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Les carreaux céramiques

G. Angerville, La Science Illustrée N° 716 – 17 août 1901

dimanche 3 octobre 2010, par Denis Blaizot

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On nomme ainsi des plaques de terre cuite ou de faïence destinées à revêtir et à orner les surfaces. On distingue les carreaux de revêtement qui cachent les murailles et les carreaux de carrelage qui forment parquet (parquet cuit ou optostroton, disaient les Grecs ).

Le carrelage se distingue aisément de la mosaïque en ce que cette dernière est formée d’éléments minuscules figurant dans l’ensemble décoratif un simple point coloré. Chaque carreau a, au contraire, une forme géométrique donnée qui sert de champ à l’ornementation ; parfois même le carreau pris à part forme un motif complet.

En Grèce, à Rome, les carreaux céramiques étaient fort employés. Les fouilles de Pompéi ont remis au jour de superbes carrelages.

Au moyen âge, malgré la décadence des arts, on établit pour l’ornementation des églises, des pavements polygonaux en terre cuite rouge dont la surface est recouverte d’une mince couche d’argile blanche dans laquelle s’incrustent des figures ou des méandres d’une terre plus foncée.

« Ces briques vernissées et cuites, dit M. Jacquemart, peuvent résister ainsi aux effets réitérés de la marche des fidèles et remplacer à peu de frais les ruineuses mosaïques. D’ailleurs, la combinaison des pièces permet de faire concourir des motifs restreints à une ornementation d’ensemble, et le changement du ton fondamental des terres introduit une variété relative dans des compositions condamnées à une sorte d’uniformité. Rien n’est plus curieux que l’étude de ces carreaux où, avec des moyens rudimentaires, l’art commence déjà à manifester sa puissance ; là, dans un échiquetage gracieux, la fleur de lis de France rehausse de distance en distance, un semé de trèfles et de rosaces ; ailleurs, des rinceaux aux feuilles découpées se combinent en bordures gracieuses ; des cercles divisés en sautoir reçoivent dans leurs sections des étoiles ou des soleils héraldiques ; ici ce sont des guerriers couverts d’armures et montés sur des chevaux richement caparaçonnés, qui courent l’ un sur l’autre , l’épée levée, le bouclier couché sur la poitrine, puis des têtes, des bustes, des lions, des aigles, tout ce que la fantaisie pittoresque, aidée des ressources de la science du blason, peut inventer pour animer les froids compartiments de la dalle et donner un sens aux vastes nefs que le chrétien foule chaque jour sous ses pas. »

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Dans plusieurs de nos églises, dans quelques-uns des châteaux royaux on retrouve de curieux spécimens de cette fabrication céramique.

A côté de ce luxe des églises et de quelques demeures, ce n’est pas sans surprise que l’on voit figurer dans les chroniques et les comptes du moyen âge l’indication de l’achat de bottes de paille pour garnir le sol d’un appartement. Chaque étudiant de l’Université de Paris devait apporter, à des époques déterminées, une botte de paille pour la salle de cours et nous voyons Charles V, le Sage, décharger d’une redevance les habitants du village d’Aubervilliers à condition qu’ils donneront par an quarante bottes de paille pour le logis du roi — et non pour les écuries comme on pourrait le croire — vingt pour celui de la reine, dix pour celui du dauphin.

En Espagne, au temps des Maures, la plupart des surfaces architecturales étaient revêtues de carreaux de faïence émaillée à reflets métalliques. Comme la teinte générale en était primitivement bleue on leur donna le nom, qu’ils ont conservé, d’azulejos ou azuleros. Ces plaques peintes dont il reste bien peu de spécimens anciens, à part ceux de l’Alhambra de Grenade, représentent parfois, par leur juxtaposition des scènes fort compliquées et à nombreux personnages.

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Au XVI’ et XVII’ siècles, les carreaux de faïence peinte, les carreaux gravés, vernissés, émaillés, sont en grande vogue dans l’art architectural, à ce point que le château de Madrid mérita pour la profusion de carreaux céramiques ornant sa façade, le nom de « château de faïence », Le château d’Ecouen, résidence du connétable Anne de Montmorency, fut décoré dans le goût de la Renaissance italienne, de nombreux carreaux émaillés, œuvre de Masseot Abaquesne, potier de Rouen qui vivait an XVIe siècle. Plusieurs de ces pièces, remarquables à plus d’un titre sont conservées aujourd’hui au Musée de Cluny.

Plusieurs villes d’Italie, Faenza,Urbino, sont alors célèbres par la fabrication de leurs carreaux céramiques.

Après une longue période de décadence, l.’art de la céramique monumentale reprend faveur aujourd’hui et les œuvres qu’il a produites de nos jours peuvent déjà rivaliser avec celles de la Renaissance. Pour les applications à l’usage courant, l’industrie fabrique des produits à bon marché qui, néanmoins, ne manquent pas de valeur artistique.

G. ANGERVILLE.

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