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Vernis Martin

Articles extraits de 2 dictionnaires du XIXe siècle

mardi 3 mars 2009, par gloubik

 Article extrait du Dictionnaire encyclopédique et biographique de l’industrie et des arts industriels, dirigé par E.-O. Lami. Librairie des dictionnaires, Paris, 1885

On désigne ainsi, non seulement un vernis spécial, mais encore tout un mode particulier de peinture qui a conservé le nom de son inventeur, célèbre ébéniste de l’époque de Louis XV, dont les rares pièces subsistantes tiennent une place énorme dans les collections de curiosités. En réalité, le mérite de ces objets provient en partie des peintures artistiques qui les décorent et qui, à elles seules, en établiraient la valeur. Il faut reconnaitre que leur parfaite conservation est due aux qualités spéciales de vernis employé, vernis dont la recette aussi bien que l’ensemble des procédés de Martin, semblent perdus.

De nombreuses tentatives ont été faites pour ressusciter ce genre de décorations très prisé. On ne saurait affirmer si l’on a retrouvé les recettes anciennes, l’avenir nous apprendra si les nouveaux produits offrent la même durée.

La décoration genre Martin est une peinture exécutée sur panneaux de bois, préalablement recouvert d’un apprêt, qui remplace la surface toujours imparfaite du panneau par une surface absolument nette. Ces peintures sont exécutées, soit sur fond de couleur, soit le plus souvent sur fond métallisé aux poudres d’or, de bronze ou d’aventurine, appliquées à l’aide des mixtions du genre de celles dont nous avons parlé. Les couleurs délayées au vernis sont définitivement recouvertes, ainsi que tout l’ouvrage, du vernis spécial appelé plus particulièrement vernis Martin. Le commerce livre sous ce nom une série assez considérable de produits dont les recettes sont tenues secrètes. Wattin, qui s’est livré à de longues recherches pour la reconstitution du vernis Martin, a publié la formule suivante : on fait fondre à feu nu : copal dur, choisi bien homogène et de premier choix, 3 kilogrammes, on ajoute dans la masse fondue, en agitant bien pour mélanger intimement, vernis d’huile de lin, 1,5kg, et l’on étend avec, essence de térébenthine, 4,5 kg.

 Article extrait de l’Encyclopédie théorique et pratique des connaissances civiles et militaires - Partie Civile, Cours de construction publié sous la direction de G. Oslet, ingénieur des Arts et Manufactures - 17e Partie - Traité de Peinture en Bâtiment et de décoration, première partie - E. Boudry et L. Chauvet - Georges Fanchon, Editeur.(date inconnue)

On désigne sous le nom de vernis Martin, un genre de peinture spéciale qui a été très à la mode sous Louis XV, et qui est remarquable par la parfaite conservation des échantillons qui sont arrivés jusqu’à nous.

Ce vernis qui évoque la belle époque de la décoration revient tout à fait à la mode, aussi bien pour les meubles que pour les menus objets d’étagères.

Il est spécialement employé pour l’industrie des meubles de fantaisie, dits meubles au vernis Martin, du nom de l’inventeur qui vivait sous le règne de Louis XV.

On trouve dans les collections un certain nombre d’objets provenant de ce maître et qui ont aujourd’hui acquis des valeurs considérables, pendules, bahuts, petits meubles, etc.

En général, ce vernis était appliqué sur des panneaux décorés de peintures artistiques très fines qui, par elles-mêmes, contribuent pour beaucoup à la grande valeur de ces pièces.

Il semble que le procédé véritable du vernis Martin est perdu ; mais de nombreuses tentatives ont été faites de nos jours pour le retrouver et ressusciter un genre de décorations très estimées.

Parmi ces essais, quelques-uns ont donné, il est vrai, d’assez bons résultats, sans que cependant on puisse affirmer que le secret de Martin ait été pénétré.

Ces vernis ont une solidité et un éclat que le temps ne leur a fait nullement perdre ; en sera-t-il de même du vernis Watrin ou des produits de quelques autres praticiens qui ont tenu leurs recettes secrètes ?

Le temps seul pourra répondre à cette brûlante question.

Nos lecteurs savent à présent quelles variétés diverses de résines renferme la sorte désignée sous l’appellation de copal ; il est clair qu’en fabriquant un vernis avec les mêmes proportions de dissolvant et en prenant deux variétés différentes de copal, on aura des produits absolument différents les uns des autres.

L’étude approfondie des qualités relatives des diverses variétés de cette résine ne date pas de fort longtemps ; aussi dans les formules anciennes n’a-t-on pas eu le soin de spécifier quelle espèce de copal on employait.

