Un appareil qui vous permettra de vous déplacer en toute sécurité le long d’un cordage

Sciences et voyages N°102 — 11 août 1921
Samedi 10 avril 2021
Quand on s’asseoit sur la sellette, on immobilise l’appareil et on peut remuer les mains et les jambes très facilement.

LA profession de peintre en bâtiments et de couvreur n’est pas sans danger. En dehors de l’absence de vertige, il faut une certaine habileté pour se déplacer avec sécurité le long d’un cordage et il ne faut pas manquer l’accrochage de la sellette sur laquelle on est assis.

Un inventeur parisien, M. Cans, a eu l’idée d’un appareil simple qui permet de se déplacer avec sécurité le long d’un cordage et de s’y maintenir à coup sûr sans le moindre effort.

Le principe de cet appareil est le suivant :

Supposons qu’une corde verticale tendue passe dans un anneau. Si on incline cet anneau de manière à le placer horizontalement, il en résulte que la corde sera coincée en deux points, et que toute pièce qui sera suspendue à l’axe autour duquel tourne l’anneau restera assujettie solidement au point déterminé du câble.

Pour réaliser la rotation de cet anneau, M. Cans a placé l’axe autour duquel l’anneau peut pivoter dans une espèce de douille ou de gaine, et son appareil comporte trois gaines semblables qui peuvent coulisser librement sur la corde tendue lorsque les anneaux ne coincent pas.

On a une gaine de cette sorte pour les supports de chaque pied. Lorsque le pied appuie sur son support, il coince une gaine correspondante. Une troisième gaine est destinée à soutenir la sellette sur laquelle est assis l’ouvrier. Lorsque l’ouvrier laisse reposer son poids sur la sellette, il coince l’anneau de la gaine qui soutient ainsi tout le poids de l’ouvrier.

Lorsqu’il se soulève en s’appuyant sur les repose-pieds, la gaine supérieure redevient libre et on peut la faire coulisser en la déplaçant avec les mains. De même, un levier permet de libérer l’anneau supérieur et d’empêcher qu’il coince sur le câble.

L’inventeur, M. Cans, descend et monte au premier étage de la tour eiffel et démontre les qualités de son appareil.

Voyons maintenant comment, avec cet appareil, on peut monter le long du câble : il suffit d’appuyer alternativement l’un et l’autre pied en faisant coulisser le long de la corde la gaine du pied qui reste libre et remonte. On fait ainsi le même mouvement que pour monter un escalier . LEs deux mains libres poussent la gaine supérieure en l’air et la font cheminer au fur et à mesure de la montée sur le câble.

Lorsqu’on est arrivé à la position voulue, le fait de s’asseoir sur la sellette immobilise complètement la gaine supérieure et l’appareil. On peut à ce moment dégager les pieds, se servir de ses mains sans aucun inconvénient.

Pour descendre, il suffit de maintenir libre la bague de gaine inférieure avec chaque pied, et de tirer sur une corde pendue au-dessus du siège. Cette corde n’est pas libre, la douille supérieure l’empêche de coincer. L’ouvrier glisse alors rapidement le long du câble, et, pour s’arrêter, il lui suffit d’appuyer avec ses pieds sur les deux étriers, ou même sur un seul, ou bien, de lâcher simplement la corde supérieure qui rendait libre la douille correspondante.

Le mouvement de monter et de descendre est en réalité analogue à celui d’un ouistiti qui se déplace le long d’une, corde, d’où le nom de l’appareil : Ouistiti. donné par l’inventeur à cette combinaison ingénieuse.

Voici les deux étriers, sur lesquels on place les pieds, qui permettent de monter le long du cordage avec les mêmes mouvements et la même facilité que si l’on montait un escalier.

Une démonstration publique de ce, procédé a été faite sur un câble tendu jusqu’au premier étage de la tour Eiffel. Le jour de l’expérience, M. Cans fit l’ascension du premier étage en quelques minutes. Il s’arrêta à mi-hauteur, et put démontrer expérimentalement la sécurité de son appareil. Il put se suspendre la tête en bas, en lâchant mains et pieds, faire des sauts en avant, en arrière, etc., avec la plus complète sécurité.

C’est donc là une combinaison simple et intéressante qui pourra rendre de grands services aux ouvriers du bâtiment, aux bûcherons, à tous ceux que leur profession expose aux accidents si nombreux qui se produisent avec l’antique corde à nœuds.

Ce groupe montre mieux que toute théorie la solidité de la suspension du « ouistiti ».