| Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+

Accueil > Articles scientifiques > Sciences de la vie > Botanique — Agronomie > Botanique de Jules Poisson > Le Figuier

Le Figuier

J. Poisson, La Nature N°229 — 20 Octobre 1877

mardi 28 décembre 2010, par gloubik


La petite famille des Morées, et dont le Mûrier est le type, renferme seulement quelques genres composés eux-mêmes d’un petit nombre d’espèces, à l’exception toutefois du genre Ficus ou Figuier, qui comprend à lui seul plus d’espèces qu’aucun autre genre du règne végétal. En sorte que cette famille, pauvre en genres, devient très-importante spécifiquement parlant, puisque l’on estime à sept ou huit cents le nombre des espèces différentes et actuellement connues de ce genre Ficus.

Le Figuier comestible est l’espèce la plus rustique, puisque sa culture peut s’étendre entre le 48° de latitude nord environ en Europe, et le 45° de latitude sud, car il est cultivé également jusqu’au Chili.

Le Ficus Carica paraît être indigène en France ; il y a été trouvé à l’état fossile dans le terrain quaternaire des environs de Fontainebleau, et une variété particulière à l’Ouest semble bien être spontanée sur la côte de Bretagne ; on la nomme le Caprifiguier.

C’est surtout sous les tropiques, dans l’Inde,et les îles Asiatiques où les autres espèces de figuiers sont le plus abondantes. Loin d’offrir une uniformité de stature ou de propriétés comme on pourrait le penser, ces espèces, prises au hasard, sont souvent totalement différentes sous ce rapport.

Tous les Figuiers sont des arbres, quelquefois très petits : les espèces qui sont cultivées dans les serres comme plante d’ornement, F. cerasiformis lutescens, etc., ressemblent à de petits Orangers en miniature, lorsqu’ils sont chargés de leurs fruits d’un beau jaune à maturité ; tandis que d’autres, au contraire, atteignent une taille gigantesque, et le Figuier des Banians (F. Benghalensis), que représente notre gravure, est sinon le plus grand, mais certainement lut des plus célèbres par le rôle qu’il a joué dans l’histoire religieuse des habitants de la péninsule indienne. Cet arbre, dessiné sur nature par M. de Bérard, partage avec une autre espèce, le F. religiosa, la vénération des populations de l’Inde et des îles avoisinantes. A Ceylan, l’un de ces arbres porte le nom de Bagoa ; les Européens le nomment l’Arbre de Dieu. Les Chingalais lui rendent les honneurs qu’on décerne aux objets sacrés ; Il est d’une taille élevée, et sa cime immense abrite les indigènes qui à son ombre se livrent aux pratiques de l’adoration du dieu Vischsnou ; ils croient que c’est sous ce Figuier qu’il naquit et s’appliquent à, multiplier cet arbre, qu’on rencontre dans les Villes et sur les grands chemins, habituellement accompagné dans son voisinage d’une pierre ou pavé entretenu très proprement. A son tronc sont presque toujours suspendues des images ou des lampes allumées. C’est à Anaradopura, dans l’ile de Ceylan, que l’on voit le plus ancien Figuier des Pagodes ; on estime qu’il a plus de 1500 ans.

Une autre espèce, non moins remarquable, le F. indica, atteint des proportions considérables qu’il doit surtout à sa singulière façon de végéter, et qui d’ailleurs se retrouve dans le F. Benqhalensis. Quand l’arbre a acquis un volume suffisant, il se forme sur son tronc, ou mieux sur ses branches des racines dites adventives, qui se développent rapidement et qui bientôt se balancent dans l’espace comme des cordages, jusqu’à ce qu’elles soient arrivées à terre. Là elles s’implantent vigoureusement dans le sol et l’accroissement en diamètre de ces racines aériennes les ferait facilement confondre avec des tiges qui en réalité servent de support aux branches qui leur ont donné naissance. En supposant que chaque branche principale porte une ou deux racines semblables, l’arbre semblera au bout de quelques années formé d’un tronc principal et de plusieurs troncs accessoires qui permettront à cet arbre de s’étendre d’autant plus qu’il sera pourvu d’un plus grand nombre de racines. Son feuillage toujours vert ajoute encore à l’effet pittoresque et décoratif de ce Figuier.

Les autres espèces sont utilisées dans l’Inde pour leur bois, lequel est pour certaines d’entre elles de bonne qualité. D’autres donnent des fruits mangeables, mais relativement d’une médiocre saveur.

Dans les îles de l’Inde néerlandaise seulement le nombre des espèces de Ficus dépasse cent. En Afrique de genre est aussi largement représenté, et les sujets y acquièrent un volume considérable également. Le bois, quoique souvent léger, est estimé à la côte de Sénégambie et sert à faire des pirogues d’une seule pièce ; mais il est essentiel, dans ces pays chauds, d’écorcer tous les arbres qui ne sont pas d’essence dure ; le bois s’échauffe, comme on dit, rapidement après avoir été abattu, il se détériore et devient impropre à la construction et au charronnage.