Il faut ajouter du reste, que, soit par par négligence ou à dessein, dans la plupart des formules récentes, le même oubli se présente.

On ne saurait donc, à notre avis, attribuer à ces formules une très grande valeur ; elles ne peuvent servir de guide au praticien pour conduire une série­ d’essais, en vue de fabriquer des vernis de qualités diverses.

Du reste, il est facile d’expliquer le vague laissé à dessein dans la publication des procédés ou recettes pour la fabrication de certains vernis.

Chaque maison désire garder la spécialité qu’elle s’est acquise au prix souvent d’efforts longuement soutenus. Or la qualité des vernis résidant avant tout dans le­ choix judicieux des matières premières, la publication détaillée d’une recette, la désignation exacte et précise de la résine spécialement employée pour tel ou tel vernis, les petites précautions et les tours de main qui varient d’ailleurs dans chaque usine, tout cela permettrait bien plus facilement à la concurrence de livrer au commerce des produits identiques à une marque consacrée, dont le propriétaire est jaloux de conserver le monopole.

Tout ceci explique que, malgré le très grand nombre de recherches qui ont été entreprises pour retrouver le secret du vernis Martin, aucune n’a été publiée par personne ; mais cependant jusqu’alors, on a tout lieu de croire que l’on approche sensiblement de la vérité.

Ceux qui ont recherché la composition du vernis Martin ont, à notre avis, toujours négligé les couches préparatoires, y compris l’enduit, pour ne voir absolument que le vernis final ; c’est là précisément une faute.

Il est évident que le vernis Martin devait réunir dans ses parties constituantes certaines conditions inhérentes à chacun des ingrédients entrant dans sa formation, et c’est au choix judicieux des corps qui le composaient autant qu’à l’art avec lequel il était employé qu’il faut attribuer ses propriétés particulières.

On admet généralement que le vernis Martin était un vemis mixte à l’huile et à l’essence à base de copal ; cela peut être juste pour ce qui concerne la composition des glacis ; mais, à notre avis, la peinture elle-même était détrempée avec un vernis spécial, dans lequel le copal devait se trouver remplacé par une résine différente.

La dureté du copal a certainement dû faire songer à son emploi pour le vernis extérieur, mais elle paraît avoir été corrigée au moyen d’une résine différente entrant dans la composition de la peinture même.

En tout cas quoiqu’il en soit et d’après les données paraissant se rapprocher le plus de la réalité, les chimistes admettent aujourd’hui que la peinture au vernis Martin se pratiquait de la façon suivante :

Les fonds étaient métallisés à l’aide de poudre d’or, d’argent ou d’aventurine, fixée au moyen de vernis à l’huile préparé spécialement à cet effet, et l’on y appliquait ensuite la peinture détrempée au vernis.

L’aventurine est une pierre rougeâtre ou jaunâtre, toute parsemée de paillettes qui semblent être en or, belle et agréable à la vue ; il y en a deux espèces, une naturelle et l’autre artificielle : la naturelle se trouve en plusieurs lieux ; on en ajoute à la poudre qu’on met sur le papier pour la rendre brillante, elle est un peu talqueuse ; l’artificielle est une vitrification ou un mélange de paillettes de cuivre qu’on a fait dans du verre pendant qu’il est en fusion sur le feu.

Son nom vient de ce qu’elle a été trouvée , par hasard, de la limaille de cuivre étant tombée par aventure dans du verre fondu.

C’est pour imiter cette pierre aventurine que les peintres se servent du clinquant haché.

Cette sorte de peinture était autrefois fort à la mode ; on en embellissait les bijoux, les meubles, les équipages, les chaises à porteurs.

Quoique l’on ne s’en serve plus ; nous allons tout de même indiquer la façon d’opérer, car nous connaissons certains architectes érudits qui cherchent à rénover les arts anciens.

L’aventurine s’emploie à l’huile ; conséquemment il faut, pour la recevoir, que les fonds soient préparés avec de beaux apprêts ; si c’est pour des équipages, il faut des teintes dures adoucies et polies.

Supposons qu’on veuille peindre une aventurine verte, il faut donner sur les fonds bien unis une couche ou deux du ton vert choisi.

Quand la couche est encore toute fraîche, saupoudrer avec un tamis de l’aventurine argentée, partout également.

Laisser reposer une demi-heure tout l’ouvrage en l’étendant à plat pour donner le temps à la couleur de mordre et de happer l’aventurine ; puis il faut retourner le sujet pour faire tomber celle qui ne s’y est pas attachée.

