Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+ |

Accueil > Biographies de Scientifiques > Astronomes, Mathématiciens et Physiciens > Camille Flammarion - 1925

Camille Flammarion - 1925

Article nécrologie publié dans La Nature N°2673 du 27 juin 1925

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 15 février 2009

JPEG - 279.7 ko
Camille Flammarion

CAMILLE FLAMMARION par Em. TOUCHET.

Camille Flammarion !... nom prestigieux, harmonieux, prodigieux. Flammarion ! c’est le ciel étoilé avec ses myriades de soleils ; c’est la Voie lactée tout empoussiérée d’étoiles ; ce sont les univers lointains, ce sont les planètes, ces autres « terres du ciel » ; ce sont les autres humanités ; c’est la vie universelle ; c’est la Science, bonne, bienfaisante ; c’est l’horreur du mal, des guerres ; c’est la paix universelle, la’, poésie, l’ascension vers la Vérité, par la Science....

Voilà tout ce qu’évoque en nous le nom du grand astronome, du « vulgarisateur », du penseur, de l’écrivain, du poète, du philosophe qui vient de disparaître.

La vie de Camille Flammarion est un magnifique exemple de travail, de volonté soutenue la retracer ici à grands traits est un devoir pour cette Revue, qui a eu le grand honneur de le compter au nombre de ses collaborateurs.

Flammarion est né le samedi 26 février 1842, à Montigny-le-Roi, chef-lieu de canton du département de la Haute-Marne. Son père était cultivateur et, pendant sa jeunesse, il n’avait pas quitté les champs : « Je suis donc fils de campagnards, s’écrie Flammarion, véritable enfant de la Nature (Mémoires biographiques et philosophiques d’un astronome) ».

Ses parents désiraient lui donner une bonne et solide instruction : dès quatre ans il savait lire ; à six ans, il était l’élève le plus fort de sa classe.

Flammarion aimait à rappeler, parmi ses souvenirs d’enfance, deux faits astronomiques, deux observations d’éclipses de Soleil, qui laissèrent en lui une impression ineffaçable : la première éclipse, celle du 9 octobre 1847, était annulaire pour la Haute-Marne ; la seconde, celle du 28 juillet 1851, était seulement partielle (60 centièmes à Montigny-le-Roi.)

Voilà, si l’on peut dire, le début de la carrière astronomique de Camille Flammarion : « Je me sentais profondément ému et rempli d’admiration, dit-il, à la pensée que les savants pouvaient calculer d’avance la marche des astres dans le ciel ».

A neuf ans, il commence l’étude du latin. En 1853, âgé de 11 ans, il entre à la maîtrise de la cathédrale de Langres. La belle comète de cette année-là ne fait qu’accroître sa curiosité, il l’observe et en prend un dessin. En 1853 et 1854, il fait diverses observations sur la formation du brouillard ; sur la visibilité du Mont Blanc ; sur les chrysalides et la formation des papillons, etc.

Les parents de Flammarion jouissaient d’une modeste aisance. Mais entre 1853 et 1856, ils tombèrent à la ruine complète et vinrent à Paris. Le jeune Camille vint les y rejoindre le 4 septembre 1856, et comme la vie est dure, on décide de lui faire apprendre un métier. Non sans peine, on trouve à le placer comme apprenti chez un graveur-ciseleur, où il serait nourri et logé. Le soir, le labeur terminé, il se met à travailler ; il apprend seul l’anglais, il se perfectionne en algèbre, en géométrie et nourrit l’espoir de passer son baccalauréat. Jamais couché avant minuit, bien souvent le clair de Lune remplace la bougie absente pour lire et, écrire.

En mai 1858, le jeune travailleur tombe malade, résultat du surmenage intellectuel s’ajoutant au travail physique de l’atelier. En venant le soigner, le médecin remarque un gros manuscrit de 500 pages, intitulé Cosmogonie universelle (Cet ouvrage a paru plus tard sous le titre : Le Monde avant l’apparition de l’Homme. ), écrit par son malade.

Étonnement et presque incrédulité du brave docteur qui reconnaît là une intelligence supérieure. Il revient quelque temps après voir le jeune homme et lui annonce qu’ayant fait parler de lui à M. Le Verrier, il va entrer comme élève astronome à l’Observatoire de Paris.

