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Antoine-Émile Blanche

Nécrologie publiée dans La Science Illustrée N°227 du 2 avril 1892

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 14 février 2009

Antoine-Émile Blanche

Voyez-vous passer là-bas cet homme à la taille élevée, à l’ample corpulence drapée dans une lévite qui n’en finit plus, à la démarche un peu lourde et très lente ? A son faux-col droit qui monte, mal empesé, le long des mâchoires, à son visage opulent encadré de courts favoris, à la finesse de son regard et de son sourire, à son chapeau rejeté en arrière et négligemment brossé, enfin à l’allure générale de sa personne. vous croyez sans doute re­connaître un bourgeois de l’ancien régime, voltairien à coup sûr, normand peut­ être, content de lui et fier de ses écus. - Eh bien, vous vous trompez, monsieur. Celui que vous prenez pour un bourgeois est un médecin tout à fait au courant de nos mœurs fin de siècle, point normand, mais parisien, nullement sceptique, sans orgueil de ce qu’il sait et de ce qu’il a fait riche, c’est vrai, mais point égoïste et point fier.

C’est le Dr Blanche ; et ce nom vous en dit long, n’est­ ce pas ? Tout récemment encore, un de nos maîtres romanciers, sur lequel a soufflé le terrible vent de la folie, a été conduit dans la maison fondée à Passy par le père du célèbre aliéniste. Les journaux vous l’ont appris ; mais ils ont plus parlé du malade que du médecin ; ils ont rappelé les œuvres de l’homme de lettres et n’ont pas mentionné celles du docteur.

Interne en 1845, le Dr Blanche a été reçu docteur en médecine le 25 août 184.8. Il a été fait chevalier de la Légion d’honneur le 5 novembre 1854, officier le 15 août 1878. Il est médecin expert près le tri­bunal de la Seine pour la médecine mentale depuis 1851, et membre libre de l’Académie de médecine depuis le 18 juillet 1878.

Quant à ses publications, les principales sont les suivantes : Du cathétérisme ?sophagien chez les aliénés (1848), Considérations sur le traitement moral de la folie (1865), Des homicides commis par les aliénés (1878). La folie doit-elle être considérée comme une cause de divorce ? (1882), Rapport à l’Académie de médecine sur les projets de réforme relatifs à la législation sur les aliénés (1884.), Rapport à l’Académie sur le prix Lefèvre (La mélacolie, - Bulletin de l’Académie du 8 novembre 1887), - sans compter, bien entendu, un nombre considérable de rapports médicaux-légaux sur des cas d’aliénation mentale.

On peut voir par cette liste d’ouvrages que le Dr Blanche s’est, dès le début de sa carrière, confiné dans une spécialité. Il a estimé que le genre de maladies à l’étude et au traitement desquelles il s’adonnait suffirait, grave et peu connu comme il est, à occuper son activité professionnelle. Il faut ajouter qu’il a constamment apporté dans l’exercice de ses fonctions non seulement une science remarquable et une conscience absolue, mais encore une délicatesse et une bonté extrêmes. Les sympathies de l’homme sont toujours allées au malade en même temps que les soins du médecin. C’est, en dépit de l’apparence, un sentimental, prompt à s’apitoyer, toujours prêt à se dévouer, habile à réconforter, à consoler, à rendre l’espérance perdue. Il est devenu riche sans de­ venir avare ; sa large main souvent s’ouvre au pauvre avec son cœur.

Nul, plus que le Dr Blanche, n’a vu de misères de toutes sortes, à cette époque où la vie à fond de train abonde en naufrages et en cataclysmes ; nul n’a été té­moin d’autant de scènes lugubres. Et il faut comp­ter qu’il fut courageux entre les courageux, qu’il eut, de plus, la tête d’une solidité à toute épreuve, pour n’a­ voir gardé de ses longues années passées parmi les fous aucune fâcheuse disposition d’esprit. Est-ce l’art qui l’a conservé jeune et dispos, toujours aimable ? c’est possible : le Dr Blanche est, en effet, un dilettante de la peinture et de la musique. Il aime l’Art à ce point qu’il a encouragé son fils, M. Jacques­-Émile Blanche, à faire de la peinture au lieu de continuer en médecine son œuvre et ses succès. Bien lui en a pris, du reste : M. J .-E. Blanche est, en effet, devenu un de nos meilleurs portraitistes.

Il rompt ainsi avec les traditions de la famille, car le père du Dr Blanche, fondateur de la maison de santé de Passy, était lui-même le fils d’un médecin de Rouen. C’est son père qui le premier avait abandonné les procédés de force et de brutalité employés habituellement pour guérir les aliénés.

Gaston Bonnefont

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