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Ache et lotus

La Science Illustrée N° 539, 26 Mars 1898

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

De même qu’il y a une mode pour le vêtement, la coiffure et l’ameublement, il semble qu’il en existe une aussi pour les légumes. Toujours est-il que certaines plantes cultivées pendant de longs siècles, ont cessé brusquement de l’être sans qu’on en puisse trouver une raison. Au nombre de ces délaissées est l’ache qui a été pendant quinze siècles l’une des plantes les plus communes dans les jardins. Cette ombellifère (Smyrnium olusatrum) fleurit en avril­ juin dans l’Ouest et le Midi de la France, mais surtout dans toute l’Europe méridionale, en Algérie, en Syrie et dans l’Asie Mineure. Théophraste la décrit déjà comme plante officinale, mais trois cents ans plus tard Dioscoride dit qu’on en mangeait la racine ou les feuilles à volonté, ce qui indique une culture. Les Latins l’appelaient Olus-atrum et la mentionnent fréquemment ; Charlemagne, dans ses Capitulaires, ordonne d’en semer dans les fermes. En Italie, elle fut très employée au moyen âge sous le nom de macerone. Puis, elle cesse d’être utilisée comme légume. Mentzel, dans son Index nominum plantarum (1682), se borne à citer ses vertus vulnéraires, sudorifiques, et son emploi pour la guérison de la morsure des serpents.

Sans ces préliminaires il serait difficile de comprendre pourquoi la feuille d’une plante aussi effacée actuellement a joué un rôle important dans l’ornementation.

La feuille d’ache, divisée en trois lobes élégamment découpés, a été très simplifiée par les décorateurs et réduite à une sorte de trèfle dont chaque foliole serait légèrement trilobée. Dès le XIIIe siècle, l’ache apparaît dans l’ornementation romane. On la trouve toujours reproduite sur les couronnes ducales dont elle est un signe caractéristique.

La réputation de l’ache est bien pâle à côté de celle du Lotus. Son usage décoratif est bien restreint si on le compare à celui de la fleur du Nil qui four­nit l’ornement le plus employé par les artistes égyptiens et étrusques.

Un grand nombre de végétaux différents ont porté le nom de lotus. En Égypte, il semble s’appliquer plus spécialement à trois plantes aquatiques :

1° Le Lotus blanc ou Lotus sacré (Nymphœa lotos), décrit par Hérodote sous le nom de fleur du Nil. Il ressemble beaucoup à notre nénufar blanc, mais sous de plus grandes dimensions. Assez rare en Égypte actuellement, il abonde sur la côte occidentale d’Afrique, dans les eaux tranquilles de la Guinée. Son rhizome est long, charnu, noir au dehors, jaune en dedans, doux au goût ; on le mangeait cuit.

2° Le Lotus rose (Nelumbium nelumbo), plante très voisine, est nommée aussi Rose du Nil ou Fève d’Égypte, parce que ses graines, contenues dans une capsule en forme de pomme d’arrosoir et percée de trous au sommet, sont comestibles et ressemblent à des fèves. C’est une plante à très grandes fleurs roses, suaves, portées par de longs pédoncules bien au-dessus de la sur face de l’eau.

3° Le Lotus bleu (Nymphœa cærulea) dont les feuilles non dentelées ressemblent à celles de nos nénufars. Sa fleur bleue, odorante, s’ouvre seulement la nuit. Son fruit, semblable à une capsule de pavot, contient une quantité prodigieuse de petites graines que les Égyptiens employaient à la fabrication d’une sorte de pain.

Les lotus étaient encore plus abondants en Égypte autrefois qu’aujourd’hui ; leurs usages alimentaires étaient autrement importants.Ache

Les anciens Égyptiens attribuaient à la fleur de lotus un caractère merveilleux. Ils avaient remarqué que, tant qu’elle n’est pas entièrement épanouie, elle se trouve à la surface de l’eau au coucher du soleil et qu’en se fermant, elle rentre sous l’eau quand le soleil disparaît. Ignorant l’influence de la chaleur et de la lumière sur la végétation, ils s’imaginaient que des rapports mystérieux existaient entre cette fleur et l’astre du jour ; ils la consacraient au Soleil, divinité qu’ils représentaient souvent assise au milieu d’une fleur de lotus. De là, sans doute, l’usage de placer cette fleur sur la tête d’Isis et des autres divinités, ainsi que sur celles des prêtres.

L’art égyptien, compassé et froid, mais noble et austère, a simplifié la fleur et la feuille du lotus, qui sont représentés d’une façon conventionnelle, mais très reconnaissable cependant, sur les monuments, aussi bien que sur les vases, les meubles, les bijoux, les monnaies.

Une des ornementations les plus fréquentes consiste en une succession alternée de lotus dressés et de lotus pendants, d’un grand effet.

Les objets eux-mêmes ont souvent pris la forme de la fleur. Nos musées renferment des bouteilles en forme de fleur de lotus, qu’il était d’usage d’offrir en cadeau à certaines époques de l’année. Les Étrusques employaient aussi cette fleur comme emblème. On la voit gravée sur tous les sarcophages de ces antiques habitants de l’Italie ; on la retrouve sur tous les bijoux.

Dans les monuments de l’Inde, le lotus joue aussi un rôle très important.

La palmette, feuille ornementale composée de nombreuses et profondes découpures symétriques et de dimensions décroissantes du sommet à la base, est un ornement dérivé peut-être de la fleur de lotus. L’art égyptien l’a beaucoup employée, mais on la retrouve aussi au moyen âge.