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Élias Metchnikoff

René Merle, La Nature N°2237 — 12 aout 1916

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 8 juin 2011

La France vient de perdre un grand savant, Élias Metchnikoff qui, bien que, russe d’origine, était des nôtres depuis longtemps.

Né en 1845 à Kharkoff, il fit ses études scientifiques en Russie, puis en Allemagne et devint à 25 ans professeur de zoologie à l’Université d’Odessa. Il s’était déjà fait connaître par de beaux travaux d’embryologie sur les animaux inférieurs. Travailleur infatigable, esprit fertile et novateur, il ne tarda pas à tirer d’intéressantes conclusions de ses nombreuses recherches. Notamment il découvrit le développement d’un ver, le Balanoglossus, dont la larve ressemble à celle des étoiles de mer et dont l’adulte a quelques caractères qui le rapprochent des vertébrés inférieurs ; d’où la possibilité d’une parenté entre les étoiles de mer et les vertébrés. Peu à peu, les faits s’accumulant, Metchnikoff fut conduit à une théorie générale de l’embryogénie et particulièrement de la formation des organes. Combattant la théorie de la gastrula de Haeckel, Metchnikoff arrive à cette conception que dans tout organisme certaines cellules ont une place fixe, contribuant à l’édification des organes, tandis que d’autres, dérivées du mésoderme, restent toujours mobiles et libres dans les liquides de l’organisme. Ces dernières se nourrissent de tous les déchets et des cadavres des cellules fixes, elles englobent les éléments étrangers qu’elles rencontrent, qu’ils soient vivants ou inertes. Ces cellules mangeuses sont les phagocytes ; leur fonction la phagocytose.

Chez l’homme, les phagocytes, qu’on appelle encore leucocytes pour rappeler leur couleur pâle différente de celle des globules rouges, se trouvent dans le sang ; ils sont formés dans les ganglions lymphatiques, les follicules de l’intestin, la moelle des os ; ils sont de plusieurs sortes, les unes amœboïdes, les autres non, ayant des fonctions différentes ; les uns s’attaquent particulièrement aux germes des maladies aiguës, d’autres à ceux de la tuberculose, etc.

C’est là un des grands mécanismes de défense de l’organisme contre les microbes et sa découverte, basée sur l’observation des espèces animales les plus variées, est tout entière l’œuvre de Metchnikoff.

La phagocytose n’a pas qu’un intérêt théorique ; son importance est capitale en médecine et bientôt, Metchnikoff s’en rendit tellement ,compte,qu’il abandonna l’Université d’Odessa pour venir travailler à Paris auprès de Pasteur. Peu à peu, par ses travaux ou sous son impulsion, la théorie de la phagocytose se développa et s’affermit ; Metchnikoff montra que les phagocytes sécrètent des ferments qui attaquent et digèrent les cellules altérées et les microbes envahisseurs et aussi d’autres substances telles que les antitoxines qui contribuent à protéger l’organisme en neutralisant les poisons sécrétés par les infiniment petits.

Outre cette série de recherches capitales, Metchnikoff réussit à communiquer à divers animaux plusieurs maladies contagieuses, à étudier leurs effets et à chercher leur traitement ou leur prévention par des vaccins.

En ces dernières années, Metchnikoff aborda un nouveau problème, celui de la vieillesse, Il reconnut le danger des poisons qui se produisent dans le gros intestin ; cause principale de l’artério-sclérose et de la sénilité. Il chercha à en diminuer ou en éliminer

l’influence par une nourriture spéciale, notamment par le lait fermenté. Il désira même prolonger la vie humaine et exposa ses rêves en deux volumes curieux : les Études sur la nature humaine et les Essais de philosophie optimiste.

Depuis 1887, Metchnikoff était des nôtres. Sous-directeur de l’Institut Pasteur, membre associé de l’Académie des Sciences, lauréat du prix Nobel, commandeur de la Légion d’Honneur, il avait reçu peu à peu tous les honneurs, ce qui ne l’empêchait pas de continuer ses travaux au milieu d’un grand nombre d’élèves français et étrangers groupés autour du maitre.

C’est avec douleur qu’on a appris, tant en France qu’en Russie, la mort, dans l’appartement même de Pasteur, d’un de ses plus brillants disciples qui fut en même temps l’un des esprits les plus originaux de notre temps.

René Merle