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L’identification judiciaire par le « portrait parlé »

Pierre Devaux, La Nature n° 2981 — 15 juillet 1936

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 5 octobre 2014

La connaissance méthodique de la forme humaine est une conquête relativement récente de la science : longtemps abandonnée aux artistes et aux poètes, auxquels il serait vain de demander des classements rationnels, elle n’a vraiment reçu droit de cité qu’au siècle dernier, bien après la zoologie : à ce point de vue on peut dire que la science des animaux a largement précédé celle de l’homme !

Cette science de l’« aspect » humain comprend aujourd’hui plusieurs branches distinctes : l’anthropologie, avec son importante annexe, la paléontologie humaine ; l’ethnographie ou étude des races, sans oublier cette admirable morphologie, créée par Sigaud, de Lyon, et qui fournit les plus précieuses indications sur le tempérament, les réactions organiques, les aptitudes du sujet examiné.

Soulignons que ces sciences ne sont pas uniquement descriptives ; l’ethnographie retrace l’évolution, parfois discontinue, des races sous l’influence du milieu et de certaines poussées internes fort analogues aux mutations de la génétique. La morphologie va plus loin : elle fournit le moyen au praticien d’intervenir pour la guérison ; ainsi, un sujet du type « digestif » pourra être guéri d’une affection du poumon par un régime alimentaire approprié complété par une sangle abdominale. En ce sens, on peut parler de thérapeutique morphologique.

Dans les domaines plus particuliers, la chiroscopie médicale par l’étude des formes et lignes de la main, l’iridologie par l’examen méthodique de l’iris de l’œil, constituent des cas particuliers de la morphologie générale. Et ce n’a pas été le moindre étonnement des biologistes qui se sont penchés sur ces problèmes que de constater que l’individu tout entier, avec son tempérament, ses tares héréditaires et ses aventures physiologiques, se retrace avec une fidélité détaillée dans le microcosme de la paume ou de l’iris.

IDENTITÉ JUDICIAIRE

Mais à côté de cette connaissance scientifique de la personne humaine, il en est une autre qui a une grande importance sociale : c’est la connaissance de l’identité civile ou plutôt judiciaire des individus.

Identité judiciaire ! Ces mots, pour le lecteur actuel, familier des romans policiers et des récits des journaux, évoquent la figure d’un grand spécialiste français : Bertillon. Pour le public, Bertillon reste l’« homme des empreintes digitales », mais en réalité son œuvre fut beaucoup plus vaste. Son très grand mérite fut d’imaginer une méthode de classement logique qui permet aux employés de l’Identité de retrouver rapidement une fiche déterminée parmi les millions de fiches existant actuellement dans les archives.

Dans la voie des moyens matériels de recherche, le record semble du reste appartenir aux Américains qui possèdent des batteries de machines à statistiques, fonctionnant à l’aide de fiches perforées. Le Centre de recherches criminelles de New-York est à ce point de vue le plus riche et le plus largement outillé du monde, mais il est incontestable que le principe de classement était l’essentiel et que l’initiative en remonte à Bertillon.

Rappelons tout d’abord qu’à côté de la Police municipale, chargée de maintenir l’ordre, il existe à Paris, une seconde police, la Police judiciaire, qui a pour rôle l’arrestation et l’identification des malfaiteurs. Elle est donc à la disposition du parquet et des juges d’instruction et correspond à peu près à ce qu’est la Sûreté Nationale pour la province.

Un rouage capital de cette Police judiciaire est précisément le Service de l’Identité judiciaire, qui nous occupe et qui comprend le laboratoire chargé des expertises criminelles et les services proprement dits d’« enregistrement » des individus catalogués.

Tout individu amené dans une prison ou au Service de l’Identité subit un examen qui se traduit par l’établissement d’une fiche destinée : 1° à reconnaître l’individu s’il est un récidiviste, c’est-à-dire s’il possède déjà sa fiche aux archives ; 2° à permettre la rédaction d’un rapport scientifique s’il arrive que l’on ait à rechercher de nouveau l’individu examiné ; 3° enfin la fiche doit se classer d’elle-même, autrement dit elle doit être aisée à retrouver immédiatement dans les archives.

