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« L’Opuntia Fragilis »

P. Martaud, La Nature N°1458 du 4 mai 1901

samedi 28 février 2009, par Denis Blaizot

Le voici, je vous le présente (fig. 1) ; c’est un petit cactus ; il est âgé de 5 ans et mesure 55 centimètres de haut ; il n’est pas joli, joli, mais il a une physionomie bien personnelle. Il se multiplie avec la plus grande facilité ; chaque fragment mis en contact avec le sol donnant naissance à nouvel exemplaire pour peu que les circonstances ne soient pas trop défavorables. Au commencement de juillet, notre arbuscule se couvre de fleurs assez jolies : corole rotacée de 5 à 55 centimètres de diamètre ; sépales et pétales non distincts en nombre indéfini (18-20), jaune très pâle, aux nervures médianes lavées d’incarnat : étamines en nombre indéfini ; un style surmonté de cinq stigmates ; le tout émergeant d’une cavité conique dont est creusée l’extrémité du rameau pédonculaire. Les fleurs sont éphémères, mais la floraison dure jusqu’à fin août. Aux fleurs succèdent de petits fruits rouges d’un aspect rébarbatif tout comme les tiges et analogues au fruit assez connu de l’Opuntia vulgaris, la figue de Barbarie.

Ce fruit offre une étrange particularité. L’ovaire n’y occupe qu’une place très minime et les ovules avortent ; en revanche, bien avant la maturité, on voit apparaître autour de la cavité laissée à nu par la chute de la fleur un certain nombre (5-6) de protubérances qui ne tardent pas à se développer et à acquérir le volume d’une petite olive. Des pousses identiques se développent, d’ailleurs, en d’autres points de la plante. Ces organes ne sont pas, comme on pourrait le croire, de nouvelles branches destinées à croître sur la plante-mère, mais doivent être plutôt assimilés à des bulbilles. Tombés à terre, ils bouturent avec la plus grande facilité et c’est là le véritable mode de multiplication (nous ne pouvons pas dire de reproduction) de l’Opuntia vulqaris,

Mais cette faculté d’émettre des racines adventives n’appartient pas seulement à ces bourgeons ou aux débris de rameaux ; elle s’étend’ au fruit lui-même". Placé en terre, il ne tarde pas à se modifier, à pousser des racines et à développer en rameaux les bourgeons qu’il porte. M. Van Tieghem ne signale que deux espèces dont les fruits sont doués de cette faculté : l’Opuntia, qui nous occupe, et une œnothéracée, le Jussuea Salicifolia. L’explication de cette apparente anomalie est des plus simples.

Les divers organes des êtres vivants étant constitués par les mêmes éléments essentiels et n’étant que des modifications plus ou moins profondes les unes des autres doivent conserver, dans une certaine mesure, les propriétés de ceux dont ils dérivent et il est bien évident que nous les y retrouverons d’autant plus accentuées que la différenciation sera moins avancée. C’est ainsi que nous voyons des feuilles, modifications de la tige, hériter chez certains végétaux (Crassula, Begonia, Boussingaultia, etc.) de la faculté que possède cette tige d’émettre des racines adventives. 11 se pourrait à la rigueur que cette faculté se transmît dans certains cas au carpelle qui, en résumé, n’est que le résultat d’une modification de la feuille, modification qui souvent même n’en affecte profondément que certaines parties ; mais, dans l’espèce, comme on· dit au Palais, nous n’aurons pas besoin d’aller si loin.

Ce qu’on appelle communément le fruit est, comme on le sait, d’origine essentiellement variable avec les espèces : il résulte d’un développement particulier de tout ou partie des organes floraux sous l’influence mystérieuse de la fécondation.

Dans la drupe (prune, pèche, etc.), beaucoup de baies (raisin, laurier, etc.) et nombre d’autres fruits, il ne comporte que l’ovaire seul. A cet ovaire viennent s’adjoindre dans la pomme, la grenade et généralement les fruits infères, les parties des enveloppes florales concrescentes avec lui. La fraise est l’extrémité épanouie du. pédoncule devenue succulente. L’ananas représente l’ensemble d’un épi y compris l’axe et les bractées. La portion charnue de la mûre provient du développement des calices. La figue est formée par le réceptacle’ commun d’une fleur composée qui a englobé les fleurons.

Le fruit de l’anacardier est double : l’extrémité du pédoncule se renfle considérablement, devient charnue et forme ce qu’on nomme la pomme d’acajou qui porte, au point d’insertion de la ·fleur, la noix d’acajou représentant l’ovaire.

Dans l’Opuntia fragilis, c’est la tige elle-même ou plutôt un rameau à peine modifié, devenant seulement un peu plus succulent, qui constitue le pédoncule et plus tard ·le fruit.

Il est facile de se. rendre compte de ce fait en jetant les yeux sur la figure 2 (n- 4) et en suivant les faisceaux lihéroligneux dans la tige, le fruit et les bourgeons qu’il porte. La similitude entre ces divers organes est également frappante au moment de la pousse annuelle, sur certains de ces pseudo-fruits qui atteignent quelquefois jusqu’à 4 centimètres et qu’il serait impossible de distinguer des autres jeunes rameaux sans le bourgeon floral qui les termine.

Il n’est donc plus surprenant que cc fruit à peine différencié de la tige en ait conservé la faculté de raciner ; je suis même convaincu que, dans certaines conditions, il serait possible de le faire se développer sur la plante même et former une branche.

L’expérience est à tenter.

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