Laisser bien sécher l’ouvrage deux ou trois jours, en sorte qu’en passant la main sur l’aventurine elle ne s’en aille pas ; poser ensuite une feuille de papier sur l’ouvrage, appuyer la feuille avec la main ou quelque chose de très lisse, pour imprimer l’aventurine qui pourrait relever.

Faire ensuite un jus, c’est-à-dire mettre beaucoup de liquide siccatif dans la teinte verte, passer de ce jus sur l’objet. mais avec une brosse douce, bien légèrement et surtout bien uniment, de façon qu’il n’y ait pas d’endroits plus chargés de teinte que d’autres, ce qui ferait des traînées ou des ombres.

Cette opération a pour effet de glacer l’aventurine, et non pas de la peindre, car autrement elle ne serait plus brillante, étant masquée par la couche épaisse que l’on aurait mise.

Vernir ensuite avec une bonne couche de vernis à l’alcool ; quand il est sec, passer la main dessus, car il ne faut pas que l’on sente la plus petite aspérité d’aventurine ; dans ce cas, il faudrait appuyer la paillette soit avec l’ongle, soit avec la pointe d’un canif.

Il faut continuer à donner plusieurs couches de vernis, pour pouvoir polir l’ouvrage ; huit ou dix couches sont, à notre avis, nécessaires pour faire un beau travail.

Telle est la manière la plus ordinaire de faire l’aventurine ; on en fait de différentes couleurs, il n’y a pour cela qu’à changer la teinte de fond et le glacis.

Celle qui était la plus communément employée pour le vernis Martin était l’aventurine durcie ; les fonds se faisaient avec du stil de grain et du blanc, on glaçait avec une couche de vernis à l’or à l’alcool, que l’on avait soin de présenter au feu pour faire revenir l’or.

Cette façon d’aventurine d’or, est très belle, mais nous conseillons à ceux qui voudraient en faire de prendre de suite de l’aventurine dorée, qui n’est pas sujette à s’éteindre, puisqu’elle porte elle-même la couleur.

Toutes ces aventurines ne sont que pour des fonds unis qu’on veut mettre d’une seule couleur d’aventurine en plein ; mais l’on en fait de sablés, ce qui s’obtient lorsqu’on saupoudre l’aventurine légèrement, de façon que le fond de la couleur paraisse.

Quand tous les fonds étaient métallisés, que la peinture détrempée au vernis était appliquée et les couches de vernis passées sur l’ouvrage, on polissait ; nous estimons que toute la beauté des vernis Martin repose sur la qualité des dernières couches de vernis.

Voici quelle serait la composition :

On fait fondre à feu nu copal dur, 3 kilos. Dans la masse fondue on ajoute, en remuant pour mélanger intimement, vernis d’huile de lin, 1kg,500, et l’on étend avec essence de térébenthine, 4kg,500.

Ce vernis sèche naturellement moins rapidement que le vernis à l’essence pure, mais il est beaucoup plus solide et forme, pour ainsi dire, le vernis essentiel, dans l’industrie du meuble.

Ce vernis, on l’applique aussi sur tous les ouvrages exposés soit aux intempéries de l’air soit à des frottements répétés et énergiques ; il est d’une très grande solidité.

C’est, du reste, ce-qui explique que des meubles vernis à l’époque, de Louis XV soient arrivés jusqu’à nous dans un parfait état.

On a pu s’en convaincre à l’Exposition universelle de 1900 au Petit Palais, où il y avait toute une série de meubles, bahuts, clavecins, datant d’un siècle et demi, dans un tel état de parfaite conservation qu’il est impossible d’y apercevoir la plus petite gerçure.

Aussi recommandons-nous spécialement à ceux de nos lecteurs, qui veulent faire des frais en cherchant à imiter le vernis Martin sur des meubles Louis XV, de prendre ce qu’il y a de plus beau et de première qualité en fait de vernis, et surtout de n’appliquer une couche de vernis que lorsque la précédente est absolument sèche et très dure : c’est une des principales conditions pour faire un beau et solide travail.

Nous ne sommes pas d’avis de polir la dernière couche de vernis, car si l’exécution est bonne, on ne doit pas voir la plus petite bosse, ni le plus petit grain de poussière.

Messages

  • bonjour j’ai un meuble ventru avec des scenes galantes qui est signé H MARTIN il etait dans ma famille

    il est de style louis xv avec un dessus en marbre . comment puis je en connaitre la valeur ?

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