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La cire

La Science Illustrée N° 669, 22 Septembre 1900

vendredi 27 février 2009, par Lauryn

La cire est une matière grasse qui n’est pas produite uniquement par les abeilles, mais qui est encore fournie par plusieurs végétaux chez lesquels elle joue le rôle de matière imperméable. Elle forme à la surface de l’épiderme de leur tige et de leurs feuilles une couche blanchâtre particulièrement abondante dans la canne à sucre, mais d’autres en contiennent dans l’intérieur de leurs tissus, comme certains palmiers et les myricas, arbrisseaux de la famille des Myricées.

La peau de l’homme et de la plupart des vertébrés en est imprégnée comme l’a démontré récemment M. Ranvier, l’éminent professeur du Collège de France ; enfin, au sein même de la terre, dans les régions pétrolifères, on trouve l’ozokerite, substance très voisine de la cire.

La cire d’abeilles, la seule qu’on ait d’abord connue en Europe, a été appliquée de très bonne heure à l’éclairage, à la peinture et à la fabrication d’une multitude d’objets d’utilité ou de simple ornement.

La cire brûle avec une belle flamme blanche dégageant peu de fumée. Son usage pour l’éclairage est immémorial en Chine et dans l’Inde. De la Grèce et de Rome, il passa en France, mais fut réservé d’abord exclusivement pour les cérémonies d’église, le suif servant seul à l’éclairage privé. Ce n’est que très tard que la cire pénétra dans les palais des grands. Le mot chandelle ou chandoille, primitivement appliqué à tous les instruments d’éclairage, cire ou suif, fut, vers le XIVe siècle, réservé exclusivement au suif, et on créa le mot bougie pour désigner la cire, parce que c’était de la ville de ce nom que l’on tirait la cire d’Afrique, qui passait alors pour la meilleure. Enfin, on appliqua la dénomination de cierges aux bougies de cire employées par l’Église. Toutefois la cire continua à être très rare, même dans les habitations les plus somptueuses, et ce ne fut qu’au XVIIe siècle qu’elle y détrôna généralement le suif. Elle a été, après les beaux travaux de Chevreul, obligée de céder la place aux acides gras.

Les anciens se servaient aussi de la cire pour enduire les tablettes de bois ou d’ivoire sur lesquelles ils écrivaient avec un poinçon et qui leur tenaient lieu de nos carnets.

Un autre emploi important de la cire est de former la matière la plus habituelle des empreintes des cachets et des sceaux. Jusqu’au douzième siècle, la cire blanche est exclusivement employée ; alors apparaît Ia cire blonde. Sous Philippe Auguste on note l’emploi de la cire verte. Les cires dures datent du treizième siècle. A partir du quinzième siècle, on se sert de cire molle. Quant à la cire à cacheter proprement dite, elle est originaire de l’extrême Orient, d’où les Portugais en importèrent la préparation dans leur pays, dans la seconde moitié du seizième siècle. Son usage était déjà très répandu à Lisbonne, vers 1560, de là le nom de cire de Portugal qu’on lui donnait anciennement. On l’appela aussi un peu plus tard cire d’Espagne parce que ce furent les Espagnols qui en approvisionnèrent pendant longtemps les autres parties de l’Europe.

En France, c’est sous Louis XIII, en 1640, qu’un certain François Rousseau introduisit l’industrie nouvelle dont il avait appris les procédés pendant un séjour dans l’Inde.

Sous Louis XIV, la grande chancellerie comptait dans son personnel quatre « chauffe-cire ». La couleur de la cire employée n’était pas quelconque. Dangeau nous apprend que la verte servait pour les arrêts, la jaune pour les ordinaires ; les affaires de Dauphiné et de Provence avaient un cachet de cire rouge, etc.

Depuis l’époque de Louis XIV, la fabrication de la cire à cacheter a reçu plusieurs utiles perfectionnements. Un des plus importants a eu pour objet de neutraliser la fumée qui, lorsqu’on la brûlait, noircissait et endommageait l’empreinte des cachets. On est aussi parvenu à faire, pour les pays chauds, des cires particulières qui ne se fondent qu’à une température de 100 degrés, et qui peuvent, par conséquent, être employées dans les circonstances où les cires ordinaires seraient inapplicables, à cause de leur ramollissement.

Nous passerons sous silence divers autres emplois industriels de la cire pour nous occuper de ses applications artistiques.

La céroplastique a été connue dès la plus haute antiquité. Les Grecs modelaient avec de la cire les statues de personnages vivants et celles des divinités.

Dans beaucoup de cérémonies religieuses qui se célébraient l’hiver, on faisait figurer des arbustes dont les fleurs étaient de cire et dont l’imitation était si parfaite qu’elles donnaient lieu parfois à des méprises fort amusantes.

Un empereur romain s’amusait à mystifier ses convives en leur servant un dîner fait d’imitations en cire à la façon de ces fruits trop brillants que l’on expose dans les concours horticoles ou qui figurent dans le matériel d’enseignement.

Les riches Romains avaient sous la galerie de leur maison les images en cire de leurs ancêtres et dans beaucoup de villas somptueuses, les statues de cire étaient aussi nombreuses que celles de bronze.

Au moyen-âge les artistes firent souvent des statues à tête de cire, peintes de couleurs naturelles. On offrait à Dieu et aux saints des voeux de cire, c’est-à-dire une reproduction plus ou moins parfaite du membre guéri grâce à leur intervention.

Les statuettes de cire jouaient aussi un grand rôle dans l’envoûtement. Pour se débarrasser d’un ennemi on faisait faire à son image une statuette de cire, que l’on baptisait de ses noms ; on lui plantait une aiguille à la place du cœur et on plaçait l’image dans une église. Si elle y restait assez longtemps le personnage finissait par mourir.

En Italie, la cire fut employée dans la décoration du meuble ; les creux des gravures sont remplies parfois de cire colorée.

Nous reproduisons le célèbre portrait en cire de Louis XIV exécuté par Antoine Benoît, l’un des plus grands céroplastes du XVIIe siècle.

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