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Vie et Travaux de D.-J. Corrigan

L.-H. Petit, la Revue Scientifique N°35 - 28 février 1880

dimanche 4 avril 2010, par gloubik

Corrigan (sir Dominic-John), né à Dublin le 1er décembre 1802, mort dans la même ville le 1er février 1880, était un des médecins les plus illustres de son pays et des plus justement distingués du monde entier. Il appartient à celle génération d’hommes éminents qui pendant plus d’un demi-siècle (depuis 1825) ont fait rejaillir sur l’Irlande la gloire scientifique la mieux méritée ; il suffit de citer parmi les chirurgiens : Crampton, Colles, Carmichael, Cusack, Adams ; parmi les médecins : Graves, Marsh, Stokes ; parmi les accoucheurs : Collins, Johnson, Montgommery, Churchill, Beaty et Kennedy. Corrigan était le seul survivant de celle illustre phalange.

Les organes les plus autorisés de la presse médicale anglaise sont unanimes à reconnaître l’originalité de ses conceptions et la sûreté de son diagnostic, comme clinicien, la netteté de son exposition, comme professeur, et, comme praticien, son intégrité la plus scrupuleuse dans l’exercice de sa profession.

Corrigan fit ses études classiques au collège laïque de Saint-Patrick, à Maynooth. Ses études terminées, on le confia au docteur Kelly, deMaynoolh, pour lui donner les premières notions sur la médecine. Frappé de l’intelligence, des dispositions et du zèle de son élève, le docteur Kelly engagea vivement sa famille à l’envoyer étudier la médecine à Edimbourg, ajoutant que le jeune Corrigan était destiné à devenir illustre. Le maître, déjà vieux, vécut encore assez pour voir sa prophétie réalisée.

Docteur de l’Université d’Edimbourg en 1825, la même année et dans la même ville que Stokes, Corrigan vint peu après s’installer à Dublin ; il devint alors médecin d’un dispensaire à Meath street, puis il fut nommé en 1830 médecin à Jervis street Hospital, où il n’avait que six lits à sa disposition, Mais comme il pouvait n’admettre que des malades de choix, il put ainsi recueillir des matériaux importants qui lui servirent à préparer la plus grande partie de son enseignement clinique, et à rédiger entre autres son fameux mémoire sur l’insuffisance aortique (1832). Ce remarquable travail attira l’attention de tous les médecins, et bien que Hope et d’autres aient écrit sur ce sujet vers la même époque, le mérite d’avoir donné le premier une description claire, complète et exacte de la maladie appartient à Corrigan. Trousseau donna à l’insuffisance aortique le nom de maladie de Corrigan, et si ce nom n’est pas resté en entier, le pouls de Corrigan du moins est encore classique.

A cette époque également, Corrigan s’était livré à de nombreuses recherches sur l’action du cœur chez les animaux inférieurs ; mais sa réputation scientifique — comme c’est trop souvent le cas — n’eut d’autre résultat pour le moment que d’éloigner de lui les clients. Cet inconvénient, il est vrai, ne fut pas de longue durée.

De 1830 à 1840, il fit des cours à l’ancienne école de Digges street, puis au Collège de médecine de l’hôpital de Richmond (maintenant Carmichael), que l’extension de sa clientèle le força d’abandonner. Il avait été dans l’intervalle nommé médecin à Cork street Hospital, puis, en 1840, il le fut des hôpitaux de la Chambre de l’inndustrie. A la clinique de ce dernier poste, il fit des leçons remarquables, en particulier sur la nature et le traitement de la fièvre, qui furent réunies et publiées en 1853. Il donna sa démission de celle fonction en 1866, mais fut ensuite nommé médecin consultant.

En 1846, il publia un Mémoire sur la faim et la fièvre, comme cause et effet en Irlande, ouvrage qui n’est que trop de nature à attirer de nouveau l’attention, à l’heure actuelle surtout, où les deux fléaux qui déciment ce malheureux pays, la famine et la maladie, y sévissent plus que jamais. Il insiste dans ce travail sur une opinion qu’il avait déjà émise en 1830, dans the Lancet, à savoir que la faim était une cause de fièvre, et il propose comme remède l’établissement dans tout le pays d’espèces de fourneaux économiques pour les pauvres.

Les distinctions honorifiques, comme bien on pense, ne lui manquèrent pas.

