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Les chausse-pieds

G. Angerville, La Science Illustrée N° 772 – 13 septembre 1902

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 21 août 2013

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Un chausse-pied, disent les dictionnaires, est un instrument dont ou se sert pour mettre plus facilement sa chaussure.

D’après cette définition, seuls ceux qui vont pieds nus il n’auraient pas besoin de chausse-pieds. En réalité, l’instrument dont nous nous proposons de résumer rapidement l’histoire n’est indispensable que pour certaines formes de chaussures ; notamment le soulier proprement dit ; pour la botte et la bottine de simples tirants suffisent.

On ne sait à quelle époque remonte l’usage du chausse-pied. Pour avoir une idée approximative de l’âge de cette invention, il faudrait savoir qui porta les premiers souliers.

Une chose est certaine, c’est que le chausse-pied était connu des Romains qui portaient de véritables souliers ferrés sur le devant et munis de contreforts comme les souliers dont nous faisons encore usage. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient employé cet ustensile absolu meut nécessaire avec cette forme de chaussure...

Au cours de différentes fouilles, à Nîmes, à Pompéi, on a trouvé des chausse-pieds, analogues de forme à ceux qui sont utilisés de nos jours, mais en bronze, dont quelques-uns richement ornés sur leur face extérieure.

Au moyen âge, le chausse-pied fut d’abord une lanière de maroquin ou de cuir non tanné. A mesure que le contrefort des souliers devenait plus haut et plus rigide se développèrent les chausse-pieds en matières plus résistantes, corne, ivoire, bois, fer ou cuivre. Ils reçurent des formes variées et présentèrent parfois des dispositions ingénieuses.

On trouve aussi, datant du XVIe siècle, des chausse-pieds en cuir gaufré, travaillé d’une manière fort remarquable et qui paraissent appartenir à l’art hollandais.

Les différentes parties du costume influent toujours les unes sur les autres. La mode des pourpoints et des corps rendus rigides par des buscs, comme les corsets actuels, rendait difficiles les mouvements de flexion et pouvait même parfois présenter du danger ; un busc pouvant casser pendant un violent effort et faire une blessure profonde. Aussi fit-on des chausse-pieds en corne ou en fer, très longs, de telle sorte que comme pour certains tire-boutons modernes, on pouvait se chausser sans plier la taille.

De cette époque datent les longues cornes d’animaux ciselées et gravées avec soin, représentant des sujets allégoriques, parfois accompagnés de devises.

Le curieux chausse-pied allemand que reproduit notre gravure est du XVIe siècle. Il est en fer gravé et, outre son mérite artistique, est remarquable par sa disposition ingénieuse.

Il est, en effet, terminé à sa partie supérieure par une sorte de pince à longue tige qui sert à tirer, soit les contreforts du talon, soit les côtés latéraux de la chaussure.

La gravure, très soignée, représente un compagnon chargé de son ballot et partant pour faire son tour d’Allemagne.

Cette belle pièce fit jadis partie de la fameuse collection Achille Jubinal. Les musées allemands possèdent des spécimens analogues dont quelques-uns sont couverts de devises, d’inscriptions sérieuses ou plaisantes, surtout sur leur partie extérieure, la face interne devant, évidemment, pour le bon fonctionnement de l’ustensile, être aussi lisse quo possible.

À partir du milieu du XVIIe siècle, les chausse-pieds cessent d’être ornés et deviennent ces ustensiles si simples, ces cornes à souliers dont nous nous servons encore.

Peut-être, grâce à la renaissance artistique qui s’affirme depuis quelques années, reverra-t-on des chausse-pieds artistiques en ivoire ou en métal. Il est à remarquer que, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle on ornait volontiers les objets les plus ordinaires de la vie usuelle, qui prenaient le caractère de pièces artistiques. La main-d’œuvre était à bon compte ; les ouvriers astreints à un long apprentissage possédaient une habileté individuelle qu’ils n’ont plus de nos jours, maintenant que l’apprentissage est écourté, et que le machinisme cantonne chacun en une spécialité étroite.

G. Angerville

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