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La montre sans aiguilles

La Nature N°672 - 17 Avril 1886

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 11 mars 2012

MM. Schwob ont récemment mis à la mode une nouveauté : une montre sans aiguilles. Une montre qui n’a pas d’aiguilles ! comment peut-elle marquer l’heure ? Tout simplement en l’indiquant directement en chiffres. Ordinairement, il faut que l’esprit fasse certain effort d’attention pour lire l’heure ; l’œil doit se porter sur les deux aiguilles à la fois et bien voir chaque division du cadran, pour que nous puissions enfin nous répondre à nous-même : il est telle heure et telle minute. Et c’est, paraît-il, plus difficile qu on ne serait tenté de le penser tout d’abord, car, sur dix personnes mises à l’épreuve, nous n’en avons trouvé que quatre qui aient exactement lu la minute marquée, on se trompe généralement d’au moins une minute à une minute et demie. La montre sans aiguilles évite cet inconvénient. Son cadran, sans aucunes divisions, porte seulement côte à côte, l’une au-dessus de l’autre, deux petites ouvertures, deux guichets. Sur celui d’en haut, on lit l’heure ; sur celui d’en bas, les minutes. Il n’y a plus d’hésitation possible : l’heure ou les minutes apparaissent nettement en noir sur fond d’argent ; par exemple : guichet du haut, 5 heures ; guichet du bas 10 minutes. Une trottteuse marque d’ailleurs les secondes (fig. 1).


Le secret de cette combinaison n’est pas difficile à deviner. Le fond argenté sur lequel est inscrite l’heure en chiffres noirs appartient à un disque, à un petit cadran, si l’on veut, qui porte sur sa circonférence les douze heures de la journée. Le bord du disque et le chiffre se montrent seuls sous le guichet. Toutes les soixante minutes, le disque tourne à l’intérieur d’une division, de façon à pousser sous le guichet l’heure suivante.

Sous le guichet des minutes, tournent de même deux petits cadrans tangents dont on n’aperçoit que les bords qui se juxtaposent. Le cadran de droite porte les minutes, celui de gauche les dizaines de minutes. Toutes les soixante secondes, le chiffre des unités change ; toutes les dix minutes, le chiffre des dizaines. L’apparition successive et répétée des nouveaux chiffres sous le guichet, véritables changements à vue, ne sont pas sans intéresser les curieux. En somme, c’est une montre avec ses rouages ordinaires, dans laquelle les dents intermédiaires manquent et qui n’engrènent que toutes les minutes et toutes les heures (fig. 2).

Ce système, qui peut sans doute présenter quelques inconvénients à certains points de vue, offre d’autre part de véritables avantages. Non seulement il donne beaucoup de précision à la lecture, mais il permet de bien apprécier le temps qui sépare chaque minute écoulée ; il y a apparition d’un véritable signal optique et même acoustique, car l’oreille perçoit nettement à chaque changement de chiffre un petit bruit sec ; il devient ainsi inutile de regarder sa montre pour mesurer un intervalle de temps donné. C’est une quantité précieuse pour les ingénieurs, pour les médecins, pour les officiers, pour les voyageurs et pour tous les observateurs. L’expérimentateur sait exactement quand commence et finit la minute. La seconde indépendante ne donne pas ce résultat. Aussi « la montre sans aiguille » nous paraît devoir rendre des services que l’on ne pourrait même réclamer d’un chronomètre coûteux. On l’a présentée comme un objet de curiosité, sans trop apercevoir peut-être ses qualités spéciales. Curieuse, soit ! mais utile aussi, cette nouvelle montre sans aiguilles !

Henri de Parville

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