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La Fabrication du bouton de nacre

Émile Dieudonné, La Science Illustrée N°295 - 22 Juillet 1893

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 8 mai 2013

Les coquilles d’huîtres perlières, dont la matière alimente la fabrication des boutons de nacre, proviennent principalement des côtes de l’Australie et des îles méridionales du Pacifique. La pêche de ces bivalves a lieu au printemps, depuis le commencement du mois de mars jusqu’à la fin de mai. Deux cent mille personnes sont occupées à rassembler ces coquillages pendant la saison. Lorsque les bateaux sont arrivés dans la région des pêcheries, les plongeurs se dépouillent de leurs vêtements, s’enduisent le corps d’huile ; leurs yeux et leur nez sont garnis de coton, une éponge imbibée d’huile est attachée à l’un de leurs bras. La main armée d’un couteau, un panier au dos, ils sont descendus au fond de la mer à l’aide de pierres d’un poids de 18 à 20 kilogrammes fixées au bout d’un câble. Le numéro 11 de la gravure ci-contre représente la scène.

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Les plongeurs demeurent sous l’eau pendant cinquante à quatre-vingts secondes. Aussitôt qu’un panier est rempli, il est hâlé à la surface avec son porteur. Après un repos de quelques instants, le plongeur redescend, remplit son panier et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il soit épuisé de fatigue ; alors un autre homme prend sa place.

La pêche s’effectue ordinairement sur fonds de 14 à 18 mètres de profondeur. Les coquillages sont amenés à terre. Il y en a deux variétés : les blancs et les noirs ou tout au moins légèrement enfumés. Leurs diamètres varient de 0,05m à 0,075m ; parfois ils vont jusqu’à 0,15m et 0,20m ; les plus grands coquillages atteignent une épaisseur de 0,015m au plan de jonction des deux valves. Ils sont très fragiles ; lorsqu’ils arrivent à la manufacture, il faut qu’ils soient imprégnés d’eau avant de les mettre en œuvre. Cette imbibition les ramène davantage vers leur état naturel. L’opération s’accomplit dans des caveaux (2) d’où ils sont repris pour être portés au tour à découper (1).

L’ouvrier saisit la coquille d’une main, la place devant la fraise (3) montée sur le tour, un levier dirige le travail d’avancement de l’outil dans la substance et finalement une rondelle est découpée et projetée hors de la fraise creuse par une dernière poussée du levier. Les dents de la fraise circulaire ont une longueur d’environ 0,01m. Une valve est perforée de tous les trous qu’il est possible d’y creuser, en très peu de temps. Les petits disques ainsi séparés sont dégrossis sur un autre tour sur lequel on leur donne la forme définitive. Ils sont montés sur mandrin en bois de cornouiller (8) qui est façonné suivant la forme extérieure des boutons. Pendant la rota lion du mandrin, l’ouvrier dégrossit au moyen d’un outil, sorte de tiers-point, et achève complètement l’objet.

Des ornementations fantaisistes sont dessinées sur la face des boutons à l’aide d’outils spéciaux montés sur l’axe du tour ; l’ouvrier tient l’objet à la main et le façonne en le poussant contre l’outil pendant sa rotation. C’est également au tour que se percent les ouvertures pratiquées dans les boutons (5) qui sont pour cela, enchâssés dans un mandrin approprié. L’ouvrière presse la mèche de l’outil contre l’objet et la fait avancer au moyen d’un levier placé à sa droite.

Pour aplanir les sillons laissés sur la nacre par le passage des outils, les boutons sont placés dans un tonneau (7) avec un mélange d’eau et de pierre ponce pulvérisée. Les tours à polir (4) ont 0,15m et 0,35m de diamètre et sont composés de cinquante-quatre morceaux séparés de mousseline écrue fixés tous ensemble sur l’arbre de l’appareil. L’ouvrier place son bouton à polir à l’extrémité d’un mandrin en bois, le frotte dans un mélange de tripoli, de farine et de suif et l’appuie contre le champ du disque de mousseline. Ces roues du tour à polir accomplissent trois mille révolutions par minute. Leur action confère à la nacre un très beau poli.

Après le polissage, les boutons sont rangés sur des cartons qui sont ainsi livrés au commerce. Vingt-cinq ouvriers peuvent en façonner environ vingt mille par jour. Les coquilles coûtent de 4 à 5 francs le kilogramme. Le prix de gros des boutons fins varie de 2 francs à 125 francs la grosse. Chacun sait que la grosse équivaut à douze douzaines. La consommation totale annuelle des boutons de nacre aux États-Unis s’élève à la somme d’environ 17 500 000 francs.

Émile Dieudonné