Établir une bonne fiche serait un problème extrêmement difficile sans les méthodes précises actuellement en usage et qui sont [1] :

  • la mensuration ou anthropométrie ;
  • la dactyloscopie ou méthode des empreintes digitales ;
  • le signalement, qui se fait par photographie signalétique et par portrait parlé (fig. 1, 2, 11 et 17).
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MENSURATIONS ANTHROPOMÉTRIQUES

Bertillon, reprenant un système dû à Quételet, a eu l’idée d’identifier les individus par les longueurs osseuses.

Le matériel nécessaire comporte : un compas céphalomètre ; une règle à coulisse pour mesurer l’avant-bras, le pied, les doigts ; une réglette à coulisse pour mesurer l’oreille ; une toise pour la taille ; une toise et un tabouret pour le buste ; une règle murale horizontale graduée pour l’envergure ; un tabouret pour mesurer le pied ; une table pour mesurer la coudée.

Les mesures à prendre peuvent être les suivantes : la taille, l’envergure, le buste, la longueur de tête maxima dans le sens avant-arrière, la largeur de tête maxima, le diamètre bizygomatique, la taille verticale de l’oreille droite, la longueur du pied gauche, la coudée gauche de l’olécrane à l’extrémité du médius.

Le classement des fiches est fait de la façon suivante : un premier groupe comprend les grandes longueurs de tête, un second les moyennes, un troisième les petites. Puis le premier groupe est partagé de même en trois sous-groupes d’après les largeurs de tête. Chaque sous-groupe est ensuite divisé en trois classes d’après les longueurs de médius et chaque classe en trois sous-classes d’après les longueurs d’auriculaire.

Si on l’arrête là, le classement fournira 34 divisions, soit 81 divisions ; c’est le cas du classement de la prison Saint-Paul à Lyon, où il existe 81 tiroirs. Mais on peut pousser plus loin la subdivision, toujours sur la même progression tripartite, en faisant intervenir le diamètre bizygomatique , la longueur du pied, la taille, ou des éléments non anthropométriques, tels que le numéro de classe de l’iris (c’est un fragment du portrait parlé) ou une empreinte dactyloscopique symbolisée par une lettre. Le principe à respecter est d’utiliser en premier les indications les plus sûres, car une erreur d’aiguillage est plus grave sur les grandes divisions.

Les inconvénients de l’anthropométrie sont nombreux. Elle ne s’applique pas aux mineurs, dont les dimensions osseuses n’ont pas cessé de croître ; elle s’applique difficilement aux femmes, dont les cheveux sont gênants et à cause du déshabillage ; l’anthropométrie nécessite un matériel que n’exige pas le portrait parlé ; elle implique de doubles recherches quand les mesures-types ont des valeurs limites.

Aussi, après avoir été la méthode quasi universelle, l’anthropométrie est-elle aujourd’hui abandonnée dans la plupart des grands pays ; à Paris elle a fait place à la dactyloscopie. On utilise cependant encore des fiches anthropométriques en France, Belgique, Espagne, en Italie, au Portugal, au Danemark, aux États-Unis et dans quelques pays d’outre-mer pour former les cadres de classement des empreintes dactyloscopiques.

DACTYLOSCOPIE

La dactyloscopie repose sur ce fait bien prouvé, que le dessin des crêtes papillaires est non seulement personnel mais rigoureusement constant depuis avant la naissance jusqu’à la décomposition du cadavre (fig. 5).

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I. Arc. — II. Boucle gauche ou interne. — III. Boucle droite ou externe. — IV. Verticille (Locard).

Si un prisonnier tente de faire disparaître ses crêtes en les usant contre les murs, un repos de 48 h, imposé au besoin par la camisole de force, suffit à les faire reparaître. Les brûlures par métal chaud, huile chaude ou eau bouillante, qui soulèvent cependant la peau en cloque, laissent place à un dessin absolument inaltéré (1).

