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Charles Sainte-Claire Deville

Notice nécrologique publiée dans La Nature N°179 du 4 Novembre 1876

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 14 février 2009

Le savant géologue et météorologiste que la science vient de perdre, est né en 1814, à Saint-Thomas, aux Antilles. Il fit ses études à Paris, ainsi que son frère Henri, qui était appelé à devenir une des illustrations de la chimie française. Après avoir suivi les cours de l’École des mines, Charles SAINTE-CLAIRE DEVILLE, que sa vocation attirait vers l’étude de la physique du globe, résolut de visiter en homme de science les îles qui l’avaient vu naître ; il entreprit un grand voyage aux Antilles, à Ténériffe, aux îles du cap Vert, s’attachant surtout à l’exploration des terrains volcaniques. Il avait recueilli un grand nombre d’observations, rassemblé de riches collections de roches et de fossiles, quand le tremblement de terre de la Pointe-à-Pitre vint subitement engloutir toutes ces richesses. Le jeune géologue eut la douleur de voir s’anéantir le fruit de trois années de travaux et d’efforts, il eut celle de voir périr au milieu de ce cataclysme, son oncle et plusieurs membres de sa famille. Il avait pu exécuter cependant la triangulation de la Guadeloupe, dont il publia la carte.

« Chargé officiellement de constater les désastres causés par cette grande commotion, il succomba, dit M. DUMAS, à la douleur morale et aux fatigues, et fut transporté sur un bâtiment qui, après cinquante-trois jours d’une traversée de tempêtes, le déposait au Havre, perclus et atteint, pour la vie, d’une affection rhumatismale dont il n’a jamais guéri.
« Bientôt cependant, reprenant, dans le laboratoire de son frère, l’analyse des roches, il en déduisait la simplification définitive de la formule des feldspaths. Il découvrait le soufre amorphe et insoluble, montrant ainsi, pour la première fois, un corps simple amené à deux états différents, non-seulement par des caractères physiques, mais par des propriétés chimiques, essentielles, et ouvrant ainsi la voie à la découverte du phosphore amorphe que Schröter devait réaliser plus tard.

« Envisageant sous un point de vue nouveau, auquel ses observations, sur le soufre n’étaient pas étrangères, le phénomène de la fusion des minéraux, il y découvrait une cause de changement dans le volume des masses qui en sont formées, et donnait ainsi à la géologie et à son maître, Élie de Beaumont, le moyen d’expliquer certaines circonstances, et non les moins importantes, des phénomènes de dissociation des couches terrestres » [1]

Élie de Beaumont, qui l’avait distingué depuis son passage à l’École des mines, fut ainsi conduit à le presser de se consacrer à l’étude des phénomènes volcaniques. Charles SAINTE-CLAIRE DEVILLE a suivi avec passion, pendant cinq ou six années, toutes les éruptions du Vésuve et de l’Etna. Le savant géologue recueillit avec soin tous les gaz qui s’exhalent des bouches de ces volcans et en fit l’analyse avec une remarquable précision. La loi de succession qui règle l’apparition des gaz caractéristiques du travail volcanique ,, reconnue , constatée, mise en évidence par Charles SAINTE-CLAIRE DEVILLE, a été confirmée par les élèves qu’il avait formés et prit place désormais dans la science du globe [2].

Charles SAINTE-CLAIRE DEVILLE s’est toute sa vie préoccupé des progrès de la météorologie ; il a été un des fondateurs de la Société météorologique de France, dont il n’a cessé jusqu’à sa dernière heure d’être un des membres les plus actifs. Il a attaché son nom à la création du magnifique observatoire de Montsouris, et pendant cinq aimées consécutives, il a organisé et dirigé cet établissement qui occupe aujourd’hui un des premiers rangs parmi les observatoires des pays civilisés.

L’illustre météorologiste pensait que dans nos climats moyens il existe un rapport entre les oscillations de la pression barométrique et celles de la température : l’apport qui d’après lui devait se traduire par une avance variable du baromètre sur le thermomètre. Dans une série de notes présentées à l’Académie des sciences, Charles Sainte-Claire De-ville a réuni un grand nombre de faits en faveur de ses théories. Parmi les mémoires les plus intéressants qu’il a publiés précédemment, nous mentionnerons son Voyage géologique aux Antilles et aux îles de Ténériffe et de Fogo (1856-1864, 1 vol. in-4° avec carte), ses Lettres à Élie de Beaumont sur l’éruption du Vésuve, imprimées dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, son travail sur les éruptions actuelles du volcan de Stromboli (1858), etc.

En 1857, Ch. SAINTE-CLAIRE DEVILLE a été élu membre de l’Académie des sciences en remplacement de M. Dufrénoy. Il a été promu officier de la Légion d’honneur en 1862. Il était inspecteur des établissements météorologiques de France et d’Algérie.
Nous ne croyons pouvoir mieux terminer cette notice succincte sur l’éminent savant qu’en reproduisant les quelques lignes que son digne élève et ami, M. F. Fouqué, a publiées au lendemain de sa mort dans la Revue scientifique :

« Né sous le ciel des Antilles , Charles SAINTE-CLAIRE DEVILLE possédait au plus haut degré tous les dons heureux qui sont le trait saillant des habitants de ces chaudes régions, sans avoir leurs défauts. Chez lui, une vivacité d’esprit singulière s’associait aux délicatesses les plus exquises de la sensibilité. Sou intelligence rapide et pénétrante saisissait du premier coup le point précis qu’il fallait atteindre pour résoudre la question la plus compliquée. Son cœur, plein de confiance et de tendresse, répandait sur tous ceux qui l’entouraient des trésors de bienveillance et d’affection. Bien de ce qui touchait les intérêts de la science ne lui était indifférent. Ardent à encourager le bien et à combattre ce qu’il croyait mauvais, il ne reculait devant aucune discussion, aucune lutte, et savait y apporter tolérance et courtoisie. De grandes joies et de grandes douleurs ont été son partage. Il repose maintenant du sommeil éternel, mais sa mémoire vivra. »

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Charles Sainte-Claire Deville

[1Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 16 octobre 1876.

[2Paroles prononcées à l’Académie des sciences, par M. DUMAS