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Albert de Lapparent (1839 - 1908)

La Nature N°1825 — 16 mai 1908

mercredi 21 octobre 2009, par gloubik

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A. de Lapparent

Il y a presque exactement un an, le 13 mai 1907, les amis de M. de Lapparent avaient eu, avec lui, une grande joie. Son élection au Secrétariat Perpétuel de l’Académie des Sciences était venue couronner une brillante carrière scientifique. Telle était alors sa verte et inaltérable jeunesse, malgré ses soixante-sept ans, que l’on pouvait espérer le voir longtemps charmer l’Académie par sa parole diserte, par un talent d’assimilation toujours prêt à rendre limpides les sujets les plus ardus, renouveler enfin les jours restés légendaires du Secrétariat d’Arago. La Providence ne l’a pas voulu et l’a frappé d’un coup presque subit au milieu du bonheur, qu’il lui est devenu soudain impossible de goûter. La maladie qui, il y a quelques semaines, l’avait contraint à un repos inaccoutumé pour ce grand travailleur, l’a emporté le 5 mai. M. de Lapparent tenait par des liens multiples à cette Revue, où il a fréquemment collaboré et dont les éditeurs étaient les siens. La direction de La Nature adresse donc à sa famille l’expression de toute sa douloureuse sympathie.

Rappelons en quelques mots sa carrière. Né à Bourges le 30 décembre 1839, sorti le premier de l’École Polytechnique en 1860 et devenu ainsi ingénieur des Mines, il fut attaché en 1865 au Service de la Carte Géologique et commença aussitôt, en remplacement de Laugel, sa collaboration à la Revue de Géologie de Delesse, qui parut régulièrement dans les « Annales des Mines » jusqu’en 1880 et qui fut le point de départ de son Traité de Géologie classique. En même temps, il trouvait une occasion de montrer, dans une œuvre légère, cette habileté didactique qui a assuré le succès constant de ses ouvrages. Sa première publication, après un mémoire d’élève sur le Tyrol méridional, est un petit poème intitulé : « Conseils à un jeune amateur de géologie », où l’on trouve déjà, avec un clair précis géologique en alexandrins, la preuve d’un esprit naturel que la charité chrétienne empêchait de devenir mordant, mais ne laissait pas moins séduisant par sa finesse.

Pendant les années qui suivirent, il collabora activement à la Carte géologique de France qui, encore presque à ses débuts, était uniquement exécutée par un petit nombre d’ingénieurs du Corps des Mines, Potier, Fuchs, etc. Les courses en Normandie, puis dans le Cotentin et à Jersey, qu’il fit à cette occasion, l’amenèrent à diverses observations stratigraphiques sur le terrain, dont les plus connues sont celles relatives à ce qu’on appelle la boutonnière du Pays de Bray. Ayant eu à examiner les coupes naturelles données par les travaux de la voie ferrée entre Rouen et Amiens, il reconnut la véritable structure de cette région, alors considérée comme singulière, qui donna lieu, de sa part, à des publications échelonnées entre 1867 et 1879. En 1869, le projet d’un tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre, confié à l’examen d’une Commission dont M. de Lapparent fut nommé secrétaire, constitua pour lui ce que, dans la Notice sur ses titres scientifiques pour sa candidature à l’Institut, il désignait lui-même comme « la phase la plus originale et la plus personnelle de sa carrière géologique ». Son idée principale consistait, d’après la même Notice, à combiner les sondages eh mer avec un relevé hydrographique de précision, de manière à définir les couches sous-marines par leur intersection avec la surface topographique, en même temps que leur affleurement était tracé par la reconnaissance des échantillons recueillis.

En 1880, un changement eut lieu dans la situation administrative du savant. Il avait été, en 1875, autorisé à accepter la chaire de Géologie et de Minéralogie à l’Institut catholique, que l’on venait de créer, tout en restant ingénieur de l’État. Le progrès officiel d’idées philosophiques contraires à celles que l’on professait dans cet établissement libre, amena le Ministre d’alors qui était, si je ne me trompe, Sadi Carnot, à le mettre en demeure de choisir entre les deux situations devenues incompatibles. Ardent catholique, il opta pour un enseignement où il trouvait, avec un moyen de servir sa foi, une occasion de mettre en valeur son remarquable talent de parole et d’exposition ;
il donna sa démission et abandonna, par suite, en même temps, ses principales occupations antérieures : la Revue de Géologie qui cessa de paraître, aussi bien que les courses pour la Carte géologique et les explorations sur le terrain. Dès lors, il se consacra, pour le reste de sa vie, à ses
cours de l’Institut catholique, qui l’amenèrent à écrire la série des ouvrages, connus de tous et maintenant entre les mains de tous les étudiants, par lesquels a été popularisé son nom, et qui le firent ainsi entrer à l’Institut, en 1897, à la place de Descloiseaux. La première édition du Traité de Géologie parut en 1881. On a rappelé ici même [1] quand vint au jour la cinquième, en janvier 1886, comment cet ouvrage, où la stratigraphie a toujours été développée et tenue au courant pour le monde entier avec une richesse extrême d’informations, est venu il ses débuts combler un vide absolu dans l’enseignement français. Il n’est pas nécessaire, pour l’apprécier, de se reporter aux temps qui l’ont précédé et au dénuement qui affligeait alors les élèves dans l’enseignement écrit de géologie ; mais cette comparaison n’en est pa, moins utile pour lui attribuer toute sa véritable valeur. En dehors de ce Traité, constamment renouvelé, et du petit abrégé qui le résume, les autres cours professés par M. de Lapparent à l’Institut Catholique sont venus l’un après l’autre se traduire en ouvrages précieux : d’abord sa Minéralogie (4e édition en 1908) ; ses albums de Fossiles caractéristiques des terrains sédimentaires ; puis, et surtout, sa Géographie Physique (5e édition en 1907), ouvrage nouveau en France, où il a su utiliser et grouper d’une manière remarquable, les éléments d’une science à laquelle les Allemands et les Américains s’étaient, jusqu’alors, à peu près seuls attachés. Toutes les qualités qui faisaient son charme personnel s’y retrouvent au plus haut point. Mentionnons encore son petit livre très répandu de la Géologie en chemin de fer qui a eu pour but de faire connaître, en dehors des spécialistes, la géologie de la France expliquant sa structure physique, et enfin son dernier livre : « Science et Apologétique », où il a donné toute la synthèse de ses idées philosophiques et défendu les idées religieuses qui faisaient la part fondamentale de sa vie.

M. de Lapparent n’était pas seulement un maître la plume à la main ; il était aussi un orateur et il aimait il se servir d’une parole dont il savait tout le pouvoir.

Il ne reculait pas alors devant l’expression de ses idées et de ses préférences ; il les défendait avec ardeur ; il s’entendait à les faire triompher. C’était un militant, dont les adversaires respectaient les fermes convictions et dont les amis appréciaient le zèle efficace et les servir.

L. D. L.

--- Œuvres ---

  • Traité de Géologie
    • 1e partie : Phénomènes actuels
    • 2e partie : Géologie
  • Abrégé de géologie
  • Précis de minéralogie
  • La géologie en chemin de fer
  • Fossiles caractéristiques des terrains sédimentaires— Libraire F. Savy — 1886
  • Cours de Minéralogie — Libraire F. Savy. 1e édition : 1884 — 2e édition : 1890

Portfolio

  • Traité de Géologie par A. de Lapparent

[1Voy. n°1703, 13 janvier 1906

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