Le jeudi 24 juin 1858, Flammarion est reçu par le Directeur de l’Observatoire et entre, avec quelle émotion, le lundi 28 juin 1858, dans ce temple d’Uranie. moutons son enthousiasme :

« L’avenue de l’Observatoire et le jardin du Luxembourg me parurent un paradis, une contrée céleste, dont je devenais le citoyen, et je sentis que j’entrais définitivement dans ma voie, si longtemps cherchée. »

De 1858 à 1861, cet enthousiasme est quelque peu diminué. Flammarion qui, entre temps, a passé ses examens du baccalauréat ès sciences et ès lettres, est au linteau des Calculs, astreint à une besogne administrative qui ne convient guère à son tempérament : « à côté de l’admirable astronomie mathématique, à côté de la mécanique céleste, il y avait pourtant place pour une recherche plus idéale, plus poétique, plus vivante. » Ces considérations l’amènent à écrire son premier ouvrage : La pluralité des Mondes habités, qu’un heureux concours de circonstances lui permet de faire imprimer. Composé en 1861, cet ouvrage parait en 1862 ; il obtient aussitôt un énorme succès. L’irascible Le Verrier « avait le caractère le plus épouvantable qui se puisse imaginer », il congédie le jeune auteur de l’Observatoire, séance tenante, un élève-astronome ne doit pas être un élève-poète !

Le Verrier avait — de par sort caractère — un nombre considérable d’ennemis. Cette situation permit à Flammarion, victime du Directeur-dictateur, d’entrer bientôt comme calculateur au Bureau des Longitudes. En 1862 et 1863, il calcule, pour la Connaissance des Temps des années 1866 et 1867, les valeurs des ascensions droites et des déclinaisons de la Lune.

La réputation du jeune astronome commence à grandir, il est sollicité de divers côtés pour collaborer à des revues et journaux scientifiques. Le 1er février 1863, il entre dans le journalisme littéraire par sa collaboration à la Revue française. De 1864 à 1869, il est chargé de la direction scientifique du Cosmos.

Dans l’Annuaire du Cosmos, il publie plusieurs études importantes sur l’Astronomie stellaire, sur les Univers lointains (1865), sur l’unité de force et l’unité de substance (1866).

En août 1864, commence sa collaboration scientifique au Magasin pittoresque. En décembre 1864, il compose (pour paraître au premier numéro de janvier 1865 de ce journal), des cartes de la position des planètes et une description des phénomènes célestes visibles pendant l’année 1865. C’est le point de départ de cet Annuaire astronomique et météorologique publié d’abord (1865 à 1884) dans le Magasin pittoresque ; de 1885 à 1892 dans la revue L’Astronomie, puis de 1895 jusqu’en 1925 en volumes séparés. Il a ainsi rédigé cet annuaire, lui-même, pendant soixante et un ans !

L’activité et la réputation de Flammarion ne cessent de croître. Ses publications se multiplient en même temps qu’il est sollicité de tous côtés. 11 publie en février 1865 Les Mondes Imaginaires et les Mondes réels ; en juillet 1865, Les Merveilles célestes. En octobre 1865, nous le trouvons professeur à l’Association polytechnique ; il fait à l’Ecole Turgot un cours d’Astronomie qui attire de nombreux auditeurs

Le 12 janvier 1866 paraît son premier article dans un journal quotidien : Le Siècle. Cet article a pour titre : « La Composition chimique des astres révélée par l’analyse de leur lumière ». Successivement, l’Événement, le Voltaire, le Temps, l’Illustration s’attachent Flammarion comme collaborateur.

En 1866, Camille Flammarion inaugure les Conférences du Boulevard des Capucines. Ces conférences obtiennent immédiatement un succès considérable. Elles sont accompagnées de projections à la lumière oxhydrique par Molteni. Les projections sont des photographies des ligures des Merveilles célestes.

Entre temps, Flammarion loue une terrasse rue Gay-Lussac, il v installe une lunette de 0m.108 et peut enfin observer dans un observatoire à lui. La Nova de la Couronne vient d’apparaître, il peut la suivre dans ses fluctuations d’éclat.

