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Parfums et religions

La Science Illustrée N° 540, 2 Avril 1898

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

L’étymologie du mot parfum (per fumum, à l’aide de la fumée) permet de croire que ce nom fut réservé tout d’abord aux odeurs produites en brûlant des résines et des bois aromatiques, et qu’il fut donné ensuite, par extension ; à toutes les substances douées d’une senteur agréable.

Les peuples primitifs, qui offraient à leurs divinités les prémices de tous leurs produits, ne pouvaient manquer de faire brûler des parfums en leur honneur. Une imagination ardente et mystique voit aisément un symbole dans une fumée légère, odorante, dont les tourbillons pâlissent et s’effacent peu à peu à mesure qu’ils s’élèvent vers le ciel. Des prières et des vœux parviennent plus vite aux dieux lorsqu’ils sont portés par des nuages odorants.

Dès, la plus haute antiquité, les parfums furent connus en Égypte. Sous le règne de Chéops, qui construisit la grande Pyramide, Ils figurent déjà, dans les peintures, parmi les dons offerts aux divinités. Le plus souvent ils étaient brûlés sous forme de pastilles rondes que les prêtres lançaient adroitement sur une sorte d’encensoir à manche fixe, nommé amschir. Dans les grandes cérémonies, c’était le roi lui-même qui officiait, tenant d’une main l’encensoir, de l’autre un flacon d’eau lustrale.

A Héliopolis, ville consacrée, comme Son nom l’indique, au culte du soleil, les prêtres offraient chaque jour au dieu bienfaisant trois sortes d’encens : de la résine, à son lever ; de la myrrhe, lorsqu’il était au méridien, et, à son coucher, un parfum nommé Kuphi, mélange de seize ingrédients.

Aux fêtes d’Isis, on sacrifiait un bœuf dont on remplissait le corps de camphre, d’encens et de diverses aromates, puis on le brûlait sur l’autel en ayant soin de l’arroser d’huile parfumée, précaution qu’on peut croire utile pour dissimuler l’odeur épouvantable des chairs carbonisées.

Dans les processions religieuses, une véritable débauche de parfums était faite ; les prêtres seuls savaient les composer et, à chaque temple était annexé un laboratoire de parfumerie.

Chez les Hébreux, l’usage des parfums fut plus tardif. La Bible indique qu’au retour de l’esclavage, Moïse reçut du Seigneur l’ordre d’élever un autel pour brûler des aromates.

Ceux-ci étaient placés dans des encensoirs formés d’une coupe avec un couvercle percé à jour pour laisser sortir la fumée.

L’encens sacré avait une composition nettement définie, il y entrait de la myrrhe, du labdanum et de l’encens pur. Le grand prêtre seul avait droit d’en brûler en pénétrant dans le sanctuaire ; il était réservé au service de Dieu et il était défendu expressément aux Israélites d’en composer pour leur usage personnel.

A Babylone, dans le temple de Bélus, était un autel en or massif, sur lequel on brûlait chaque année, d’après Hérodote, plus de mille talents d’encens pur. En Perse, sous le règne de Darius Hydaspe, Zoroastre substitua le culte du feu à celui des astres et, cinq fois par jour, des parfums durent brûler sur les autels où les prêtres étaient chargés d’entretenir un feu éternel. Les Parsis de Bombay, parmi lesquels on compte de nos jours un grand nombre de très riches commerçants, sont aussi des adorateurs du feu, et sur l’autel qui existe dans chacune de leurs habitations ils brûlent sans cesse de précieux aromates.

Les Grecs reçurent d’Asie l’usage des parfums. Ils étaient déjà connus du temps d’Homère, qui les cite à chaque instant. Leur rôle dans les cérémonies religieuses était aussi très important.

On brûlait l’encens dans le thymiaterion, sorte d’encensoir placé sur l’autel du temple. Les Grecs possédaient en outre de petits autels dans leurs demeures et y faisaient de fréquents sacrifices.

Dès les premiers temps de Rome, on se contentait d’offrir sur les autels quelques fleurs indigènes, mais les dieux devinrent bientôt plus difficiles et il fallut brûler, comme en Grèce, les parfums les plus coûteux pour se les rendre favorables. Aux Indes, comme partout ailleurs, les parfums ont été employés d’abord aux rites religieux ; Brahma, Vichnou ; Chiva aiment les sacrifices de bois odorants brûlés aux quatre points cardinaux.

Chez les Indous actuels, pendant certaines fêtes, des faquirs couronnés de fleurs, brûlent de l’encens sur des charbons ardents qu’ils tiennent à la main sans paraître en éprouver la moindre douleur.

Au Thibet, les prêtres font brûler des branches de genévrier dans un grand autel conique qui rappelle nos fours à chaux, tandis qu’ils accompagnent ce sacrifice de prières, non pas chantées ou récitées, mais contenues dans un cylindre de cuir qu’ils font tourner comme un moulin à café.

L’encens chinois s’emploie sous forme de bâtons ; chaque fidèle doit en brûler trois, chaque matin et chaque soir, dans un encensoir de forme spéciale, en l’honneur de la divinité.

Au Japon, au Tonkin, en Cochinchine ; à Java et même chez les peupla­ des encore sauvages,nous retrouvons l’usage des parfums dans les cérémonies religieuses.

Mahomet n’eut garde de proscrire l’usage des parfums, qui lui parurent de précieux auxiliaires pour produire l’extase religieuse chez ses adeptes. « Les femmes, les enfants et les parfums sont ce que j’aime le plus au monde », répétait souvent le prophète. Les premiers chrétiens n’employaient pas l’encens, dont la fumée aurait pu les trahir dans les grottes où la persécution les forçait d’accomplir les cérémonies de leur culte. Plus tard, seulement, ils s’en servirent, et l’usage en devint peu à peu général. Les encensoirs, employés depuis des siècles, sont des sortes de cassolettes suspendues à des chaînes. Le balancement qu’on leur imprime active la combustion de l’encens et en répand les émanations : les métaux les plus précieux ont été employés dans la confection de ces accessoires du culte. La période gothique a produit de merveilleux encensoirs. Nous en reproduisons un dû à un artiste célèbre, Martin Schongauer (1445-1499). - Son style est le gothique flamboyant.