Il existe aujourd’hui toute une technique perfectionnée permettant de recueillir sans les altérer (fig. 6 et 7) et de révéler les empreintes les moins visibles, de les reproduire sur documents inaltérables, de les agrandir ; un examen attentif permettrait même, selon certains auteurs, de discerner l’ancienneté plus ou moins grande de l’empreinte, toutefois ceci paraît difficile et discutable.

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La spécification des empreintes digitales, autrement dit les méthodes d’établissement des fichiers dactyloscopiques, ont fait l’objet de travaux nombreux ; M. E. Locard cite une trentaine de méthodes ; l’examen des pores ou poroscopie vient ici compléter utilement l’étude des lignes (fig. 10).

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Le nombre de points caractéristiques à déterminer sur une empreinte pour obtenir une identification indéniable ne peut être indiqué de façon absolue (fig. 8 et 9) ; il y a ici une probabilité qui croît suivant une loi exponentielle à mesure que le nombre de points augmente. Balthazard a montré que pour trouver deux séries d’empreintes (dix doigts) avec 17 points identiques, il faudrait examiner la totalité des êtres humains actuellement vivants, soit près de 2 milliards !

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Il est à noter que les jumeaux monozygomatiques, issus d’une cellule unique, pas plus que les individus, chez qui les dessins se simplifient à l’extrême, ne sauraient être confondus en aucun cas.

PORTRAIT PARLÉ

Les méthodes précédentes présentent ce trait commun qu’il est nécessaire de tenir l’individu à sa disposition pour l’identifier ; la dactyloscopie constitue à ce point de vue un progrès puisqu’elle permet de saisir indirectement des repères sur une personne en liberté, mais elle ne s’applique nullement pour filer un individu ou le reconnaître dans un lieu public.

Pratiquement, le problème se pose de la façon suivante.

Un malfaiteur en fuite doit être signalé aux polices régionales, aux brigades de gendarmerie, aux gardes-frontières ; il s’agit de décrire le sujet de façon suffisamment précise pour que n’importe quel policier le reconnaisse au vol et, autant que possible, malgré un camouflage.

Un autre cas est celui du détective lancé aux trousses d’un individu qu’il ne connaît pas, ou d’un inspecteur qui attend un suspect à la descente d’un bateau. Une photographie, ici, n’apporte qu’un secours imparfait, d’abord parce que l’inspecteur ne peut l’examiner qu’avec la plus extrême discrétion au moment critique et aussi parce que la reconnaissance par photographie est facilement déroutée par un grimage.

Le portrait parlé, facile à transmettre par télégraphe ou téléphone, facile à apprendre par cœur, basé sur des détails précis inchangeables et incamouflables tels que la forme de l’oreille et de l’ossature du visage, l’aspect et la couleur de l’iris, apporte au contraire une solution complète.

SIGNES MORPHOLOGIQUES

  • Front ordinaire, nez moyen, bouche moyenne ; signes particuliers : néant.

Ce signalement, classique dans les vaudevilles, ne présente qu’un lointain rapport, il n’est pas besoin de le dire, avec les méthodes précises qui président à l’établissement du « portrait parlé ». Faire un bon portrait parlé exige de longues études préalables et un cours spécial a été créé à cet effet à l’Identité judiciaire de Paris (fig. 3, 4 et 15). Nous en examinerons rapidement les principes.

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Le sujet est placé en pleine lumière et regardant droit devant lui de telle façon que la ligne qui joint le tragus ou pointe cartilagineuse du centre de l’oreille à la racine du nez fasse un angle de 15° avec l’horizontale (fig. 12).

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Cette position est conservée pour l’examen de profil ; dans l’examen d’un cadavre, on relève la tête à l’aide d’un support en bois.

Les adjectifs employés : grand, petit, etc., comportent par convention trois degrés, indiqués par le soulignement et la parenthèse. Ainsi :

  • très grand s’écrira G ;
  • grand s’écrira G ;
  • un peu grand s’écrira (G) ;

La gamme complète du très grand au très petit, en passant par le moyen, s’écrit :

G - G - (G) - M - (P) - P - P

Il existe de même toute une gamme de termes pour désigner les formes : vexe (convexe), rectiligne, cave (concave) et les teintés : clair, moyen, foncé.

