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L’École internationale de l’Exposition

M. CHEVALÉ, Revue Scientifique 4e série - Tome XIII : N°14 - 7 Avril 1900

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 8 mars 2009

Je rappellerai d’abord les idées que l’École doit mettre en œuvre.

Ce que nous voulons créer, c’est une École de l’Exposition. Nous nous proposons d’aider l’élite du public à visiter l’Exposition avec fruit.

Nous voulons, grâce au caractère divers et synthétique de nos programmes, réunir et unir des publics des diverses classes sociales ; nous voulons aussi, par un enseignement en diverses langues, réunir et unir des publics de différentes nationalités.

Il est essentiel d’avoir toujours présentes ces idées directrices, car elles sont l’originalité et la raison d’être de notre entreprise : nous n’avons pas à refaire à l’Exposition des cours d’Universités, ni à doubler les Congrès spéciaux. Nous faisons, pour reprendre le mot très heureux que l’un de vous a prononcé l’autre jour, une œuvre d’éducation internationale.

Comment passer de ces idées à leur application pratique ?

La première tâche a été de déterminer et de classer les matières de notre enseignement.

Pour ce travail, nous avions une double base : la classification générale des objets exposés en groupes ; la classification générale des Congrès en sections.

Nous avons réuni sous un certain nombre de titres les groupes et les sections de Congrès qui nous ont pari se rapporter à un même ordre de matières, et nous avons obtenu le tableau suivant :

  • 1° Arts. (Congrès ; groupes I, III, XII.)
  • 2° Sciences historiques et géographiques. (Congrès VII ; groupe XVII.)
  • 3° Techniques industrielles et commerce. (Congres VI I, XII ; groupes IV, V, VI, XI, XIII, XIV, XV.)
  • 4° Agriculture. (Congrès VIII ; groupes VII, VItI, IX, X.)
  • 5° Médecine et hygiène ; (Congrès V, VI : groupe XVI.)
  • 6° Éducation et enseignement. (Congrès I, III, IV, : groupes I, III.).
  • 7° Économie sociale. (Congrès IX, X ; groupe XVI.,

On remarquera que dans ce tableau il n’y a pas de titre spécial pour les sciences proprement dites : mathématiques, physique, sciences naturelles. Les sciences théoriques ont leur place dans les Congrès de savants et dans les cours des Universités. Mais dans les programmes d’une École de l’Exposition, elles nous semblent devoir figurer seulement au point de vue de leurs applications techniques à l’industrie, à la médecine, ou dans les procédés pédagogiques de leur enseignement. Nous n’avons pas à faire de cours de sciences, mais à faire voir le progrès des sciences sous des espèces visibles, dans le perfectionnement des arts et des industries humaines.

La matière de l’enseignement étant ainsi divisée par grandes masses, il s’agit d’élaborer pour chacune de divisions des programmes détaillés.

Ces programmes, nous ne tentons pas de les établi priori, d’une manière forcément arbitraire. Nous av. recours, pour chaque section, à des hommes compétents à des spécialistes, et nous les prions de nous indiquera la fois les sujets de conférences les plus significatifs si les hommes les plus aptes à traiter tel ou tel de sujets.

C’est ainsi, par exemple, que pour la médecine et l’hygiène, M. Brouardel, notre vice-président, a bien voulu, en nous promettant son concours personnel pour une conférence, nous donner des indications sur l’organisation de la classe d’hygiène et les points sur lesquels doivent porter nos commentaires. Geotte nous a fourni un tableau des questions actuelles de la thérapeutique et de la chirurgie. Pour techniques industrielles, nous possédons un véritable mémoire où M. 011ivier a groupé les questions industrielles les plus caractéristiques du progrès moderne en deux séries : 1° vues générales sur l’évolution de quelques grandes industries au XIXe siècle ; 2° monographies d’industries et sujets spéciaux d’industries. Pour l’économie sociale, M. de Seilhac. secrétaire du groupe économie sociale, doit nous fournir tous les renseignements concernant l’organisation du groupe, et toutes les indications personnelles qui ont l’intelligence claire de sa classification. M. Gide a bien voulu nous promettre, dès qu’il aurait ces données précises entre les mains, de travailler à l’élaboration de cette partie de nos programmes.