Pendant l’hiver 1866-1867, il écrit son septième ouvrage : Dieu dans la Nature ou le Matérialisme et le Spiritualisme devant la Science moderne. Il réunit, en un premier volume, un certain nombre d’études et d’articles, sous le titre : Études et lectures sur l’Astronomie. Neuf volumes s’échelonneront de 1867 à 1880.

Les problèmes de l’atmosphère, de cette enveloppe gazeuse dont les variations sont parfois si nuisibles aux observations astronomiques, préoccupent Flammarion. Il songe à écrire un ouvrage sur L’Atmosphère. Pour mieux étudier les phénomènes, il veut les constater sur place même, et entreprend une série d’ascensions aérostatiques. La première eut lieu le 30 mai 1867, elle fut suivie de 11 autres, la dernière en 1880. Flammarion a réuni le compte rendu de ces ascensions dans un volume intitulé : Mes voyages aériens.

Il imagine en 1867 un photomètre pour mesurer les grandes différences de lumière des nuages. Il se servira plus tard, lors de l’éclipse de Soleil du 22 décembre 1870, de cet appareil, pour mesurer la variation lumineuse au cours de l’éclipse.

Il est nommé président de la Société aérostatique de France en juin 1867, puis Président du Cercle parisien de l’Enseignement.

Il traduit et publie, en 1868, Les derniers jours (l’un philosophe, de sir Humphry Davy.

Les conférences du Boulevard des Capucines ont un tel retentissement que, de tous côtés, on demande à Flammarion de les répéter : de 1868 à 1870, il fait donc, à Bruxelles, Anvers, Ostende, Bruges, Gand, Verviers et dans diverses villes de France, des conférences sur l’Astronomie.

En 1869, il publie les Contemplations scientifiques.

La guerre éclate bientôt ; Flammarion, pendant l’investissement de Paris, est capitaine du génie, observateur au château de la Muette, où l’on a installé un poste d’observation, muni de puissantes lunettes permettant de régler le tir des forts sur les pièces allemandes qui bombardent Paris.

La paix signée, l’activité scientifique de Flammarion s’étend à toutes les branches de la science et, pour ne pas exagérer l’étendue de cette étude biographique, il nous faut à présent renoncer à l’ordre chronologique.

Travaux scientifiques. — Après le départ de Le Verrier, Flammarion put entrer, de nouveau, en 1876, à l’Observatoire de Paris, pour y effectuer notamment une très importante série de mesures d’étoiles doubles qui parurent en 1878 sous le titre : Les étoiles doubles, Catalogue des Étoiles multiples en mouvement.

Au cours de ce travail, Flammarion reconnut l’irrégularité de marche de la troisième étoile du système ternaire du Cancer. Il a découvert également que le compagnon d’Aldébaran, de 11e grandeur, ne restait pas sensiblement fixe, comme on le croyait alors, mais qu’il était animé d’un mouvement propre très sensible et indépendant de celui d’Aldébaran.

Citons quelques-uns des titres des communications publiées par Flammarion dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences. Plus de 60 communica tions, sur les sujets les plus divers, ont été données par lui depuis le 20 mai 1867, date de la première : Variation de la lumière pendant les éclipses ; Anomalies présentées par les observations magnétiques

de Paris ; Corrélation entre le magnétisme terrestre et l’activité solaire ; Influence de la lumière sur les êtres vivants ; Production des sexes chez les vers à soie ; Expériences de radioculture ; Statistique de la pluie à Paris ; Observation de la lumière zodiacale ; Étude des étoiles filantes ; Variations à la surface de la Lune ; Liste des éclipses du xxe siècle ; Formule permettant de calculer la durée de chute d’une planète sur le Soleil ; Relation entre la durée de rotation des planètes et leur densité : Sur la rotation de Vénus ; Sur l’anneau de Saturne ; Sur les étoiles doubles en mouvement et la 61e du Cygne, etc., etc.

La planète Mars. — De toutes les planètes, Mars est celle qui s’offre à nous dans les meilleures conditions d’étude : distance très faible aux oppositions, atmosphère presque toujours limpide laissant voir tous les détails de la surface. Si d’autres planètes du système solaire — à part la Terre —sont habitées, Mars est certainement une de celles-là. Aussi, cette « terre du ciel » a-t-elle toujours attiré l’attention de Flammarion, qui en a poussé l’étude aussi loin que le permettaient les instruments en sa possession. En dehors d’un grand nombre d’articles et d’études parus notamment dans l’Astronomie, il a réuni l’ensemble de toutes les ohservations de cette planète publiées de 1656 à 1900 en deux gros volumes : La planète Mars et ses conditions d’habitabilité (T. I, 1892 T. 1909). Le tome III est, hélas, inachevé.