En 1838, il fu t l’un des fondateurs de la Société pathologique de Dublin, dont il fut plus tard président. — En 1843 il obtint le titre de membre du Collège royal des Chirurgiens d’Angleterre. Son examen consista à faire une leçon orale sur l’insuffisance des valvules aortiques, sur l’invitation du jury d’examen. — Nommé membre du sénat de l’Université de la Reine à sa fondation, et vice-chancelier en 1871, il le représenta au conseil médical général, où son éloquence, son esprit naturel et son humour furent très appréciés. — En 1849, le titre de docteur en médecine (honoris causa) lui fut conféré par l’Université de Dublin. — En 1856, il fut élu membre du collège des médecins du roi et de la reine en Irlande, après avoir été black-balled quelque temps auparavant [1] ; on lui devait en quelque sorte une réparation pour cet échec, aussi fut-il élu cinq fois de suite président (1859-1864), honneur sans exemple dans les annales du collège. (Dans une des salles, on voit, depuis plusieurs années, une belle statue en marbre de sir Corrigan, par Foley, en compagnie de celle de ses illustres contemporains Graves, Marsh et Stokes.) — Il avait été président de la Société zoologique d’Irlande, à laquelle il porta le plus vif intérêt jusqu’à sa mort, et, en 1875, président de la Société pharmaceutique d’Irlande.

Corrigan était en outre médecin ordinaire de la reine en Irlande, membre de l’Académie royale irlandaise, membre correspondant de l’Académie de médecine de Paris et de la Société Harvéienne de Londres. En 1866, il avait été créé baronnet, non seulement à cause de sa haute situation professionnelle, mais encore en récompense des services nombreux et gratuits qu’il avait rendus à la santé et à l’instruction publiques en Irlande.

Alors qu’il était à l’apogée de sa carrière scientifique, Corrigan brigua les honneurs parlementaires. En 1870, après une vive opposition soulevée par les médecins conservateurs contre ses opinions libérales, il fut élu membre de la Chambre des communes, où il siégea jusqu’à la dissolution de 1874. Il prit une part active aux travaux et aux débats du Parlement, où il fut considéré comme l’un de ses membres les plus distingués.

Sauf des attaques de goutte, Corrigan avait toujours joui d’une bonne santé ; mais dans les trois dernières années les infirmités de l’âge s’appesantirent sur lui, et une dernière atteinte de la goutte le laissa pendant plusieurs semaines entre la vie et la mort.

Le premier travail important de Corrigan fut publié dans The Lancet en février 1829 ; il était relatif aux causes du bruit de soufflet et du frémissement cataire, sujet sur lequel il revint plus tard en 1836 et 1839.

Outre les travaux dont nous avons parlé, on a encore de lui un grand nombre d’observations et d’articles, presque tous rassemblés dans le Dublin Journal of medical sciences, aux indications suivantes :

  • Sur le traitement du catarrhe récent (1832, t. T, p. 7).
  • Sur l’insuffisance aortique (On permanent palency of the aortic valves) (1832, 1. I, p. 262).
  • Sur le diagnostic de l’anévrisme de l’aorte (1833, t. Il, p. 375).
  • Sur le bruit de soufflet (1836, 1. VIII, p. 202 ; 1. X, p. 173)
  • Sur le bruit de cuir neuf dans l’abdomen (1836, t, IX, p. 392). Il Y démontre un des premiers que le bruit attribué il la collision des hydatides devait être rapporté aux adhérences des feuillets péritonéaux.
  • Sur l’aortite comme cause Je l’angine de poitrine (1838, 1. XII, p. 343).
  • Sur la cirrhose du poumon (1838, t. XIII, p. 266).
  • Sur le mécanisme du bruit de soumet (1839, t. XIV, p. 305).
  • Sur l’administration des médicaments sous forme de vapeur (1839, t. XV, p. 94).
  • De l’opium dans le rhumatisme (1840, 1. XVI, p. 256).
  • Observations pratiques sur les troubles fonctionnels du cœur (1841, t. XIX, p. 1J.
  • Sur la dilatation de la crosse de l’aorte (1842, t. XXl, p. 139).
  • Sur la maladie de Bright (1842, t. XXl, p. 162, el 18 :’3, t. XXII, p. 396).
  • Sur l’anévrisme du cœur (1842, 1. XXI, p. 143).
  • Sur la pneumonie (1842, 1. XXI, p. 143, 291).
  • Sur l’anévrisme de l’aorte (1842, t. XXI, p. 145).
  • Sur la phtisie et l’emphysème (1842, 1. XXI, p. 297).
  • Sur la lymphe à la base du cerveau (1842, 1. XXl, p. 308).
  • Sur l’apoplexie (1842, 1. XXI, p. 309).
  • Sur l’ouverture d’une branche volumineuse de l’artère pulmonaire dans une caverne (1842, t. XXI, p. 319).
  • Sur la carie du rocher (1843, l. XXII).
  • Sur la pneumonie consécutive à la scarlatine (1843, t. XXII, p. 293).
  • Sur la dilatation des cellules pulmonaires (1863, l. XXIT, p. 60li).
  • Sur les tubercules cancéreux du pylore (1863, t. XXllI, p. 160).
  • Sur le pemphigus (1844, t. XXI V, p. 288).
  • Sur la variole après la vaccination (1864, t. XlV, p. 288).