M. Ch. Noufflard nous a dressé une liste des questions principales de colonisation et des conférenciers à qui nous pourrions nous adresser pour chacune d’elles.

Notre travail d’élaboration des programmes est certes bien loin d’être achevé j’ai voulu simplement soumettre aux lecteurs de la lierne la méthode que nous avons suivie jusqu’ici et donner une idée des résultats que nous en obtenons.

Cette méthode nous met en mains les éléments de programmes substantiels ; elle nous permet de nous constituer une réserve de sujets et de conférenciers, douté mobilisation sera prompte quand nous en viendrons l’établissement des programmes définitifs.

Les matières de nos programmes ainsi préparées s’agit de les répartir dans le temps, d’arrêter d’une façon générale l’ordre de succession de nos conférences. La question est des plus délicates et veut être examiné de très près.

Nos données sont les suivantes :

1° La forme de notre enseignement doit être relative à notre but d’éducation sociale et internationale :

2° La forme de notre enseignement doit être nature à nous attirer le plus possible de public.

J’aperçois trois grands modes possibles de répartition qui, d’ailleurs, peuvent être combinés entre eux.

En premier lieu, on pourrait songer à placer les matières l’une après l’autre, suivant un ordre rationnel de succession : mettre au début, par exemple, les sciences géographiques qui déterminent la répartition sur le globe des races humaines, des matières premières, etc. ; passer de là à l’agriculture, à l’exploitation des mines, puis aux industries proprement dites, etc.

Les inconvénients pratiques de cette méthode sont évidents : d’abord, si chaque matière a sa période où il en est traité exclusivement, nous n’aurons à chaque période qu’un public de spécialistes, ce qui n’est pas notre but ; ou plus probablement, nous n’aurons pas de public du tout,car les spécialistes ont leurs Congrès spéciaux qui les attireront naturellement beaucoup plus que notre École.

Une autre méthode consisterait à établir une série le conférences embrassant toutes les matières dans un ordre rationnel de succession et s’achevant, dans un délai d’un ou deux mois. Cette série serait plusieurs fois recommencée. Je ferai deux objections contre l’emploi de cette méthode. En premier lieu, le délai d’un ou deux mois est trop bref pour développer, d’une façon intéressante, un cycle d’enseignement si vaste et si varié. En second lieu, le même délai est trop long : car combien y aura-l-il de personnes, dans notre public, qui pourront ou voudront consacrer un ou deux mois à suivre nos conférences’ ?

Le troisième mode de répartition consisterait à faire marcher de front, pendant toute la durée de l’École, les diverses divisions de l’enseignement.

Aucune de ces trois méthodes ne nous paraît devoir être adoptée d’une façon exclusive. Mais elles peuvent tire combinées, et voici comment nous entendons cette combinaison.

En principe, nous voudrions que la plupart des ma-tières, sinon toutes, fussent constamment représentées aux programmes ; il le faut, pour que notre enseigne-nient développe chez les auditeurs la vision synthétique des arts et des sciences ; il le faut, pour que notre École mette en contact des hommes de culture et de classes différentes ; il le faut, enfin, pour qu’à toute époque, toute personne puisse trouver dans nos programmes quelque chose qui l’intéresse.

liais il n’est pas nécessaire que toutes les matières soient également représentées en tous temps. Nous pou-ions donner successivement la prédominance à telle ou telle matière ; notre enseignement y gagnera d’avoir à tout moment une certaine unité.

Comment déterminer la succession de ces prédominances ?

