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L’Hydnora

Jules Poisson, La Nature N°214 - 7 Juillet 1877

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 15 janvier 2011

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Hydnora

Dans un précédent article, la Nature (voy. N° 181) a entretenu ses lecteurs d’une plante parasite, remarquable par la taille gigantesque de sa fleur, le Rafflesia. Cette plante est venue se ranger naturellement dans un groupe dont les représentants sont également parasites et charnus, et elle est même devenue le type de la petite famille des Rafflésiacées. Pendant longtemps les végétaux qui présentaient ce mode particulier de parasitisme, qui est propre aux Rafflésiacées , aux Cytinées et aux Balanophorées, furent réunies dans une même classe sous le nom de Rhizanthées, parce qu’en effet les fleurs semblent se développer sur les racines mêmes des plantes qui les portent. Mais l’analogie de fonctions entraîne presque toujours des rapports de formes, et c’est là surtout ce qui a guidé les premiers naturalistes dans ce rapprochement. Depuis on a étudié de plus près ces plantes, et un jour viendra où elles seront, d’après leurs vraies affinités, rapprochées ou annexées à des familles dont elles n’ont nullement le port, mais venant s’y rattacher par des relations de structure intime plus ou moins étroites.

Les Hydnora, dont nous parlerons aujourd’hui, sont des végétaux sans feuilles, à tiges souterraines, rampant dans l’humus des forêts ; elles sont marquées de 4 à 6 angles, parsemés de proéminences ayant tout à fait l’apparence de ventouses ou suçoirs, et qui facilitent leur adhérence aux racines des arbres aux dépens desquels les Hydnora vivent.

Pendant longtemps la seule espèce connue était l’H. africana, rapportée par Thunberg, botaniste suédois, qui, lors de son passage au cap de Bonne-Espérance, l’avait remarquée croissant sur les racines des grandes Crassulacées et des Euphorbes arborescentes de ces contrées. Depuis on en a découvert deux ou trois autres espèces, variant un peu dans leurs dimensions, et l’une d’elles est américaine. Enfin, tout récemment encore, M. le professeur Decaisne en a reconnu et publié trois autres espèces de différents points de l’Afrique, car ce genre parait presque entièrement propre au continent africain.

L’intérêt qu’offre déjà l’Hydnora par son singulier mode de végétation vient d’être augmenté par un fait-divers d’un numéro du Bulletin météorologique et agricole de l’île de la Réunion. Une espèce appartenant, dit-on, à l’H. africana, mais qui parait en différer, serait apparue à une époque assez récente dans notre colonie ; on suppose qu’elle a été introduite de Madagascar, et elle est assez connue maintenant pou l’être communément désignée sous le nom de Bose de Noël, parce que, dit-on, elle épanouit ses fleurs le jour de Noël avec une précision presque mathématique. D’ailleurs, comme les autres espèces du genre, elle répand une odeur de viande gâtée, et le nom qu’elle porte semble quelque peu risqué.

Cette fleur, dont la portion supérieure seule sort de terre, atteint, depuis son insertion jusqu’au sommet des divisions de son périanthe, de 15 à 20 centimètres. Ce périanthe se divise en cinq dents assez régulièrement, et, lorsqu’il est étalé, il simule une étoile à cinq branches. A la gorge ou partie tubuleuse de la fleur sont insérés trois ou cinq lobes d’étamines, mais dont l’ensemble en réalité forme un feston en forme de V, répété autant de fois et dont les branches se touchent. Ce feston ininterrompu est formé d’anthères transverses très nombreuses se touchant étroitement, et le pollen qui en sort est vermiforme. Un ovaire occupe le centre de la fleur et dans sa cavité se développeront un grand nombre de graines. Un jour suffit pour flétrir cette fleur, qui est d’une couleur livide, et qui alors commence à dégager l’odeur infecte qui bientôt attire les mouches en quantité.

Quand une localité est occupée par l’Hydnora, on voit le sol, peu de temps avant la floraison, se soulever, et de grosses protubérances comparées à d’énormes truffes sortir de terre : ce sont les bourgeons. Cette plante, qui recherche, pour s’y implanter, les racines du Bois noir (Adenanthera Pavonina) et celles du Filao (Casuarina equisetifolia), soustrait à ces arbres d’énormes quantités de tannin que leurs volumineux et nombreux rhizomes emmagasinent.

Le développement de ces sortes de racines est si rapide et si puissant dans certaines circonstances, que ce parasite devient redoutable. L’Hydnora a pénétré, il y a quelques années déjà, jusque dans les villes de Saint-Paul et de Saint-Denis. « Leur masse occupe quelquefois une superficie si considérable, qu’une dame, chez laquelle cette plante avait élu domicile au grand préjudice de sa cuisine, dont elle soulevait tous les carreaux du sol, a fait fouiller et jeter à la mer plus de 50 sacs de débris souterrains de la plante, sans pouvoir l’extirper de son emplacement. Chaque année, le jour de Noël, de nouvelles fleurs apparaissent au même endroit et se narguent de tous les moyens de destruction qu’on a essayé d’employer contre elles. »

Sur la demande de M. Grandidier, qui a entrepris un gigantesque ouvrage sur l’histoire de Madagascar, M. Roussin a fait un dessin fidèle de l’Hydnora d en a fait prendre des photographies, et M. Delteil a bien voulu se charger d’apporter en France des matériaux nouveaux de cette plante pour l’étude.

Thunberg rapporte que l’espèce du Cap a l’odeur de champignon et que les naturels la mangent étant cuite, La consistance coriace de toute la plante et son aspect peu engageant ne semblent pas donner une haute opinion d’un pareil légume et du goût des populations qui le consomment.

Jules Poisson

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