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Les coquilles ornementales

La Science Illustrée N° 525, 18 Décembre 1897

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

Rien n’est aussi élégant, aussi gracieux qu’une collection un peu complète de coquilles de mollusques. C’est un véritable régal pour l’œil, seulement ces enveloppes protectrices diffèrent profondément par leurs formes, leurs ornements, leurs couleurs.

Comment ne pas admirer la nacre pure, aux reflets changeants, qui revêt les grandes coquilles des méléagrines, des anodontes et des unios ! Rien n’est gracieux comme les chama, les vénus, les arches ; quoique moins délicats, les pectens et les bucardes ont des formes d’une élégante symétrie ; les tridacnes et les jambonneaux surprennent par leurs grandes dimensions.

Les gastéropodes sont peut-être plus décoratifs encore que les bivalves ; les ornements de leurs coquilles sont plus riches, les nuances plus vives. Des taches, des ponctuations, des rayures de couleurs diverses, d’autant plus accentuées que l’habitat est plus chaud, tranchent sur le fond clair ou foncé du calcaire. Les coquilles des haliotis, des volutes, des olives, des buccins, des cônes, des cérithes, des ptérocères, de cent autres espèces encore, possèdent des lignes pures, des enroulements qui plaisent à un haut degré.

Chez les céphalopodes, le seul genre nautile est pourvu d’une véritable coquille externe qui peut rivaliser avec l’une quelconque de celles que nous venons de citer.

On conçoit aisément que ces productions naturelles aient attiré par leur éclat, leurs formes, leurs nuances, l’attention des peuples primitifs, amoureux de tout ce qui brille.

Dans les grottes contenant des débris de l’époque quaternaire, à la Madeleine, à Cro-Magnon, à Laugerie-Basse, etc., les géologues ont trouvé, au milieu d’une foule d’instruments d’un travail soigné, des coquilles percées qui servaient sans doute de monnaie aux troglodytes de l’âge du renne ou qui étaient enfilées pour servir de colliers.

Les coquillages employés dans le sud de la France diffèrent suivant la région. Dans l’ouest, en Gascogne, la Littorina liitorea, forme océanique, domine ; en Provence, au contraire, c’est la Nassa neritea.

Actuellement encore, le cauris (Cyprea moneta), originaire des mers asiatiques du Pacifique, sert de monnaie dans une grande partie de l’Afrique ; le dentale était employé au même usage, il n’y a pas longtemps encore, par certaines tribus de l’Amérique du Nord. Les coquilles sont très recherchées, chez les peuples sauvages, pour la fabrication des colliers qui sont portés par les deux sexes. Certaines sont l’apanage des chefs, par exemple l’Ovule angulense de la Nouvelle- Calédonie, la Porcelaine aurore, etc.

Même chez les peuples plus avancés dans les arts et dans l’industrie les coquillages de taille moyenne forment des vases naturels très résistants, d’un nettoyage facile, et gracieux par-dessus le marché. Aussi, dès la plus haute antiquité, voit-on les formes des coquilles, plus ou moins modifiées par la fantaisie de l’artiste, entrer dans l’ornementation, figurer sur les meubles, les bijoux.

Les coquilles elles-mêmes sont souvent montées au naturel, formant des coupes, des vases parfois très décoratifs.

Les anodontes, les unios, les tridacnes, les nautiles ont souvent été employés ainsi. Les tridacnes, grands lamellibranches de l’océan Indien, possèdent une coquille équivalve, régulière, épaisse, pourvue de côtes et dont les bords s’engagent les uns dans les autres. Leurs valves atteignent souvent des dimensions énormes et, à cause de leur rareté, elles sont d’un prix considérable. Les bénitiers de nos églises en reproduisent la forme. Certains même sont en coquille naturelle ; il en existe deux de toute beauté dans l’église Saint-Eustache, à laquelle ils ont été donnés par François 1er.

Sous sa forme actuelle, le bénitier date de l’époque rornano-byzantine ; dans les anciennes églises, c’était une piscine où les fidèles lavaient leurs mains et leurs pieds avant de franchir le seuil.

Les petits bénitiers pour oratoires utilisent aussi des coquilles véritables. Il en existe, au musée du Louvre, quelques-uns d’un très beau travail, entre autres celui de Henri III. Les nautiles ont une coquille cloisonnée formée d’une nacre superbe. Les indigènes de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie en font des imitations de camées, les recouvrent de gravures, les transforment en coupes qui ne manquent pas d’élégance.

Nous n’avons rien à leur envier sous ce rapport, car au XVIe siècle, en France et en Allemagne, la mode était déjà aux nautiles montés en coupe. Ce sont parfois des pièces d’orfèvrerie remarquables comme celle que nous reproduisons et qui appartient au musée de Dresde. Le plus souvent, la monture consiste en figures ciselées, monstres marins ou divinités de la mer.

C’est surtout au XVIIIe siècle et sous le règne de Louis XV que la coquille atteint, en France, son apogée comme motif décoratif. Il ne faut pas oublier en effet, qu’à cette époque, et jusqu’au néfaste traité de Paris de 1763, la France avait l’empire des mers. Le goût des collections de coquillages était alors très répandu. Tous les artistes, les écrivains, les grands seigneurs avaient leur« cahinet » de curiosités, dans lequel figuraient des coquilles, des coraux, des madrépores, des cailloux.

Les sciences naturelles prennent un grand développement. Buffon leur donna l’essor en 1749 par la publication du premier volume de son classique ouvrage.

Aussi, les aiguières, les burettes, les meubles, les cadres, tout est à la coquille. On en fait aujourd’hui un usage plus modéré.

Nous ne pouvons terminer cet article sans parler des gracieuses fleurs en coquillages naturels pour lesquelles un certain engouement, très justifié d’ailleurs, s’est produit il y a quelques années.

Les carapaces d’anatifes, les piquants d’oursins, les coquilles de dentales, de patelles, de moules, de nérites, de calyptrées, etc., se transforment, entre des mains habiles et patientes, en marguerites, chrysanthèmes, bleuets, scabieuses ou myosotis du plus charmant effet.

Nous ne parlerons que pour mémoire de ces horribles coffrets qu’on vend sur toutes nos plages comme prétendus « souvenirs » et qui sont fabriqués, à la grosse, en Angleterre, avec des coquillages provenant des Indes.

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