La description du visage est naturellement la plus importante (fig. 3).

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Pour le front, on désigne : la grandeur des arcades sourcilières ; l’inclinaison du front, représenté par une ligne joignant la racine du nez à l’insertion des cheveux (très fuyant, fuyant, intermédiaire, légèrement vertical, vertical, plus que vertical, c’est-à-dire proéminent) ; la hauteur ; la largeur ou distance des deux tempes ; les particularités : sinus ou bosses au-dessus du nez, bosses frontales au milieu du front. Le terme de profil courbe intervient pour désigner les fronts fuyants arrondis.

Pour le nez, on note : la profondeur du creux formé par la racine ; la forme de la ligne du dos : cave, rectiligne ou vexe ou encore busquée ; ces différents adjectifs pouvant être suivis de la lettre s qui signifie sinueux. On note également la direction de la base (relevée, horizontale ou abaissée), la hauteur comptée du fond du creux de la racine au point le plus bas de la cloison des narines ; la saillie totale ; la largeur d’une aile à l’autre ; les particularités en s’aidant des collections de photographies réunies en planches au service de l’Identité.

Il serait sans intérêt de continuer dans le détail cet examen des formes. Indiquons seulement que l’on décrit de même :

  • les oreilles : bordure, lobe, antitragus,pli, forme générale, écartement, conque, insertion (fig. 14).
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  • les lèvres : hauteur au-dessous du nez, proéminence de l’une ou de l’autre lèvre, bordure, épaisseur, particularités.
  • la bouche : dimensions, particularités. Citons parmi ces dernières : bouche pincée, bouche bée, à coins relevés ou abaissés, bouche oblique, bouche en cœur, bouche lippue... Le portrait parlé n’est pas toujours un portrait flatté !
  • le menton : hauteur, largeur, forme (plat, en houppe, à fossette, allongé, bilobé, à sillon horizontal) ;
  • le contour général du profil en examinant successivement la partie fronto-nasale qui va des cheveux au bout du nez, la partie naso-buccale qui s’étend jusqu’au menton, la hauteur du crâne (mesurée à partir du trou de l’oreille) et les malformations du crâne ;
  • le contour de la face et son « état graisseux » ;
  • les sourcils ;
  • les globes et orbites des yeux (yeux saillants, relevés, louches) ainsi que l’intervalle qui sépare les deux yeux ; les rides, signe de valeur du reste médiocre car elles varient avec l’état graisseux ; au delà de cinquante ans, elles n’ont plus d’intérêt (fig. 4).
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ASPECTS GÉNÉRAUX

L’expression du visage est notée succinctement et seulement si elle est caractéristique : grimaçante, énergique, souriante, crétinoïde.

La corpulence est indiquée par l’aspect du cou, qui peut être court, long, mince, gros, présenter une pomme d’Adam saillante, un goitre, un double menton, un bourrelet occipital et par la carrure qui comprend la direction de la ligne d’épaules et la largeur des épaules. On note en général, si l’individu paraît « gros » ou « maigre » bien que ce signe perde toute valeur à quelques années d’intervalle (fig. 17).

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L’attitude habituelle est indiquée par le port de tête, le degré de rondeur du dos, la position des bras et des mains.

L’allure comprend : la démarche (lente, légère, lourde, sautillante, posée, raide, dandinante, déhanchée, claudicante, boiteuse) ; la gesticulation, y compris le fait éventuel d’être gaucher ; le regard (droit, oblique, fixe, mobile, lent, rapide, franc, fuyant) ; la mimique et les tics, l’habitude de ronger les ongles, de chiquer.

La voix mériterait à elle seule un long chapitre. On note : les défauts de prononciation (bégaiement, bredouillement, zézaiement, chuintement) ; le timbre (voix d’eunuque chez l’homme, voix grave chez la femme) ; l’accent provincial, l’accent étranger.

