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La chaussure

La Science Illustrée N° 567, 8 Octobre 1898

samedi 28 février 2009, par Lauryn

Protéger la plante du pied contre les rugosités du sol, tel est le premier but de la chaussure ; la sandale la plus primitive formée par une simple semelle fixée au pied suffit à le remplir. Pour mettre le pied lui-même à l’abri du froid, de la boue, de la pluie, il a fallu ajouter à la semelle une enveloppe montante ; ainsi a été créé le soulier. Sandale, soulier et botte sont les trois types auxquels on peut rapporter toutes les chaussures portées par les anciens ou par les modernes.

Les chaussures égyptiennes consistaient en sandales ou en brodequins faits d’une peau épaisse et dure ; la semelle en est plate ou légèrement retroussée en avant. Les femmes portaient des pantoufles en maroquin rouge orné ou des souliers légers et peu solides en papyrus. La couleur blanche était réservée aux prêtres. Le musée du Louvre possède plusieurs modèles de chaussures égyptiennes.

Chez les Grecs, la variété dans la forme des chaussures était si grande que plus de vingt noms spéciaux servaient à les désigner.

Les pedilia étaient des sandales formées d’une semelle maintenue par des lanières de cuir qui, après avoir passé entre le pouce et les autres doigts, entouraient le cou-de-pied, au-dessus duquel un nœud les maintenait. Le cothurne était une sorte de bottine se laçant sur le devant et qui montait jusqu’au milieu de la jambe. C’était la chaussure habituelle des chasseurs et des cavaliers, mais il en existait de luxueuses pour les cérémonies.

L’endromis était un cothurne coupé au bout de façon à laisser voir les doigts. Les acteurs tragiques chaussaient des cothurnes montés sur d’épaisses semelles de liège destinées à leur donner une stature plus imposante. Au contraire, les acteurs comiques employaient les soques, sortes de pantoufles sans cordons qui couvraient entièrement le pied.

Chez les Romains, on trouve des chaussures analogues mais plus variées encore, puisque cinquante noms distincts suffisent à peine à leur énumération. Les soldats portaient de forts souliers munis de clous ; les élégants et les coquettes avaient des chaussures à pointes recourbées annonçant de loin les souliers à la poulaine du moyen âge.

Les sénateurs portaient des bottines rouges ou violettes, à bec pointu, avec un ornement (luna) d’argent ou d’ivoire à l’endroit où l’on porta plus tard la boucle.

Toutes ces chaussures antiques étaient dépourvues de talon et sans cambrure.

Nous laisserons de côté les chaussures arabes et turques, les gracieuses babouches en velours ou en cuir, brodées et pailletées, ornées de cent façons, les chaussures indiennes, chinoises, japonaises, si bien représentées au musée de Cluny, et nous nous occuperons uniquement de la chaussure en France.

Les Gaulois avaient des souliers en cuir dur nommés par les Romains, gallicæ, d’où galoches ; ils avaient absolument la forme des galoches actuelles.

La statue de Clovis, qui ornait le tombeau de ce roi dans l’église de l’abbaye de Sainte-Geneviève, était munie de sandales fermées ou souliers, analogues à ceux qu’on retrouve de toute antiquité chez la plupart des nations.

Les seigneurs francs avaient des brodequins dorés, attachés par des lanières qui serraient en même temps les braies sur la jambe.

Au moyen âge, la noblesse et la riche bourgeoisie portent, par les temps secs, les estiviaux, chaussures de velours, brocard ou autres étoffes précieuses ; en hiver, des bottes très montantes, les houseaux ou heuses. Saint Louis, sur un portrait de 1262, est représenté avec des souliers très allongés paraissant emprisonner très étroitement le pied. Les souliers étaient de divers cuirs : basane, pour les souliers communs, cuir de Cordoue ou cordouan (d’où cordouanier, puis cordonnier) pour les chaussures de luxe.

