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La voie roulante de Cleveland

Emilio Guarini, La Nature N°1726, 23 Juin 1906

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 25 avril 2009

On se souvient, sans doute, du trottoir roulant qui, il y a quelques années, eut un si grand succès à l’Exposition de Paris. La voie roulante récemment mise en service à Cleveland. aux États-Unis, semble inspirée du même principe, avec cette différence toutefois qu’elle est destinée non aux piétons, mais aux chevaux et aux véhicules et qu’au lieu de se développer en terrain plat, elle gravit une pente de 20 mètres environ de hauteur. Elle fonctionne dans une rue (Factory street), qui, de vrai, raccourcit considérablement le chemin à suivre par la majorité des véhicules industriels de la localité - pourrvue comme on sait, de nombreuses usines métallurgiques - mais qui n’est guère fréquentée par les voituriers à cause des difficultés de l’ascension.

La nouvelle voie roulante, qui est la première du genre qui soit installée dans le monde entier, est due au Colonel Isaac D, Smead. Elle est constituée d’une grande courroie sans fin, ou plate-forme mobile, de 2,452 m. de largeur, qui se déplace de bas en haut et de haut en bas dans un caniveau de béton. La surface montante, sur laquelle les chevaux et les véhicules prennent place, se trouve au niveau du bord supérieur du caniveau, c’est-à-dire à peu près à celui de la rue. La surface descendante se trouve dans le caniveau. On comprend sans peine qu’elle descend, pendant que l’autre monte et que cette dernière, à son tour, après être montée descend pendant que la moitié qui descendait remonte, et ainsi de suite. A chaque extrémité du caniveau se trouve un tambour sur lequel passe la courroie qui est, en outre, supportée à la montée par quatre rangées de rouleaux pivotant dans des paliers à billes. La moitié descendante est supportée par deux rangées de rouleaux, une de chaque côté. La courroie elle-même est formée de fortes planches disposées transversalement et réparties en groupes de deux planches chacun. Ces groupes sont fixés solidement entre eux par des charnières de métal. Les planches sont, en outre, ferrées aux Lords en vue de leur assurer une durée de plusieurs années. Deux câbles de sûreté s’étendent sur toute la longueur de la courroie et, de distance en distance, ils forment des anneaux auxquels se fixent les véhicules. La longueur de la voie est de 127,680 m. et la différence de niveau regagnée sur cette longueur de 19,760 m. La courroie pèse plus de 106 tonnes.

La force motrice est fournie par des électromoteurs du type Westinghouse. Comme le service est d’une nature toute spéciale et très délicat, les moteurs ont dû être construits spécialement en vue de cet usage. Ils sont au nombre de quatre et fonctionnent simultanément sous la commande d’un seul controller. Une fraction de seconde de retard dans. le démarrage ou l’arrêt, la moindre différence dans les vitesses suffisait pour déformer la plate-forme et la mettre hors service. Après plusieurs mois, l’inventeur obtint finalement des moteurs répondant à ses exigences. Ce sont quatre machines compound de 40 chevaux chacune, toutes contrôlées par un seul controller. Ces moteurs peuvent fonctionner en série ou en parallèle et se commandent exactement comme des moteurs de tramways. Il y a un moteur à chaque bout de la voie ; les deux autres sont placés dans l’intervalle ; à égale distance l’un de l’autre et de l’extrémité voisine. Les quatre machines marchent à 850 tours par minute ; leur vitesse est réduite de 17 à 1 par un train d’engrenage. Chaque moteur porte une chaîne de 10,944 m. de longueur passant sur des roues à chaque extrémité. Ces roues à leur tour engrènent avec une grande chaîne longeant la courroie dans toute sa longueur. Cette dernière est placée au milieu de la courroie pour distribuer uniformément l’effort exercé. Les chaînes des moteurs sont pourvues extérieurement de dents qui engrènent la chaîne sans fin à la fois en haut et en Las. De cette façon, les petites chaînes actionnent continuellement une grande partie de la longueur totale de la courroie.

La superstructure est en acier et en béton. Les moteurs sont disposés dans le haut de façon à laisser le sol complètement libre.

On serait tenté de croire à première vue que le fonctionnement de cette courroie de 106 tonnes est à peu près impossible ou du moins très dispendieux. Il faut, toutefois, tenir compte du fait que la moitié descendante contre-balance la partie montante. La résistance à vaincre par les moteurs se réduit donc à peu près à celle des frottements et à la charge constituée par les véhicules et leur attelage. La pratique a d’ailleurs montré que le mécanisme ne réclame que le dix-septième de la puissance disponible. La capacité des moteurs est très supérieure à cr qui était nécessaire, ceci pour les cas où le service deviendrait très intense. On avait pensé aussi avant la mise en marche - il n’avait pas été possible de faire de modèle expérimental ou de procéder à des essais avant le complet achèvement de la voie - qu’il faudrait porter la manette du controller au 3e plot pour démarrer. La pratique a montré que le 1er plot suflit.

Le trajet s’effectue en 2 1/2 ou 5 minutes et sept ou huit camions chargés peuvent prendre place simultanément sur la plate-forme.

Émilio Guarini