Nous devons le faire, à mon sens, par des considérations toutes pratiques : il faut prévoir le genre de public qui nous viendra aux différentes époques et adapter notre

En mai et juin, les professeurs et étudiants sont retenus par leurs travaux ; c’est la saison élégante de Paris c’est le moment où la société mondaine a l’habitude de visiter les Expositions artistiques. C’est aussi le moment que nous choisirons pour placer les questions d’art au premier plan dans nos programmes. En août et, septembre, les membres de l’enseignement sont libres ; nous leur offrirons en grand nombre les conférences sur des sujets d’éducation, les visites des classes d’enseignement.

Nous avons encore d’autres bases de prévisions : connaissant les dates des Congrès spéciaux et le nombre d’adhérents que chacun d’eux dès aujourd’hui réunit, nous saurons qu’à telle époque déterminée, il y aura à Paris affluence de gens spécialement intéressés à tel ordre de matières.

Enfin, dans les circulaires au public que nous allons très prochainement répandre, nous demandons à chacun d’indiquer, sur son bulletin d’adhésion (ou de demande de renseignements), le moment probable de son séjour à Paris et l’ordre de matières auxquelles il s’intéresse.

Telles sont les bases toutes pratiques sur lesquelles nous proposons d’établir l’ordre des prédominances successives de nos différentes matières d’enseignement.

On peut élever une objection contre cette manière purement pratique de composer les programmes : dans ce système, notre enseignement aura-t-il vraiment le caractère synthétique que, nous voulons lui donner ? Sera-t-il à la fois assez universel et assez un ?

La réponse à cette objection, nous pensons la trouver dans la division de nos conférences en deux séries, division que vous connaissez déjà, car plus d’une fois nous avons eu à l’exposer devant vous, et dans les discussions de notre dernière séance, elle a été précisée et mise en vive lumière, notamment par M. le Président de notre groupe français.

Le plus grand nombre des conl’érences doit avoir un caractère pratique, se rapporter directement à l’Exposition, préparer la visite des galeries, voire accompagner la visite des galeries : ce sont des leçons-guides. Mais on s’est accordé à regarder comme nécessaire qu’il y eût parallèlement à la série des leçons-guides une autre série beaucoup moins nombreuse de conférences d’ordre plus général, de caractère plus solennel, faites par des hommes capables d’attirer le public par l’éclat de leur nom. Dans cette série de conférences, nous ferons tous nos efforts pour introduire un ordre de succession rationnel, ou tout au moins régulier, plaçant côte à côte les sujets qui se rapportent à une même branche de connaissances.

De plus, ces conférences seront sténographiées et imprimées par fascicules : nous tiendrons à la disposition de notre public ces fascicules, qui constitueront un enseignement écrit portant le caractère d’universalité et de risquerait de ne pas se dégager de l’enseignement oral. Tout ce système peut se résumer ainsi :

  • 1° En principe, toutes les matières d’enseignement sont constamment représentées aux programmes ;
  • 2. La prédominance appartient successivement à chaque ordre de matières ;
  • 3° Une série de conférences générales imprimées par fascicules donne à l’ensemble de l’enseignement son caractère d’unité synthétique.

Ces grandes lignes ainsi établies, tâchons d’arriver progressivement au détail d’organisation.

Nous ne pouvons pas espérer que nos auditeurs suivent du commencement jusqu’à la fin toute la série de nos conférences ; la plupart, venus à Paris spécialement pour l’Exposition, y feront un sêjour assez court. Il importe donc que, dans une certaine période de temps à déterminer, nous donnions une collection de conférences constituant un ensemble satisfaisant pour l’esprit des auditeurs. Quelle sera cette unité de temps ? Elle nous paraît devoir être la semaine. C’est la période la plus nette, la plus populaire. La quinzaine et la semaine : telles sont, je crois, les durées habituelles du séjour à Paris de ceux qui y viennent pour l’Exposition. Pour la détermination de notre unité de temps, il est clair qu’il faut prendre un minimum.