Les souliers à bec recourbés, connus dès le XIe siècle, mais peu portés, firent fureur pendant tout le XIVe siècle. Ils furent inventés, dit-on, par Foulques V, comte d’Anjou (mort en 1140), pour cacher la difformité de ses pieds. Ces poulaines ou pointes polonaises, avaient parfois 50 centimètres de long et étaient ornées de figures grotesques ; pour marcher il fallait souvent en relier la pointe au genou par une chaîne métallique. Il y eut même des chaussures à double poulaine, avec pointe au talon.

Les prédicateurs firent la guerre aux poulaines ; ils les considéraient « comme péché contre nature, et outrage fait au Créateur », Le pape Urbain V anathémisa cette « difformité, qui est en dérision à Dieu et à la Sainte Eglise », Le roi de France, Charles V, fit défense aux artisans d’en fabriquer et à ses sujets d’en faire usage. Malgré toutes ces défenses, s’il faut en croire le chroniqueur Monstrelet, en 1467, « les Varlets même portoient poulaines à leurs souliers, d’un quartier de long, voire plus ».

Les poulaines tombèrent peu à peu vers le milieu du XVe siècle. La réaction contre elles dépassant le but, elles furent remplacées par les escaffignons, larges et court, « souliers camuz, boufiz comme ung crapault », qui se maintinrent pendant plus de cent ans.

Au XVIe siècle, apparaît en France le soulier italien, en cuir noir , à bouts élargis, à fenêtres ou crevés garnis d’étoffes de couleur.

La magnifique collection de chaussures du musée de Cluny, comprenant 310 pièces, depuis les Valois jusqu’à Napoléon 1er, fournit des documents importants sur cette longue période et permet de suivre toutes les transformations de la chaussure.

Le talon indépendant et distinct apparaît dès le début du XVIe siècle, puis bientôt après la cambrure, qui fait porter le poids du corps sur la pointe du pied. Certains souliers sont munis d’un patin plat, seconde semelle sur laquelle reposent le devant du pied et le talon (voir la figure). Ces souliers, pour la plupart de formes élégantes, ont déjà des talons très hauts et peints en rouge.

Les guerres civiles et étrangères amenèrent l’usage des bottes. Sous Henri III, elles sont très hautes, collantes et dépassent le genou : sous Louis XIII naissent les bottes à entonnoir ; avec son successeur apparait la botte à chaudron, mais pour le costume de guerre seulement. Le soulier est de règle, pour paraître à la cour. Il est de couleur éclatantes, à talons hauts, à bouts pointus ; une languette recouvre le cou-de-pied et il est surmonté d’un large nœud. Sous la Régence le nœud est remplacé par une petite boucle, dont la taille augmente jusque sous Louis XVI.

Le soulier Louis XV (voir la figure) est remarquable par sa grande cambrure et la hauteur de ses talons rouges, qui obligeaient les dames à sortir dans les rues et sur les boulevards la canne à la main, afin d’aider leur marche pénible et chancelante.La chaussure

Le talon diminue sous Louis XVI tout en restant rouge ; le soulier est d’étoffe claire et à bouts pointus pour les dames ; de cuir noir, à boucle large et à bouts carrés pour le sexe fort.

Avec la Révolution, les sabots et les bottes sont à la mode, puis, bientôt après, l’escarpin, soulier découvert, à semelle simple, avec un petit talon formé d’une simple feuille de cuir.

Sous le Directoire, les femmes s’habillent à la grecque, portent le peplos avec des sandales laissant voir le pied nu, aux doigts ornés de bagues.

Avec l’Empire, l’escarpin domine. Depuis, la bottine à talons de hauteur raisonnable est la chaussure la plus portée, été comme hiver.

L’invention de la chaussure mécanique, en 1810, à Londres, par Brunel père ; la nécessité de produire vite et à bon marché, ont modifié profondément cette industrie, dont les produits ont maintenant la banalité de la plupart des objets d’usage commun.

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