Enseignement de l’Astronomie — En 1877, Flammarion publie Les Terres du ciel, description des conditions particulières à chacune des planètes du système solaire, puis un Grand Atlas céleste comrenant cent mille étoiles, et 31 cartes, dont celles de M. Ch. Dien.

En 1880, paraît l’Astronomie populaire. Cette exposition si pittoresque, si attrayante, si vivante, des grandes découvertes de l’astronomie, obtient un succès inouï. L’Académie des Sciences décerne à l’auteur le prix Montyon. L’ouvrage est publié en livraisons séparées ; actuellement (1925) il en est à son 129e mille. Il est traduit dans toutes les langues. La réputation de Camille Flammarion est, désormais, universelle.

Le goût de l’astronomie a gagné des milliers de lecteurs, avides à présent de connaître, de voir les merveilles que leur a décrites le grand vulgarisateur de l’Astronomie.

Flammarion leur donne aussitôt (1881) le guide pratique qui leur permettra de se reconnaître au milieu des constellations : les Étoiles et les Curiosités du Ciel. Successivement, il publie une grande carte céleste, un planisphère mobile, une carte de la Lune, un globe de la Lune, un globe de Mars.

Mais il faut songer aux débutants, à tous ceux qui veulent s’instruire dans la science du ciel sans en faire une étude approfondie. Pour eux, l’astronome français écrit : Qu’est-ce que le Ciel ? Initiation astronomique ; Histoire du Ciel ; Astronomie des Dames ; Petite astronomie descriptive, etc.

Tous les phénomènes de la nature ont retenti l’attention de Flammarion. Après l’Atmosphère (1871) et le Monde avant l’apparition de l’Homme (1885) il publie : Tremblements de Terre et Éruptions volcaniques, puis L’Éruption du Krakatoa, les Caprices de la Foudre, les Phénomènes de la Foudre et Contemplations scientifiques.

Camille Flammarion a le don de faire aimer la Science, de la rendre attrayante. Ses ouvrages philosophiques et littéraires y ont largement contribué. Après Lumen, conçu dès l’année 1885, il a publié Récits de l’Infini, Histoire d’une Comète, la Fin du Monde, Uranie, Stella, Rêres étoilés, Voyages dans le Ciel, Contes philosophiques, Dans le Ciel et sur la Terre, Clairs de Lune, Éxcursions sur les autres mondes, Mémoires biographiques et philosophiques d’un astronome, etc.

Études psychiques. — Dès sa jeunesse, Flammarion s’est préoccupé du grand problème de la destinée humaine. Dans ses mémoires, il raconte ses angoisses lorsque, âgé seulement de 7 ans, il se trouva un jour sur le chemin d’un enterrement ? Dès 1865, il rédigea un petit livre de 152 pages intitulé : L’es forces naturelles inconnues qui devint, beaucoup plus tard, en 1906, Les forces naturelles inconnues. Il effectua un grand nombre d’expériences personnelles et se livra à de nombreuses enquêtes. Leur ensemble a été réuni ou résumé dans L’Inconnu et les problèmes psychiques, puis dans les trois volumes de La Mort et son Mystère. Son dernier volume, paru à la fin de 1923, porte le titre Les maisons hantées.
L’observatoire de Juvisy

 l'Observatoire de Juvisy.

Fondation de l’Observatoire de Juvisy. — Un admirateur passionné des ouvrages et des idées de Camille Flammarion M. Méret, lui fit don, en décembre 1882, d’une belle propriété sise à la Cour de France, à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise). L’apôtre de l’Astronomie populaire petit enfin réaliser son rêve : il y installe un observatoire doté d’un équatorial de 0 m. 24 d’ouverture, instrument puissant pour l’époque.

