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Camille Flammarion en 1893

La Science Illustrée N° 318. - 30 Décembre 1893

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 14 février 2009

Nos savants chez eux : M. Camille Flammarion

De taille moyenne, les traits expressifs, M. Camille Flammarion semble concentrer dans son regard toute l’énergie de son âme, toute la vivacité de son esprit. Ses yeux étincèlent positivement, gardant sans doute un reflet lumineux de la vision perpétuelle des astres. Il n’est pas jusqu’à son nom qui ne porte le cachet de sa nature et, pour ainsi dire, le signe étrange de sa destinée : Flamma Orionis !...

L’illustre astronome habite à Paris au plus haut étage d’une maison qui forme l’angle de la rue Cassini et de l’avenue de l’Observatoire. Ce domicile lui est très cher, car, avant d’y avoir connu les enivrements du succès, il y subit les âpres vicissitudes de la lutte pour l’existence et il y éprouva aussi les plus grandes joies de sa vie. C’est là qu’il a écrit la plupart des ouvrages qui ont assis sa renommée.

L’ameublement de son cabinet est fort simple, Le long des murs, sur le parquet, sur les tables, sur les chaises ; de tous côtés c’est un amoncèlement de livres, un encombrement de journaux, de brochures et de papiers. Le bureau est surchargé de lettres, de communications qui arrivent chaque jour au savant des quatre coins du monde, d’épreuves pour sa Revue L’Astronomie, qu’il a fondée il y a déjà plus de dix ans, pour la Société astronomique de France, pour le Nouveau Dictionnaire encyclopédique, etc., etc.

Doué d’une activité infatigable, servi d’ailleurs par un tempérament robuste, M. Flammarion parvient, malgré tout, à mettre à jour ce colossal labeur.

Mais c’est à Juvisy surtout, en son observatoire, qu’il faut visiter l’auteur de La Fin du monde. M. Flammarion est bien là chez lui, dans son domaine, avec ses chers instruments, ses livres les plus précieux, en un apaisement de silence propice aux rêveries célestes, en un enchantement de paysage délicieux et réconfortant.

L’histoire de la fondation de cet observatoire mérite d’être contée. On n’ignore pas que tous les hommes célèbres, les savants en particulier, ont de par le monde une pléiade. d’admirateurs et de fidèles qui suivent de loin les progrès de leur génie. Camille Flammarion fut bien partagé en ce sens. Après avoir longtemps examiné les astres pour son propre compte, il passa un jour aux yeux d’une foule d’amis, connus ou inconnus, pour une étoile de première grandeur. Heureusement, du reste, les hommages qu’il reçut de la sorte revêtirent souvent une forme plus sensible que ceux généralement adressés par les astronomes aux diverses planètes. Il reçut, à maintes reprises, des témoignages matériels de la sympathie qu’inspirent son talent et son savoir à un grand nombre de lecteurs. Mais le don le plus important qui lui ait été jamais fait, celui qui fut le plus sensible à son cœur de savant, n’est-ce pas cette merveilleuse propriété de Juvisy qui lui permit de réaliser enfin un beau rêve

Il y a une dizaine d’années, environ, M. Flammarion remarquait presque chaque semaine, dans son courrier, de très longues lettres émanant d’un certain M. Méret,qui, à tout propos, s’acharnait à le complimenter en longues épitres de prose, voire de vers. L’astronome, trop occupé pour répondre à ce débordement d’enthousiasme, se contentait de remercier de temps en temps, par un bref accusé de réception. M.Flammarion ne songeait déjà plus au généreux Bordelais lorsqu’un jour un notaire, se présentant à son domicile, lui annonça que M. Méret lui léguait totalement, dans le but de l’utiliser pour ses études, la belle et vaste propriété qu’il possédait à Juvisy et que l’on appelait dans le pays le château de la « Cour de France ».

Cette dénomination tire son origine de l’affectation première, des bâtiments, convertis aujourd’hui en observatoire. Au temps des rois de France, en effet, c’est en cet endroit que la cour s’arrêtait, allant de Versailles à Fontainebleau, pour : se reposer quelques heures et permettre aux postillons de changer de montures. De François 1er à Louis-Philippe, tous nos monarques ont honoré successivement ce relais de leur présence.

Camille Flammarion a tiré bon parti de l’ex château de la « Cour de France », Une porte monumentale, au fronton de laquelle il a fait graver cette devise : AD VERlTATEM - PER SCIENTIAM, donne à présent accès dans la cour d’honneur. Un superbe buste d’Arago, par David, fait les honneurs du vestibule. A droite se trouve le salon, à gauche, le musée actuellement en voie de formation. Au premier étage, les appartements privés de M. Flammarion. Le cabinet-bibliothèque est très vaste, largement éclairé par deux immenses baies d’où la vue plonge, au premier plan, sur la pelouse, et, par delà le parc, sur l’exquise vallée de la Seine, tandis que, dans le lointain, juste en face, s’étagent les coteaux de Draveil, de Champrosay, et que l’horizon se ferme sur la forêt de Sénart. ..

La bibliothèque de Juvisy est la plus précieuse que possède l’illustre astronome. Elle contient plus de dix mille ouvrages ou mémoires et à peu près tout ce qui a été publié sur sa science depuis l’invention de l’imprimerie jusqu’à nos jours. On y peut voir aussi le fameux volume des Terres du Ciel qui a fait tant de bruit et qui, comme l’on sait, est relié en peau de femme. Tout à fait en haut sont les salies d’observation, la grande coupole mobile et la terrasse d’où, par les belles nuits d’été, Camille Flammarion, entouré de ses élèves, continue la série de ses découvertes.

L’observatoire de Juvisy est, à proprement parler, une manière d’Institut libre d’astronomie. Sous les ordres de M. Flammarion, deux spécialistes distingués -l’un pour la météorologie, l’autre pour l’astronomie - y enregistrent régulièrement des observations qui sont ensuite insérées et commentées dans un grand nombre de publications scientifiques. Mais l’accès en est ouvert à tous et le secret désir du savant qui l’a fondé est d’en faire jaillir une source intarissable de lumière à laquelle viendront un jour s’abreuver les générations nouvelles. Malheureusement, le budget qui soutient l’observatoire est encore fort modeste. Camille Flammarion, en l’établissant, a dû faire d’assez grands frais, et les charges qu’il lui faut supporter aujourd’hui même ne laissent pas d’être lourdes. Une chose pourtant lui facilite sa tâche, c’est l’ardeur avec laquelle des admirateurs inconnus, de généreux donateurs continuent, de temps en temps, à lui offrir de délicats et probants témoignages d’admiration et de sympathie.

J’eusse voulu dire quelques mots de l’œ ;uvre déjà si vaste du grand savant, de ses travaux astronomiques spéciaux, devenus classiques pour tous les observatoires, sur les étoiles doubles et la comète Mars, de ses vingt-huit volumes publiés et traduits dans toutes les langues, en un mot de l’ensemble de l’œuvre scientifique et philosophique de l’illustre astronome dont le nom est aujourd’hui populaire dans le monde entier. La place me manque malheureusement pour traiter complètement cette question.

Nos lecteurs, au reste, n’auraient que faire de cette récapitulation. Ils ont sous les yeux les premières pages de La Fin du monde, et suivent attentivement les phases diverses de cet ingénieux récit. Il leur apprendra plus sur la science et sur le mérite du Maitre que je ne saurais dire.

HENRI NICOLLE.

Voir également :Camille Flammarion par Em. touchet - La Nature n°2673 - 27 juin 1925

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