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Le Bibassier

Jules Poisson, La Nature N°1483 - 26 Octobre 1901

dimanche 23 janvier 2011, par gloubik

Parmi les conquêtes nombreuses de végétaux de l’Extrême-Orient, qui a tant fourni à l’horticulture européenne, le Bibassier est une de celles qui se sont maintenues dans la région méditerranéenne avec le plus de succès.

Petit arbre de la famille des Rosacées-Pomacées, le Bibassier est gracieux par son port ; avec ses grandes feuilles persistantes, ses fleurs parfumées auxquelles succèdent des fruits comestibles de couleur jaune et de la taille d’une grosse prime, voilà plus qu’il n’en faut pour attirer l’attention sur ce végétal dont le nom botanique est Eriobotrya japonica LindI.

Ce nom générique, quelque peu barbare à première audition, signifie que ses fleurs sont en grappes laineuses. En effet, l’axe qui porte ces fleurs, ainsi que leur portion calicinaIe, sont garnis d’un tomentum roussâtre, caractère qui paraît propre à cette espèce. Pour d’autres botanistes c’est dans le genre Photinia que l’on doit faire entrer le Bibassier, mais c’est pure affaire d’appréciation.

Decaisne, dans sa « Monographie des Pomacées », admet cinq espèces d’Eriobotrya et il ne semble pas qu’aucunes d’elles, sauf l’E. japonica, soient recherchées pour leurs fruits comestibles.

Les Japonais appellent cet arbre de petite taille « Biwa » et ils ont obtenu plusieurs variétés dont les fruits varient de taille et de qualité.

La première apparition du Bilbassier [1] en Europe date de loin. On le trouve en échantillon fort réduit dans un curieux petit herbier, qui faisait partie de l’immense collection des de Jussieu, conservé au Jardin des Plantes de Paris et venant du Père d’Incarville, missionnaire à Pékin, où il résida longtemps dans la première moitié du dix-huitième siècle.

Ceci prouve que l’Eriobotrya était cultivé, depuis une époque fort ancienne sans doute, en Chine, où il porte le nom de « Pipa ». On trouve aussi dans la Flore de Cochinchine de Loureiro, daté de 1790, le même végétal décrit sous le nom de Cratægus Bibas [2]. Enfin, on le constate aussi dans certaines régions de l’Inde et des îles adjacentes, mais toujours cultivé.

Quoi qu’il en soit, on ne voit le Bibassier entrer dans les cultures en France que vers le commencement du dix-neuvième siècle, et on lui donna alors improprement le nom de « Néflier du Japon » qu’il a conservé concurremment avec celui de Bibassier.

Nous lisons, dans un Almanach du Bon Jardinier de 1808, qu’il a été apporté de Canton en 1784, et que sa beauté l’a fait multiplier. « Il est prudent de le tenir en orangerie (sous la latitude parisienne) quoique M, Lezermes, directeur de la Pépinière impériale du Roule, l’ait risqué en pleine terre, ce qui prouve qu’au moins on peut le tenir en pleine terre dans les parties méridionales de la France.

« On le multiplie de semences, pour avoir de plus beaux sujets, ou de marcottes. Enfin on peut le greffer en écusson sur Aubépine ou sur Cognassier et celui-ci fait durer plus longtemps la greffe. Cependant Noel, chargé des pépinières au Jardin des Plantes, s’est procuré de fort beaux Bibassiers en le greffant sur Aubépine et on en voit un auquel, depuis plusieurs années, il fait passer l’hiver en pleine terre, avec la simple précaution de le couvrir de litière dans les très grands froids ».

Dans le nord de la France, le Bibassier ne peut être cultivé que comme arbuste d’ornement. Ses grandes feuilles lancéolées, à nervures saillantes, fixent l’attention ; mais s’il fleurit dans les premiers mois de l’année, rarement il arrive à donner des fruits.

C’est donc dans la région méridionale, et au voisinage de la Méditerranée, qu’il se développe amplement et atteint une hauteur moyenne de 5 à 7 mètres. En Italie, dans les îles de l’Archipel, et en Algérie surtout, il fait merveille. Il entre en floraison d’octobre à novembre, ses fleurs répandent une odeur analogue à celle de l’Aubépine et sont très recherchées des abeilles, ce qui avait fait recommander de planter là où l’on veut placer des ruches quelques pieds d’Eriobotrya. La maturité des fruits a lieu au commencement d’avril et se continue jusqu’en mai, suivant l’état atmosphérique.

La saveur de la pulpe est acidulée et fraîche et rappelle assez celle d’une pomme de bonne qualité. L’époque hâtive de ce fruit le fait rechercher, alors qu’aucun autre n’est mûr encore en cette saison, Le seul inconvénient qu’on lui reproche, c’est d’avoir son centre garni de gros pépins qui tiennent trop de place comparativement aux autres fruits que nous connaissons dans nos régions septentrionales.

On ne manque jamais de trouver sur les tables d’hôtels, au dessert, ou sur celles des bateaux qui font la traversée, des bibasses, lorsqu’on est dans le midi au printemps, Les marchés algériens en sont abondamment pourvus et il s’en exporte beaucoup sur le littoral européen.

C’est un vrai régal pour les yeux que de voir dans la campagne d’Alger les Eriobotrya chargés de fruits jaunes et couvrant les branches à les rompre. Une photographie du Bibassier en cet état eût été tentante pour les lecteurs de La Nature, mais nos recherches ont été vaines. Quand l’occasion se présentera nous croyons qu’il ne serait pas superflu de la leur présenter.

Un des avantages du fruit dont nous parlons est de pouvoir être mangé impunément sans crainte d’être incommodé.

Dans le beau ,« Traité de l’Agriculteur Algérien », de MM. Ch. Rivière et Lecq, on trouve d’importants renseignements sur la culture et la multiplication du Bibassier. Celui-ci-peut être greffé après deux ans de semis avec l’une des variétés améliorées obtenues par sélection, et dont le fruit plus gros et sa pulpe plus abondante est préféré à l’espèce type. Dans un récent numéro de la « Revue horticole » M. Porcher, secrétaire général de la Société d’Horticulture d’Alger, indiquait une douzaine des meilleures variétés à préconiser et qui ont été, comme greffons, gracieusement mises à la disposition des amateurs par la Société d’Horticulture.

Enfin, détail qui n’est pas à négliger, terminons en disant que l’on fait d’excellentes confitures avec les fruits de l’Eriobotrya japonica.

J. Poisson


[1Ce nom nous vient des habitants de Bourbon et de Maurice

[2Loureiro fait remarquer que ce nom de Bibas, d’où nous avons fait Bibasse et Bibassier, vient d’une corruption du nom chinois « Pipa », Mais on reconnaît facilement que ce dernier lui-même est dérivé du nom japonais « Biwa »

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