inventées en 1676 par Barlow, de Londres. La première qu’on vit en France fut envoyée à Louis XIV par le roi Charles II.

Au point de vue du mécanisme un premier progrès fut réalisé vers 1550 par l’invention de la fusée, pièce reliée au barillet par une cordelette de boyau jusqu’en 1674 où le Gènevois Gruet lui substitua une chaînette d’acier encore usitée aujourd’hui.

En 1675, Huygens et Hooke imaginèrent presque en même temps le régulateur à ressort spiral qui repose sur ce principe que les petites vibrations d’un ressort enroulé, ayant une de ses extrémités fixe, sont pratiquement isochrones. Au siècle suivant, l’Anglais Georges Graham invente l’échappement à cylindre.

Au point de vue artistique, il nous faut signaler, au début du règne de Louis XIII, l’apparition de la forme en boule aplatie. L’orfèvre Toutin imagine l’émaillerie de bijouterie pour orner les boitiers. Les montres carrées, celles en forme de boutons de fleurs sont nombreuses.

Au XVIIIe siècle, la montre devient une véritable petite merveille. Gravures, miniatures, émaux, incrustations de perles et de pierres fines contribuent à son ornementation. On fit des montres pour bagues, pour bracelets et surtout pour pommes de canne, d’autres avec cassolettes de jaspe pour les parfums, cachets ciselés, clefs ornementées ; des montres automates, entre autres une pièce curieuse, en forme de grenouille sautant aux heures.

Notre époque fabrique aussi des montres artistiques avec cuvette à émaux cloisonnés, à filigranes ou à reliefs. Le mécanisme a atteint une perfection qu’il sera difficile de dépasser.

Parmi les curiosités de l’« horloge de poche » au XIXe siècle, il faut citer les montres à quantièmes, les montres à répétition phonographique qui crient l’heure au lieu de la sonner, les montres extra-plates qu’on pourrait enfermer dans une pièce de cinq francs évidée, les montres minuscules qui exigent une patience et une habileté de main exceptionnelles. A l’exposition de Genève, en 1896, était une petite montre fonctionnant régulièrement et dont la grosseur égalait à peine celle d’une graine de lentille. A côté, un horloger connu, Racine, de Neuchatel, exposait un cadran de 13,5 mm de diamètre dans lequel sont cinq autres cadrans : pour les heures et les minutes, les jours de la semaine avec les planètes, et les secondes, le quantième du jour et celui du mois.

Pour monter la montre on employait autrefois une clef, aujourd’hui on se sert de l’anneau de support. Breguet a fabriqué des montres perpétuelles qui se remontent d’elles-mêmes par le mouvement qu’on leur imprime en marchant. Dans le boîtier est un petit poids d’acier qui s’élève et tombe à chaque pas que l’on fait. En tombant il fait enrouler le ressort de la montre. Sur sa face se trouve un petit cadran indiquant le nombre des heures pendant lesquelles la montre peut marcher. Aussitôt que l’aiguille du cadran marque cinquante-six heures, le système de levier désembraye automatiquement pour éviter de forcer le ressort.