Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+ |

Accueil > Articles scientifiques > La science dans l’art > Artisanat et métiers > Les sécateurs

Les sécateurs

G. Angerville, La Science Illustrée N° 774 – 27 septembre 1902

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 4 septembre 2013

JPEG - 109.6 ko

Le sécateur proprement dit, c’est-à-dire cet instrument en forme de ciseaux courbes rient on se sert pour couper les petites branches, est une invention du XIXe siècle.

Les jardiniers d’autrefois employaient la serpette pour les rameaux à portée de la main, et pour atteindre les parties élevées d’un arbre, un ébranchoir, sorte de ciseau placé à l’extrémité d’une perche et actionné par une corde. Les musées et les collections renferment quelques-uns de ces instruments, remarquables par le soin qui a été apporté à leur construction et à leur ornementation ; beaucoup sont ornés de gravures et de ciselures et devaient atteindre un prix fort élevé, ce qui montre que de hauts personnnages consacraient alors une partie de leurs loisirs au jardinage.

Celui que reproduit notre gravure pouvait tout au plus servir à couper l’extrémité des branches tendres ou à écheniller les arbres. L’axe du mouvement de cisailles se trouvait, en effet, trop écarté de la hampe tenue par le jardinier amateur, et ne pouvait donner une grande force de pression au couteau malgré la longueur et la puissance du ressort. On voit au bas de la gravure l’anneau dans lequel passait la corde destinée à actionner la lame. L’usage des instruments de ce type, a été abandonné depuis longtemps ; ils manquent de force.

Les ébranchoirs modernes, moins ornés, sont autrement puissants et peuvent couper de forts morceaux de bois.On emploie aussi quelquefois les croissants ; ainsi nommés à cause de la forme de leur lame d’acier fixée à l’extrémité, d’un long manche permetttant d’élaguer les branches élevées.

Quant au sécateur proprement dit, il est connu depuis le début du XIXe siècle, mais son emploi général date à peine de 1850 : Il fut corn battu, dès son apparition, par de nommbreux écrivains spéciaux. On l’accusait d’être inférieur à la serpette ; de coûter plus cher, d’opérer moins vite, et de comprimer avant de .couper.

Bosc, écrivain spécialiste du milieu du XIXe siècle, n’approuvait son emmploi que pour la taille des rosiers, des groseilliers et autres arbustes épineux à branches molles : « Jamais, disait-il, il ne sera usuel entre les mains des jardiniers. »

Encore un faux prophète, un ennemi des nouveautés, dont la prédiction ne s’est pas réalisée, car bien que la serrpette ait encore quelques partisans,le sécateur est aujourd’hui dans toutes les mains. C’est l’un des outils du jardinier qui chôôment le moins. Il est devenu de première nécessité pour enlever les branches mortes ou mal placées et pour écheniller.

Il a d’ailleurs été très travaillé par les inventeurs ; il en existe certainement plus de cent modèles prétendant tous à la perfection : sécateurs à lames cinntrées, à lame glissante, à coulisses, à crémaillère, à roulettes, etc.

Un bon sécateur doit être léger, très affilé, et trempé fortement pour ne pas s’ébrécher. La taille doit en être douce et ne pas faire éclater le bois. Le clan qui réunit les deux parties doit être placé aussi haut que possible et près de la lame afin d’augmenter l’action de l’instrument.

Celui-ci doit pouvoir s’ouvrir entièrement afin que la base de la lame puisse servir aussi bien que la pointe. La lame n’est pas rapportée sur la branche ; pour plus de solidité, elle est faite du même morceau de métal. Les anciens sécateurs se maniaient avec les deux mains et ne portaient par suite ni ressort, ni mécanisme, pour les faire ouvrir. Aujourd’hui, au contraire, on opère le plus souvent avec une seule main quand le rameau à couper n’est ni trop gros ni trop dur, et un ressort puissant placé entre les deux branches de l’outil le maintient ouvert aussitôt que cesse la pression de la main.

Les sécateurs dits à roulettes ont l’avantage d’avoir un mouvement de scie qui fait couper plus net.

Le sécateur à lame glissante est à double tranchant et une des lames se déplace en laissant une petite butée circuler dans une glissière ménagée à cet effet. Cette’ disposition est avenntegeuse car elle permet de couper les branches aussi près que possible du bourgeon.

On construit aujourd’hui des sécateurs de toutes formes et de toutes grandeurs ; depuis les plus petits à l’usage des dames qui veulent tailler elles-mêmes leurs rosiers, jusqu’aux grands sécateurs à branches, dont on se sert en employant les deux mains.

On a aussi imaginé des sécateurs à usages multiples et notamment des sécateurs-greffoirs dont l’emploi ne vaut pas celui des greffoirs ordinaires en serpette.

Pour la taille des vignes dans le Midi, le sécateur rend de grands services ; le travail, contrairement à ce que prétendaient les anciens détracteurs de cet instrument, se fait deux fois plus vite, n’exige pas d’apprentisssage, il est mieux exécuté qu’avec la serpe, fatigue moins l’ouvrier, ne blesse ni ébranle les ceps, et son maniement ne présente aucun danger.

On ne peut en dire autant de la serpe.

Cependant les jardiniers de la vieille école — Il en existe encore — affirment qu’il est impossible de tailler correctement les arbres fruitiers autrement qu’à la serpette, et que le sécateur n’est estimé que des mauvais ouvriers ou des bourgeois amateurs de jardinage, deux.catégories qu’ils méprisent également.

G. Angerville