La production de cet établissement devient bientôt importante. Les observations sont faites soit par M. Flammarion lui-même, soit par ses collaborateurs et notamment par son fervent disciple et ami F. Quénisset. Les études planétaires occupent la première place au programme, et Mars la première place dans ces études. Tous les phénomènes célestes sont dessinés, observés, photographiés. Deux comètes y ont été découvertes. On y a procédé à une revision des nébuleuses du catalogue de Messier.

Une station météorologique et une station de radioculture complètent l’observatoire.

De nombreuses expériences sur l’influence de la lumière sur les animaux et les plantes sont effectuées dans les petites serres colorées du parc de Juvisy.

Fondation de « l’Astronomie », de la Société astronomique de France et d’un observatoire populaire. — Dans son livre L’Astronomie populaire, Camille Flammarion émettait le voeu (en 1879) de voir les lecteurs de cet ouvrage s’unir pour fonder ’une Société astronomique, une Revue astronomique et un Observatoire populaire. Dès 1882, il put créer ’L’Astronomie, revue mensuelle d’Astronomie, de .Météorologie et de Physique du globe. Le 28 janvier 1887, il fondait, au moyen de collaborateurs de cette revue, d’astronomes et d’amis de la Science, la Société:astronomique de France. Celle-ci, dès 1889, possédait un observatoire à son siège social, 28 rue Serpente, à Paris : Flammarion a été le premier président de la Société astronomique de France (années 1887 et 1888) et depuis il en était le secrétaire général..

* *

Le cadre de cette notice ne nous permet pas de nous étendre davantage sur le détail de la vie et des travaux de celui dont la science déplore la -perte toute récente. La grande préoccupation de sa vie était de « populariser » la science sans la rendre « vulgaire », de la faire aimer, de montrer le bien qu’elle peut apporter. C’était un pacifiste par excellence, ami de la Paix, du Beau, du Bien. C’était aussi un grand Français de cœur, et il s’élevait avec force contre l’injustice et la violence. L’agression allemande de 1914 et les atrocités ennemies l’avaient profondément révolté et dans une étude sur La mentalité allemande dans l’Histoire il a flétri, comme il convient, la conduite des agresseurs.

Peu d’hommes ont connu, comme Camille Flammarion, une « popularité » aussi. grande et il faut citer les noms de Gambetta, Victor Hugo, Pasteur, Henri Poincaré, pour en trouver de semblable. Tous les pays lui avaient décerné leurs distinctions honorifiques les plus élevées. Il était commandeur de la légion d’honneur. En France, cependant, l’Institut n’avait pas cru devoir l’accueillir dans son sein.

Rarement exception faite pour les fondateurs des grandes religions et des grandes doctrines —homme eut une telle influence sur les esprits. Les adeptes de ses idées se comptent par milliers et il y -a bien peu d’astronomes actuels, officiels ou amateurs, dont l’attachement à la science n’ait eu pour point de départ la lecture des livres de Flammarion.

’Le savant astronome avait épousé, le 18 août 1874, Mlle Sylvie Pétiaux-Hugo, qui fut, pendant de longues années, la collaboratrice assidue et dévouée de tous les travaux de son mari. Elle mourut le 23 février 1919.

Depuis, Camille Flammarion a épousé, en secondes noces, Mlle Gabrielle Renaudot, une admiratrice enthousiaste de ses travaux. Il lui laisse la tâche, lourde et délicieuse, de poursuivre son œuvre inachevée. Si l’Observatoire de Juvisy et la Société astronomique de France ont, à présent, leur avenir assuré, l’aide précieuse d’amis ne leur est pas moins indispensable. Mais Camille Flammarion avait encore pour vingt ans de travail, comme il se plaisait à le répéter souvent, il laisse plusieurs livres en partie écrits, des articles incomplètement terminés, d’autres ouvrages à mettre à jour, telle cette Astronomie populaire qui a vieilli un peu vite, dépassée par les progrès si rapides de la Science..

En adressant ses respectueuses condoléances à la veuve de l’éminent astronome, La Nature souhaite de lui voir compléter l’œuvre du Maître, trop tôt enlevé à la Science (Cet article a été radiotéléphoné simultanément par les Stations de l’École supérieure des Postes et Télégraphes, Paris, et les Stations de Lyon et de Toulouse, le mercredi 17 juin 1925)

Voir également l’article signé Henri Nicolle, publié dans La Science Illustrée N° 318. - 30 Décembre 1893