NOTATIONS CHROMATIQUES

Les couleurs caractéristiques sont celles de l’iris (on choisit l’iris gauche), des cheveux et de la moustache.

Pour l’iris (fig 16), on part de ce principe établi par les iridologistes, que le fond de l’iris est bleu mais peut être plus ou moins pigmenté par-dessus ce bleu. On distingue sept classes : bleu, jaune, orange, châtain, marron, marron verdâtre, marron pur, chaque classe se subdivisant en trois suivant que la teinte est claire, moyenne ou foncée.

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Il y a lieu de distinguer également la périphérie de l’iris et la zone interne ou « auréole », l’auréole peut être dentelée, hachurée, rayonnante. Les caractères spéciaux sont l’œil truité (taches de rousseur sur l’iris), les secteurs, les yeux vairons (yeux de couleurs différentes), le cercle sénile au bord extérieur de l’iris, la pupille piriforme ou excentrée, les taies, enfin l’énucléation et le remplacement par un œil de verre.

La couleur des cheveux est désignée par un des termes suivants : blond pur, clair, moyen, foncé ; châtain clair, moyen, foncé ; châtain noir ; noir pur, roux, acajou, moyen, foncé ; roux châtain clair, moyen, foncé ; enfin blanc. La moustache est justiciable des mêmes teintes mais on la désigne assez bizarrement sur les fiches par le mot « barbe ». Quant à la barbe véritable, elle n’a pas été retenue, comme offrant des variations.

Il ne manque plus, pour compléter le portrait en pied de l’individu, qu’à indiquer la couleur pigmentaire de la peau : teint jaune, brun ou noir, et sa coloration sanguine : pâle ou rouge, toujours avec les trois degrés : petit, moyen ou grand. On indique en outre la race, les cicatrices, les mutilations, les signes particuliers apparents (taches de vin) et les tatouages.

CODES ET CLASSEMENT

Créé par Bertillon, patiemment mis au point, le « portrait parlé » a été universellement adopté et rend les plus grands services à toutes les polices du monde ; des codes ont été créés, permettant de télégraphier les indications. La plupart des polices utilisent concurremment la dactyloscopie et le portrait parlé plus ou moins complet, parfois aussi des éléments anthropométriques. Locard cite ainsi, par pays, plus de 150 systèmes.

La classement des fiches (aux sommiers de l’Identité judiciaire, à Paris, il existe six millions de fiches !) est généralement basé sur la dactyloscopie. Bertillon avait cependant créé une remarquable méthode, connue sous le nom de carnet D K V, mais qui est peu connue des agents subalternes : on se guide successivement sur la forme de l’arête du nez, puis de l’oreille, l’aspect de l’iris et enfin l’âge.

Ainsi organisé, le portrait parlé constitue une méthode non seulement scientifique mais réellement judiciaire, très supérieure à la reconnaissance par des témoins. Nous n’en voulons pour preuve que cette feuilletonnesque aventure de S... , le « mort vivant » qui est demeuré célèbre à la Préfecture : S..., disparu de chez lui, est retrouvé mort, noyé, sur les dalles de la Morgue. Ses compagnons de travail le reconnaissent, sa femme le reconnaît, on identifie ses vêtements... bref on allait l’inhumer quand le service de l’Identité qui possédait une fiche « portrait parlé » du véritable S... intervint pour déclarer qu’il s’agissait d’un autre individu.

Quatre jours plus tard, en effet, S... revint assez penaud d’une fugue, rendant grâces, sans doute, « au portrait parlé » qui lui avait épargné une inhumation en effigie !

PIERRE DEVAUX, Ancien élève de l’École Polytechnique.


[1Outre les renseignements très aimablement communiqués par M. le Professeur Sannié et M. l’inspecteur principal Guérin, nous suivons plus particulièrement le Manuel de technique policière de M. Edmond Locard (Payot). Voir aussi l’Identification anthropométrique de A. Bertillon (Melun, Impr. administrative, 1893) et les ouvrages cités par M. Edmond Locard dans les bibliographies qui terminent ses chapitres.

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