Les racines adventives qui descendent parfois seulement le long du tronc pour se souder au corps de l’arbre à sa base, donnent à ces végétaux un aspect anfractueux et tourmenté, et les saillies qui en résultent peuvent atteindre dix à douze pieds d’épaisseur. Sous le nom d’Oboounchoua, on peut voir à l’Exposition des Colonies une section de tronc d’un Figuier venant du Gabon, et dont le bois, exceptionnellement, est si résistant que la plupart des outils s’émoussent lorsqu’on veut l’entamer. En effet, il est à remarquer que le bois des Ficus est en général homogène et plutôt tendre que dur, et c’est ce qui a donné une antique célébrité au Figuier Sycomore d’Égypte, dont on voit encore à Alexandrie et au Caire des exemplaires d’un grand âge, puisque la tradition rapporte que l’un d’eux servit d’abri à la sainte Famille pendant sa fuite en Égypte. Quoi qu’il en soit, la longévité du Sycomore n’est pas douteuse, et l’incorruptibilité de son bois est réputée. Au temps de leur puissance, les riches égyptiens étaient inhumés dans des cercueils de Sycomore creusés à même dans les troncs d’arbres, et qui étaient le plus souvent rehaussés de sculptures ; de dessins et de caractères sémitiques. On peut voir de ces sarcophages dont quelques-uns sont fort beaux, au musée du Louvre. Quant aux figues que porte le Sycomore, elles sont comestibles mais peu estimées.

L’Australie, ce pays des merveilles végétales, renferme comme la Nouvelle-Calédonie une grande quantité de Ficus dont la plupart étaient, il y a encore peu de temps, inédits. Les F. Cunninghamii, columnaris, macrophylla, etc., atteignent des dimensions colossales. Ruddes dit que sur les rives du fleuve Hastings, le F. Macrophylla acquiert un tronc de trente pieds de diamètre ; que les premières branches en ont huit à leur base et que l’arbre excède deux cents pieds. On possède au Muséum un très petit échantillon d’un de ces Figuiers, qui peut donner une idée fort réduite de leur curieuse structure.

Plusieurs Ficus sont grimpants, et leur tige accompagnée de nombreuses racines adventives enlacent souvent les arbres qui sont à leur portée, et la croissance rapide de ces végétaux dépassant bientôt celle de leurs supports, ceux-ci périssent étouffés la plupart du temps, et disparaissent complétement sous une maille puissante qui les étreint de toutes parts. A cause de cela on a donné à ces Figuiers le nom d’Arbres de la mort. A côté de ces espèces redoutables, il en est qui rendent des services à l’horticulture, et le F. repens tapisse merveilleusement les murailles de nos serres.

Les fruits, qui, comme l’on sait, sont des réceptacles d’inflorescences, ne sont comestibles que chez un très petit nombre d’espèces, et il y en a même qui sont vénéneux ; le F. toxicaria, notamment, sert aux iles de la Sonde à empoisonner les flèches des indigènes.

La presque totalité des Morées sont pourvues d’un suc laiteux fourni par les vaisseaux du latex, et dans plusieurs cette matière est utilisée soit à titre de glu à prendre les oiseaux, ou comme enduit imperméable, c’est-à-dire de caoutchouc. Pendant longtemps le F. elastica, qui fait l’ornement des salons, était la principale plante qui fournissait au commerce le caoutchouc dit de l’Inde, ainsi que quelques autres Figuiers laiteux à suc abondant, mais cette sorte fut bientôt détrônée par le caoutchouc d’Amérique, extrait de plantes d’autres familles et jouissant des mêmes propriétés. Les personnes qui ignorent la formation du caoutchouc, peuvent se procurer cette petite récréation, en faisant tomber dans le creux de la main quelques gouttes du lait qui s’écoule d’une blessure faite à un Figuier caoutchouc ; en imprimant un léger mouvement tournant avec le bout du doigt au lait déposé, le sérum s’évapore et les globules du latex coagulés laissent dans la main une petite boule noirâtre, qui s’étire et présente toutes les qualités physiques du caoutchouc.

Les feuilles, tantôt lisses, sont quelquefois hérissées de poils rudes qui, associés aux concrétions calcaires que les feuilles de tous les Ficus contiennent dans leur tissu sous-épidermique, permettent de s’en servir pour polir le bois et les métaux, dans les pays chauds.

Enfin, l’écorce de toutes les Morées est riche en liber, ses couches fibreuses et souvent facilement séparables sont une source de matière textile ou de pâte à papier. Il y a encore quelques usages médicinaux ou industriels empruntés au genre Ficus, mais ils sont restreints et tout à fait localisés.

J. Poisson.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?

Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.