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Les arbres nains en Indochine

V. Forbin, La Nature, N°2627 - 9 Août 1924

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 1er mars 2009

Bien que les arbres nains que l’on importe en France depuis quelques années soient de « fabrication » japonaise, c’est à la Chine que revient l’honneur de cette curieuse invention, remarque que l’on pourrait appliquer à bien des e japonaiseries », car les Nippons, qui furent toujours, et qui sont restés de merveilleux copistes, commencèrent par emprunter leurs e inventions » à la Chine, avant de puiser à mains ouvertes dans le trésor de l’Occident.

Une autre remarque qui fatalement s’impose est que l’origine des arbres nains se perd dans la nuit des temps, comme tant d’autres inventions chinoises.

D’après certains auteurs Célestes, elle remonterait bien avant notre ère, et ses procédés restèrent secrets pendant de longs siècles, les empereurs d’abord, puis les grands seigneurs, s’étant réservés le monopole de la possession de ses produits.

Cette coutume fut adoptée par le Japon, qui l’aggrava en interdisant pendant longtemps l’exportation des arbres nains. Les arboriculteurs ont conquis leur liberté dans ces deux pays ; mais il paraît que nous ne recevons en Europe que les produits de second choix, les beaux spécimens étant payés fort cher sur place.

Nous avons nos collectionneurs d’orchidées, qui, devant la beauté ou la nouveauté d’une espèce ou d’une variété, n’hésitent pas à payer plusieurs milliers de francs. En Chine, en Indochine, au Japon, l’orchidée est remplacée par ces arbres nains que les grands seigneurs collectionnent avec amour, et qui les abritent le plus souvent dans des pavillons somptueux spécialement construits dans ce but.

Il se tient, dans plusieurs villes de Chine et du Japon, des foires annuelles où les producteurs apportent de fort loin leurs plantes minuscules, et que fréquentent les gens riches, ainsi que les amateurs de situation modeste. Les prix varient considérablement selon l’espèce, l’âge et la forme du plant. Certaines essences ne se prêtent pas volontiers à ce rachitisme artificiel, et les exceptions sont des raretés que recherchent avidement les riches amateurs. Mais il est, dans ces foires, des arbres nains pour toutes les bourses, si bien que les familles les moins aisées peuvent en rapporter un souvenir qui ornera l’autel des joss, ou dieux lares.

L’une des essences les plus recherchées est le pin, dont la ramure se prête le mieux à des effets décoratifs. Les chênes nains, qui, dit-on, peuvent atteindre deux siècles, sont assez communs, et il en est de même des bambous. Les essences les plus rares sont les arbres fruitiers, auxquels les Chinois arrivent à faire produire des fruits microscopiques ; mais certaines espèces de pruniers refusent de se laisser traiter. L’âge moyen des arbres nains importés en Occident est de vingt-cinq ans ; leur âge extrême est de cinquante ans. Mais, si nous en croyons les auteurs d’Extrême-Orient, leur existence se prolonge dans leur pays d’origine, sans doute parce que l’on y conserve, comme nous l’avons dit, les exemplaires de choix, mais probablement aussi parce que l’on sait mieux les soigner.

En Indochine, et plus particulièrement au Tonkin, où l’influence de la culture chinoise est restée très vivace, les arbres nains, qui sont importés de la Chine méridionale, comptent de nombreux fervents. Il n’est point de famille aisée qui n’en possède plusieurs spécimens, plantés généralement dans des vases de prix.

Ils sont traités comme des êtres animés, nous allions dire comme des membres de la famille, et figurent à la place d’honneur dans les cérémonies célébrées à la mémoire des ancêtres. Quand le correspondant qui nous adresse le document ci-contre fut sollicité de photographier une riche famille tonkinoise, il la trouva groupée autour d’un arbre nain, placé entre la mère et les enfants.

Le culte de cette végétation minuscule a engendré le jardin lilliputien, et aussi ce que nous appellerons le « paysage en réduction ». Sur une superficie d’un mètre carré, les spécialistes chinois et, japonais savent faire surgir une forêt, une montagne boisée, des grottes dont les parois sont ornées de fougères et de mousses d’espèces variées, et toutes les plantes qui figurent dans ces paysages sont artificiellement atrophiées ; Des pagodes, des maisons, des ponts, des statuettes, façonnés à la même échelle, sont disséminés dans la verdure ou sur les pentes des collines.

Victor Forbin