En 1845, cette active collaboration cesse complètement pour reprendre l’année suivante. Mais la clientèle absorbait alors le temps de Corrigan, et nous ne trouvons plus de lui que quelques observations communiquées de temps à autre aux Sociétés médicales de Dublin :

  • Sur l’anémie (1846, t. 1er, p, 506).
  • La dégénérescence cancéreuse du foie (p. 267).
  • L’ulcération de l’intestin grêle (p. 231).- L’endocardite(p. 495).
  • Une tumeur de l’ovaire contenant des hydatides (p. 519).
  • Une péricardite avec pleurésie (p. 496).
  • La méningite suppurée(p. 510).
  • L’étranglement intestinal par bande fibreuse (p. 268).
  • La rétraction de la paroi thoracique consécutive à la pleurésie (p. 222).
  • La pneumonie infantile (t. II, p. 523).
  • Plusieurs cas d’endocardite, végétations sur les valvules mitrales et aortiques, et rétrécissement de l’orifice auriculo-ventriculaire (1847, t.IV,p.235).
  • Cas de perforation du poumon (1848, t. VI, p. 197).
  • Cas d’affection valvulaire du cœur à sa première période (1850, t. X, p. 500).
  • Cas d’abcès du poumon (1851, t. XII, p. 197).
  • Cas de péricardite (ibid. p. 199).
  • Cas de corps étranger de l’intestin (1856, t. XVII, p. 228).
  • Dépôt calcaire autour de l’origine de l’aorte (1866, t. XXXVIII, p. 197).
  • Un cas d’endocardite, (1865, t. XXXIX, p. 1I73)
  • Embolie du cœur (1865, t. XXXX, p. 437).
  • Sur le pneumothorax (1865, t. XXXX, p.636).
  • Pustules de variole dans la trachée (1865, t. XXXX, p. 1I21).
  • Traitement de l’incontinence d’urine chez les jeunes enfants par le collodion (1870, t. XLIX, p. 112).
  • Sur l’enregistrement des morts, et les certificats médicaux de mort (1871, t. LI, p. 341).
  • Un article sur Aix-les-Bains (déc. 1875).

Nous citerons encore les articles Pemphigus, Plica polonica et Rupia, de la Cyclopœdia of practical Med., vol. III, 1834, — plusieurs mémoires de médecine pratique dans la Dublin Hospital Gazette, de 1845 à 1860, entre autres sur Arcachon considéré comme station pour les sujets atteints d’affections pulmonaires. — La carte du choléra en Irlande, ,1850 et 1866, — enfin un intéressant petit livre intitulé : Ten Days in Athens (Dix jours à Athènes) dans lequel il raconte une visite faite aux anciens monuments de celle ville.

L’année dernière, il publia encore quelques pages très intéressantes sous ce titre : Reminiscences of the early working of the dissection rooms, prior to the anatomy act. - On sait qu’avant l’adoption de la proposition de Warburton (1832) qui fit délivrer aux étudiants, pour servir à leurs dissections, les cadavres non réclamés, on ne pouvait obtenir des sujets qu’avec la plus grande difficulté. Aussi les étudiants avaient-ils recours aux résurrectionnistes pour s’en procurer, et souvent même ils ne dédaignaient pas d’aller en personne déterrer les cadavres pendant la nuit. Corrigan raconte ses souvenirs sur ces expéditions, auxquelles plusieurs fois il prit part. Ce travail fut publié sans nom d’auteur dans le British medical Journal de l’année dernière, mais Corrigan signa le tirage à part dont il distribua un grand nombre d’exemplaires.

L.-H. PETIT.


[1La cause de cet échec n’a aucun rapport avec les titres scientifiques de Corrigan ; elle est relative à une question toute professionnelle qui mérite d’être mentionnée.

En 1847, Graves publia dans le Dublin Journal une lettre remarquable sur les actes du Conseil central de santé, dont Corrigan était le seul membre actif. C’était une attaque violente contre le Conseil, et le principal chef d’accusation était la rémunération de 5 shillings par jour offerte aux médecins qui desservaient les hôpitaux et les dispensaires, spécialement pendant la désastreuse épidémie de fièvre qui sévit cette année-là, Les médecins irlandais furent très blessés de cette offre, qu’ils considéraient comme humiliante, et une protestation modérée, mais ferme, signée par 1160 praticiens, fut présentée contre elle au gouvernement. La popularité de Corrigan paya pour le conseil de santé, et la preuve en fut l’échec qu’il subit aux élections du Collège des médecins ; mais sa haute valeur comme homme et comme praticien ne tarda pas à lui reconquérir l’estime de ses confrères.

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