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Les echinocactus de la Basse-Californie

J.Poisson, La Nature, N°1353 - 29 Avril 1899

samedi 28 février 2009, par gloubik


On sait que le Jardin des Plantes de Paris, par l’initiative de son distingué directeur, a institué, il y a quelques années, un enseignement nouveau pour les voyageurs qui se destinent à parcourir le monde fructueusement. en vue de recueillir des matériaux de toutes les branches de l’histoire naturelle. Cet enseignement a déjà porté ses fruits, et chaque année il arrive, de ce fait, des envois aussi nombreux qu’intéressants.

Pour satisfaire au désir Lien légitime des voyageurs, la direction du Muséum met à leur disposition, pour un laps de temps déterminé, deux salles où les résultats de leurs explorations sont exposés dans le meilleur ordre possible, pour flatter la vue des visiteurs qui, la publicité aidant, ne manquent pas d’affluer. Depuis quelques jours, les objets les plus variés de l’anthropologie de la zoologie, de la botanique et de la photographie de la Basse-Californie et du Mexique y sont réunis. L’ouverture de cette nouvelle exposition a été faite par M. A. Milne Edwards, le 8 février dernier, et dans une allocution aussi brillante qu’élogieuse pour l’explorateur qui avait recueilli les éléments, M. Léon Diguet, il fit un rapide exposé de leur intérêt scientifique.

La zoologie occupe actuellement une place plus importante que le reste dans cette exposition, aussi transportons-nous dans la salle contenant les spécimens de la botanique et surtout de la photographie qui nous intéressent en ce moment, et qui tapissent la plus grande partie des surfaces murales.

Au milieu des vues pittoresques des régions parcourues par M. Diguet, qui est un habile photographe, sont des types de races d’indiens qui les habitent, des reproductions afférentes à l’ethnographie, des cultures ou champs d’Agaves, dont les produits sont l’objet d’un grand commerce, et quantité de ports de végétaux étranges qui impriment à ces pays un cachet tout particulier.
On sait que la région sud-ouest de l’Amérique du Nord a des étendues très grandes où le régime des pluies est si précaire et où la constitution du sol est telle, pie la végétation y est d’une pauvreté désespérante et que la vie semble y être suspendue. Plusieurs déserts fameux, comme ceux de Mohave, de Gila dans l’Arizona, de même que la Sonora et les contrées avoisinantes sont aussi dans ce cas.

Il en est de même de la Basse Californie, presqu’île de 1200 kilomètres de long sur 120 de large en moyenne.. Des brises de mer lui donnent bien un peu d’humidité atmosphérique sur le versant du Pacifique notamment, mais les pluies y sont très rares, et il s’est parfois écoulé trois ou quatre années sans pluies réelles ( Quelquefois il arrive des pluies torrentielles de courte durée, mais qui s’écoulent rapidement et ne profitent guère au sol).

On pourrait penser que dans de telles conditions aucun végétal ne peut vivre et cependant s’il survient des averses un peu abondantes, en moins de quarante-huit heures le sol calciné se couvre de verdure et, une semaine après, tout est garni d’herbe, laquelle disparaitra peu de temps après si le soleil ardent se montre obstinément. On comprend que pour un tel climat, il faille des végétaux appropriés au milieu. Aussi les arbrisseaux et surtout les arbres sont rares et ce sont les cactées qui les représentent ; puis quelques Légumineuses à rameaux épineux , mais dépourvus de feuilles pour éviter une trop grande évaporation que ne supporteraient pas des arbres feuillus. Néanmoins dans ces régions peu réjouissantes , des Indiens devenus rares ondes métis d’espagnols y vivent. Les jésuites y pénètrent à la suite de la conquête et utilisèrent les eaux pluviales par des barrages, et des cultures furent possibles pendant une période qui n’est plus aujourd’hui qu’un souvenir.
Toutefois les naturels prirent le sage parti, n’ayant pas l’énergie suffisante pour suivre ces exemples, d’utiliser le peu que la nature leur offrait et mirent à contribution les végétaux qu’ils avaient sous la main. C’est dans les cactées et quelques cultures de maïs et de haricots qu’ils devaient trouver les principales ressources : les genres Cereus, Opuntia, Echinocactus (la figure 1 est la reproduction d’une photographie représentant une prairie de Cereus Pringlei qui, lorsqu’ils sont âgés, atteignent Ies grandes dimensions citées plus haut. On voit, çà et là quelques jeunes Echinocactus parmi les Cereus) abondent : les premiers. pour certaines espèces, atteignent souvent de 15 à 20 mètres de hauteur ; les Espagnols leur ont donné le nom de « Cardon ». Ils ont un tronc ligneux servant de bois de construction ou de combustible ; la plupart produisent des fruits excellents qui sont appelés « Pitaya » et qui se mangent frais ou que I’on prépare comme des figues sèches. Il en est de même de plusieurs Opuntia (voy. n° 1184, du 8 février 1896, p.150.)

Quant aux Echinocactus, dont la belle photographie reproduite (Fig. 2) est une espèce nouvelle, ils portent dans ce pays le nom de « Visnaga ». Leur aspect est celui de volumineuses bornes sillonnées longitudinalement et garnies sur les crêtes de robustes épines ; leur taille varie avec l’age et on en a vu qui dépassaient 3 mètres sur un diamètre de 0,80m. Les épines en crochets dont ils sont armés étant montées sur lignes servent d’hameçons, car on pense bien que la pêche est d’un grand secours pour ces populations.

Le tronc des Visnaga ne se lignifie pas comme celui des Cardons et l’on peut y entrer une lame de sabre avec facilité. La masse charnue peut même, dans ses parties les plus tendres, être confite, comme nous le faisons de l’Angélique dans les contrées où le sucre arrive, et se vend sous le nom de « dulce de Visnaga ».

Enfin, fait plus curieux encore, quand les herbages ou les légumineuses arbustives, qui sont mangées par les chevaux, viennent â manquer, on taille en tranches les Echinocactus, après les avoir débarrassés de leurs épines, et qui deviennent alors un précieux fourrage très apprécié des animaux. On trouve bien quelques autres ressources alimentaires dans les fruits d’un Figuier de la région (Ficus Palmeri) dont les habitants autrefois se disputaient la possession, puis aussi dans les amandes d’un arbrisseau spécial à la Basse-Californie (Simmondsia Californica) qui, étant grillées, sont un aliment que l’on a comparé au cacao, mais rien ne peut égaler les cactées pour les services qu’elles leur rendent et dont on ne trouvera une telle application nulle part ailleurs pour d’autres végétaux.

(voy. 1875, t 1. p. 40, 1876, t. II, p. 292, 1877,t1. p. 264. )

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