Dans chaque semaine, nous plaçons au moins une conférence d’ordre général, une conférence à éclat. Autour de cette conférence, nous groupons un certain nombre de conférences spéciales ou de leçons-guides. Le nombre de ces conférences ne me paraît pas devoir être fixé a priori, car il est relatif’ au nombre des auditeurs : en effet, si le public est nombreux, il est indispensable de lui offrir un grand nombre de conférences, entre lesquelles il puisse diviser : les leçons-guides dans les galeries ne peuvent être suivies avec fruit que par un petit groupe d’une quarantaine au plus d’auditeurs. Le nombre de 10 conférences par semaine me paraît correspondre à l’hypothèse d’une assiduité de 100 auditeurs.

La conférence générale et une moitié des leçons-guides seront relatives à un même ordre de matières : par exemple, pendant une ou plusieurs semaines, aux questions d’art ou d’éducation.

Nous aurons donc dans chaque semaine :1° une ou deux conférences générales, et quatre ou cinq leçons-guides sur un certain ordre de matières qui changera de semaine en semaine ; 2° quatre ou cinq leçons-guides sur des sujets variés.

Nous ne donnerions qu’une idée fort incomplète de la physionomie de l’École internationale, telle que nous la concevons, si nous nous bornions à exposer les programmes de son enseignement. Le mot même d’enseignement n’est-il pas trop étroit, trop scolaire pour caractériser notre œuvre ? Nous voulons offrir une aide intellectuelle, des renseignements précis et des vues d’ensemble à une élite de public, à des esprits désireux de tirer un sérieux profit de cette Exposition où tant de gens passeront sans y voir autre chose qu’un grand marché ou un lieu de plaisir. Ceux qui viendront à nous seront par cela seul triés de la masse, ce sont des gens qui se touchent par une partie de leur âme, qui sont capables de sympathiser et de profiter du contact réciproque. Et nous désirons qu’ils profitent pleinement de ce contact. Voilà pourquoi nous attachons une importance capitale aux services de l’École autres que les conférences.

Les conférences auront lieu, autant que possible, le matin. Dans l’après-midi, nos salles se transforment en salons de réunion et de causerie, où nos membres de toutes nationalités trouvent un refuge contre l’agitation et le bruit de l’Exposition et de Paris ; l’École internationale est un cercle international permanent. Deux ou trois fois par semaine, nous organiserons des visites de Paris, et nous tâcherons de faire en sorte que chaque semaine l’une de ces visites soit une véritable réception offerte à nos membres dans un de nos grands établissements publics, comme la Bibiothèque Nationale, le Muséum, les Musées artistiques, etc. Nous espérons que le cercle de ces visites et de ces réceptions pourra s’étendre 4 hors des limites de Paris, aux environs immédiats et aux villes voisines (Chartres, Rouen, etc.).

Enfin, le secrétariat de l’École sera constamment ouvert à nos membres : étrangers et provinciaux seront heureux d’y trouver les renseignements d’ordre pratique ou scientifique qui les aideront à tirer de leur séjour à Paris le plus possible d’agrément et de profit.

Pour la préparation de ces divers services, pour la conduite des visites dans Paris, des excursions, pour l’organisation du bureau de renseignements, nous avons recours à des volontaires à qui l’œuvre plaît, qui veulent la servir et se partagent les tâches. Ce sont les commissaires de l’École internationale. Nous sommes déjà assurés, pour cette partie de notre œuvre, de plusieurs concours dévoués et précieux.

Ainsi, dans l’idée que nous nous en sommes faite, l’École in ternationale est tout autre chose qu’une suite de leçons sur des sujets scientifiques variés. Elle est une société d’un caractère original, douée d’une existence propre.

Nous aspirons à envelopper dans nos organisations la vie entière de nos membres, à les soustraire à l’étour dissement du Paris des temps d’Exposition, pour les faire vivre dans une atmosphère plus saine et plus pure. Des hommes sont assemblés à l’occasion de la grande « foire du monde » ; nous aspirons à les unir dans un même esprit de curiosité intellectuelle désintéressée et de fraternité largement- humaine.

Cela, nous ne le dirons pas dans nos circulaires propagande : mais c’est le fond de notre pensée.

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