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L’horlogerie moderne

La Science Illustrée N° 592, 1 Avril 1899

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

Dans un précédent article, nous avons parlé des horloges à roues du moyen-âge et de la Renaissance. Vers le milieu du XVIIe siècle, la construction de ces instruments reçut une amélioration importante et fut, pour la première fois, soumise à des règles scientifiques.

La découverte de l’isochronisme des petites oscillations du pendule, due à Galilée, était faite depuis longtemps déjà, mais le grand homme n’avait pas songé à l’appliquer à la régularisation du mouvement des horloges. Vers 1657, Huygens eut la gloire de cette application. Nommés d’abord horloges à pendule, les nouveaux instruments reçurent bientôt par abréviation le nom de pendules qu’on leur donne encore aujourd’hui.

A cette époque, les principaux centres d’horlogerie étaient Londres , Paris, et surtout Nuremberg et Augsbourg qui possédaient des ateliers admirablement organisés. La Suisse n’allait pas tarder à prendre la prédominance.

La longueur donnée au pendule amène une modification dans la forme des horloges. Le cadran est placé au sommet d’une longue boîte qui cache les poids, mais laisse voir, par une vitre, les mouvements du balancier. Dans nos campagnes, ces grandes horloges sont encore aujourd’hui fort répandues. Elles ont 2m,50 et plus de hauteur ; ce sont de véritables meubles qu’on se transmet pieusement de génération en génération. La boîte, en noyer ou en cerisier, est souvent ornée de dorures, ou de peintures naïves, plus remarquables par la vivacité des couleurs que par l’art.

Sous Louis XVI, les horloges de luxe s’ornent de mascarons ; le Temps, armé de sa faux, figure au sommet et sert d’amortissement. Les automates, dont nous parlerons dans un article spécial, sont moins nombreux qu’aux siècles précédents. On cite cependant une horloge d’Antoine Morand où, à chaque heure, deux coqs chantaient et battaient des ailes, des cavaliers frappaient sur leurs boucliers ; une victoire descendait et plaçait une couronne triomphale sur le front de Louis XIV. Vingt-quatre apothéoses par jour, ce n’était pas trop pour le grand roi !

Au siècle suivant, les rocailles apparaissent ; les fleurs sont nombreuses ainsi que les personnages et les animaux ; l’éléphant supporte souvent sur son dos un lourd cadran. Le cuivre, l’argent, la porcelaine sont les matières les plus employées dans la confection des pendules. Les cartels de l’époque sont fort élégants.

Le plus grand nom de l’horlogerie française au XVIIIe siècle est celui de Lepaute (1707-1789) qui fabriqua en 1753 la première horloge à cadran horizontal. Son frère Jean-Baptiste construisit l’horloge de l’ancien Hôtel de Ville de Paris.

Sous Louis XVI, le biscuit, la porcelaine, le bronze doré allié au marbre blanc sont les matières favorites ; les pendules prennent la forme de vase ou de lyre ; de gracieux personnages s’appuient sur le cadran ; les amours, les colonnes brisées, les urnes, les serpents sont les attributs le plus souvent employés.

La Révolution modifie la graduation des cadrans par l’adoption de l’heure décimale. De nombreuses horloges de cette période portent le deux divisions. Les sujets prétentieux tirés de l’histoire grecque et de l’histoire romaine sont à l’ordre du jour ; tous les personnages sont coiffés du casque et armés du glaive.

Sous l’Empire, la décoration est analogue, avec une profusion de dorure.

Aujourd’hui on cherche surtout à fabriquer beaucoup et à bon marché ; c’est le règne de la banalité. Il faut avouer cependant que, depuis quelques années, une poussée d’art se produit de nouveau et on a pu voir dans de récentes expositions, des pendules ornées avec un goût à la fois original et délicat.

L’horlogerie se fabrique surtout en Suisse et en France, dans le Jura. Les procédés manuels y sont remplacés depuis longtemps par des procédés mécaniques habilement combinés.

En Amérique, d’immenses ateliers d’horlogerie existent maintenant et le Japon lui-même fait de la grande industrie horlogère.

II nous faut signaler dans la période contemporaine 1’horlogerie électrique qui, imaginée par Bain (1840) et perfectionnée par Froment, Robert Houdin, Brégouet, etc., a pris un assez grand développement. Des horloges pneumatiques fonctionnent maintenant, dans la plupart des grandes villes, sur les monuments publics et aux carrefours.

Notre gravure reproduit une belle pendule Louis XV en vernis Martin. Elle est du pur style rocaille. Les fonds seuls, sont ornés de cette peinture spéciale, car la membrure de l’horloge, et les filets ornés, avec motifs sont en bronze ciselé et doré. Le piédouche qui supporte le cartel est également en vernis Martin et en bronze.