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La restitution du Vieux Paris, travaux de l’exposition de 1900

Albert Tissandier, La Nature N°1348 - 25 mars 1899

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 8 mai 2009

Support independent publishing: Buy this book on Lulu.Depuis plusieurs mois, les nombreux promeneurs qui passent sur le pont de l’Alma et le long du quai de Billy, remarquent avec curiosité les grands travaux qui s’exécutent sur la berge de la Seine. La première partie de ces travaux terminée depuis quelque temps, avait pour objet la construction d’une vaste plate-forme de 260 mètres de longueur sur laquelle on commence à édifier une petite ville qu’on appelle déjà la Restitution du Vieux Paris.

La plate-forme construite a 21 mètres de largeur en amont ; dans son milieu elle a 25 mètres et en aval 22 mètres, ce qui lui donne une superficie totale de 6000 mètres carrés environ, en y comprenant la surface laissée libre par la démolition du parapet du mur de quai. Pour soutenir cette plate-forme qui constitue le plancher de fondation du Vieux Paris, le travail a été considérable. Il a fallu exécuter sur la Seine, sous la surveillance et le contrôle des Ingénieurs de la navigation, un battage de pieux dont les files consécutives ont d’axe en axe un écartement variant de 1,60m à 2,50m. Ces pieux, en bois de sapin, provenant des sapinières des départements de l’Orne et de l’Eure, ont une longueur d’environ 15 mètres et un diamètre de 1 mètre. On en a battu près de 900, qui forment une longueur totale d’environ 11 kilomètres et près de 900 mètres cubes de bois.

Les pieux sont recépés après battage au refus à l’altitude de 31,35m. Le niveau moyen des eaux étant à la cote 27 (retenue horizontale de Suresnes), ils émergent de 4,35m. L’altitude de 31,35m correspondant au plus haut niveau des crues de la Seine pendant ces dernières années, la plate-forme se trouvera assurée contre tout danger d’inondation.

Les pieux ont été battus à l’aide d’un mouton automoteur à vapeur pesant 1000 kilogrammes qui parfois a dû frapper jusqu’à 500 coups pour donner à un seul d’entre eux 4 mètres de fiche, c’est-à-dire moins de 1 millimètre par coup.

Ils sont tous reliés entre eux par quatre coins de moises horizontales orientées en plan suivant deux directions perpendiculaires, l’une étant parallèle au fil de l’eau, Les deux autres sont placées 5 mètres plus bas et sont fixées sur chaque pieu au moyen de forts boulons. Ces moises inférieures ainsi que les longitudinales supérieures sont en bois de sapin. Les moises transversales supérieures sont constituées par des pièces d’acier profilé et la liaison des pieux dans le sens du courant est complétée par la pose de contre-fiches embrassant trois pieux sur lesquels celles-ci sont boulonnées. C’est au-dessus de ces moises supérieures que le plancher formé d’épais madriers de sapin est posé. Nous ne pouvons ici entrer dans tout le détail de cette intéressante construction, mais nous dirons que, d’après le calcul des Ingénieurs des ponts et chaussées, le travail a été exécuté de telle façon que chaque mètre carré de la plate-forme peut supporter un poids de 4000 kilogrammes, tandis que le Ministère des travaux publics ne demande que 400 kilogrammes pour les ponts et passerelles. Toute sécurité est donc parfaitement assurée dans cette construction.

C’est en amont, ayant vue sur le pont de l’Alma, que sera l’entrée du Vieux Paris, figurée par la porte Saint-Michel dont on voyait dernièrement poser les premières pièces de charpentes nécessaires à sa construction (fig. 1). Actuellement, les travaux ayant été poussés activement, la porte Saint-Michel commence à prendre son aspect définitif. Nous représentons la façade principale (fig. 3) et la façade postérieure (fig. 2). C’est grâce à l’obligeance de M. Robida, l’artiste bien connu et notre collaborateur à La Nature, que nous pouvons publier par avance ses dessins. C’est lui d’ailleurs qui a composé et restitué, avec sa fantaisie originale, toutes les façades et combiné tous les aperçus pittoresques du Vieux Paris, aidé pour la partie technique de l’architecte, M. Léon Benouville. On voit sur le plan célèbre, dit de tapisserie, daté de l’an 1512 à l’an 1547, dont l’original peint à la gouache a été malheureusement brûlé pendant l’incendie de l’Hôtel de Ville en 1871, cette porte Saint-Michel située à l’extrémité de la rue de la Harpe. Elle existait à peu près sur l’emplacement actuel du carrefour formé par la rue Soufflot, la rue de Médicis et le boulevard Saint-Michel, près du jardin du Luxembourg.

Une fois la porte Saint-Michel passée, le public aura partout à contempler des vues curieuses de l’ancien Paris. Par suite de l’habile aménagement des petites rues, des places publiques et des détours savamment distribués, on aura à parcourir près d’un kilomètre. Les visiteurs verront une partie du Pont au Change bordé de ses maisons du XVIe siècle et pénètreront dans le Châtelet. Ils passeront aussi dans la cour de la Sainte-Chapelle où se trouvait l’élégant escalier du temps de Louis XII qui conduisait à la Cour des Comptes.

Dans le théâtre des Halles, il y aura des concerts, et des artistes joueront des comédies et des farces anciennes. La rue des Écoles avec ses maisons de bois apparents et ses hauts pignons, l’église Saint-Jean des Menestriers, la rue de la foire Saint-Laurent ornée d’une quantité de jolies boutiques reconstituées, offriront un aspect des plus attrayants.

Du côté de la chaussée du quai de Billy, le long des murs crènelés du Vieux Paris, un grand nombre d’échoppes amusantes seront installées et des bateleurs de toutes sortes réjouiront par leur boniment le public ébahi. Vers la Seine, les vieilles maisons aux silhouettes pittoresques, avec leurs terrasses et leurs balcons sculptés ornés de fleurs, auront de grandes salles destinées aux restaurants et aux fêtes. L’ensemble général de toutes ces constructions diverses ne peut manquer d’être très original. Il faut souhaiter que le Vieux Paris ait auprès du public autant de succès que la rue du Caire de la dernière Exposition.

Albert Tissandier

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