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Le vieux Paris à l’exposition de 1900

Albert Tissandier, La Nature N°1393 — 3 février 1900

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 17 juillet 2011

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Nous avons déjà parlé de la restitution du Vieux Paris lors du commencement de sa création sur le quai de Billy près du pont de l’Alma [1]. Actuellement l’œuvre de M. Robida est fort avancée et tout sera prêt sans nul doute à la date d’ouverture. Les rues principales et les ruelles sont pavées, les sculptures et agréments extérieurs qui doivent orner les façades des maisons de bois et des monuments plus importants, sont posés. Il ne reste plus à faire que des travaux de décorations intérieures, encore sont-ils achevés dans maints endroits.

La belle salle située au-dessus des halles et qui doit servir de grand théâtre est fort imposante d’aspect avec ses superbes charpentes en bois apparents et ses galeries ornées de balustrades sculptées. Du dehors, on aurait peine à se figurer la grandeur du Vieux Paris. Il serait difficile de se rendre compte que cette salle du grand théâtre des halles, peut contenir aisément 1900 personnes et que ces abords seront larges et faciles pour une grande circulation de spectateurs. Dans le palais du Vieux Châtelet, la salle du premier étage servira également de salle de spectacle. On y représentera des mystères et on y jouera de pièces anciennes. Cette salle sera très riche comme décoration : les deux extrémités seront occupées par de larges fenêtres en ogive, garnies de vitraux ; sur les bas-côtés, des galeries formant loges contiendront des spectateurs. De grandes statues de rois aux costumes brillants rehaussés d’or, compléteront avec la voûte peinte bleu d’azur et toute fleurdelisée la décoration de cette élégante salle qui pourra contenir au moins 600 personnes.

La jolie petite chapelle Suint-Julien des Ménétriers est presque achevée. On peut admirer déjà les sculptures gracieuses de son portail composées de chérubins aux ailes déployées jouant chacun d’un instrument différent et de statues originales de saints divers. L’église Saint-Julien des Ménétriers était autrefois située rue Saint-Martin non loin de l’église Saint-Méry. Jacques Grure et Hugues le Lorrain, deux jongleurs qui vivaient en l’an 1321, fondèrent cette église en ayant soin de construire tout auprès un hôpital. Cet hôpital servait aussi d’asile aux ménétriers et aux jongleurs étrangers qui passaient par la ville de Paris.

Grure et Hugues eurent grand’peine à achever leur œuvre, car c’est par des quêtes nombreuses qu’ils arrivèrent à réunir la somme suffisante aux frais de la construction. En 1335, tout était enfin terminé, mais il fallait encore songer à l’entretien d’un chapelain. Les ménétriers, jongleurs et jongleresses en payèrent les frais. Ces braves gens avaient formé une corporation à Paris ; ils habitaient la même rue, celle des jongleurs qui devint plus tard la rue des Ménétriers. Elle a disparu lors du percement de la rue de Rambuteau en 1838. Cette corporation était gouvernée par un « Roi » et par le prévôt de Saint-Julien. Les ménétriers, ainsi associés, avaient seuls le droit de jouer de leur musique aux fêtes et aux noces qui se célébraient dans Paris. Si les ménétriers étrangers s’y présentaient et s’ils osaient s’y faire entendre, ils étaient aussitôt condamnés à une amende, Le dessin (fig. 1) représente le carrefour de Saint Julien des Ménétriers qui devait être si joyeux al XIVe siècle. Nous aurons en 1900, durant toute Il durée de l’Exposition, des concerts sacrés donné ! par les chanteurs de l’église Saint-Gervais, dans cette chapelle Saint-Julien du Vieux Paris.

La figure 2 donne l’aspect de l’ancienne rue du rempart qui commençait il la rue Saint-Honoré pour finir à la rue de Richelieu, non loin aujourd’hui de la place du Théâtre-Français. Cette rue fut construite sur l’emplacement d’une partie du rempart achevé en 1383 qui se joignait à la porte Saint-Honoré. En 1636 cette petite rue fut appelée rue Champin, elle avait sans doute encore ses jolies maisons en encorbellement avec bois apparents et leur pignon élevé. Bientôt on lui rendit son premier nom.

En 1850, la rue du Rempart existait encore ; elle a disparu par suite des travaux de la rue de Rivoli prolongée, l’emplacement occupé par la place du Théâtre-Français et l’avenue de I’Opéra.

Nous voyons figure 3 la maison et le cabaret fameux de la Pomme de Pin, à la mode pendant le siècle de Louis XIV, mais qui longtemps avant, avait déjà une grande renommée. C’était une véritable taverne littéraire, peut-être un peu comme celle du Chat Noir qui eut tant de succès ces dernières années. Le poète François Villon, qui mourait en l’an 1489, parle dans ses poésies de : « la Manière d’avoir du vin », du cabaret de la Pomme de Pin, ainsi que dans son « Grand Testament », strophe XCI.

Notre figure 4, enfin, donne un aperçu des maisons pittoresques qui longeaient la Seine du temps de François 1er, quai de l’école. Sur le plan de tapisserie (1512-1547), on voit près de Saint-Germain-l’Auxerrois, le long du fleuve, un emplacement marqué sous le nom de « École Saint-Germain ». Celui de Mathieu Merian 1615 en fait mention également, il indique « l’Escolle Saint-Germain » qui commençait alors au Pont-Neuf pour finir à la Tour du Bois, l’une des dépendances du Louvre.

Cette tour était située en face la tour de Nesles, c’est-à-dire, aujourd’hui non loin du pont des Arts.

Nous ne pouvons donner ici la description de tous les souvenirs archéologiques qui bientôt vont renaitre pour le public au Vieux Paris. Les quatre dessins que M. Robida a bien voulu nous prêter donnent une faible idée des charmants aperçus que la foule s’empressera d’y contempler. Il est facile d’imaginer dès aujourd’hui l’aspect pittoresque que toutes les rues et places du Vieux Paris devront avoir lorsqu’elles seront peuplées par les marchands, les cabaretiers, les bateleurs et musiciens, les veilleurs de nuit. en costume du temps. Actuellement, une visite aux travaux du Vieux Paris est intéressante et déjà même fort amusante, On ne saurait voir, en effet, un endroit artistique plus séduisant.

Albert Tissandier