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La joaillerie pendant la renaissance

La Science Illustrée N° 565, 24 Septembre 1898

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

Nous avons vu avec quelle profusion les pierres précieuses étaient employées au moyen âge (voir les n°562 et 563) non seulement dans l’orfèvrerie civile et religieuse, mais encore dans la parure. Pendant toute la première moitié du XVIe siècle, elles sont, au contraire, presque bannies du bijou, orné seulement de ciselures. La matière n’est plus rien, au cours de cette période qui correspond à un si merveilleux épanouissement de l’art sous toutes ses formes ; seul le travail de l’artiste est tout.

La fin du XVIe siècle, avec lequel se termine la Renaissance, est au contraire marquée, sous les derniers Valois, par un engouement inouï pour les pierres précieuses de tous genres.

C’est en Italie qu’eut lieu d’abord cette rénovation qui devait se propager bientôt dans toute l’Europe ; elle se fit sentir dans l’orfèvrerie et la joaillerie comme dans tous les autres arts. Le plus célèbre des orfèvres italiens du XVIe siècle est certainement Benvenuto Cellini. Grand sculpteur, bijoutier incomparable. il excellait aussi dans l’art de monter les gemmes, les cristaux, les vases, coupes et autres objets en matières rares et précieuses. « Le cabinet des gemmes de la galerie de Florence, dit M. Ferdinand de Lasteyrie, a longtemps conservé, comme étant de lui, une ravissante coupe de lapis-lazuli à trois anses émaillées ornées de diamants, et le couvercle émaillé d’une coupe en cristal de roche provenant du trésor des Médicis ... A Munich, on conserve également une coupe de forme très bizarre en corne de rhinocéros, dont la riche monture, toute composée de figurines et d’ornements en or émaillé, passe pour être l’œuvre du grand orfèvre florentin. Notre Louvre lui-même possédait autrefois une magnifique aiguière en onyx à monture du même genre, due à Benvenuto Cellini, qui se trouve actuellement, Dieu sait comment, en Angleterre, dans la collection de M. Beresford Hope. »

Cellini a réuni dans un petit livre toutes les méthodes employées de son temps dans les travaux délicats de la joaillerie. Nul n’en pouvait parler avec plus de compétence que lui.

En France, les débuts du XVIe siècle sont peu favorables aux arts et à l’industrie de luxe. Les guerres lointaines avaient épuisé à tel point les finances de l’État, qu’en 1506, Louis XII interdit aux orfèvres de fabriquer, sans autorisation préalable, la vaisselle en métal précieux et limita à trois marcs au maximum le poids des objets qu’ils pouvaient mettre dans le commerce. Cette ordonnance n’empêcha pas le goût du luxe de se répandre et les expéditions en Italie contribuèrent pour une part notable à son extension.

Le travail des pierres rares atteint sous les Valois une grande perfection ; la plupart des pièces d’orfèvrerie religieuse de cette époque ne sont en réalité que d’élégants joyaux. Après son sacre, Henri II donna à la cathédrale de Reims un beau groupe de la Résurrection, dont les personnages sont groupés autour d’un tombeau creusé dans un magnifique morceau d’agate. L’inventaire des joyaux trouvés à Fontainebleau, après la mort de ce roi mentionne un Ecce homo dont le haut du corps est en nacre, un groupe de figures d’or émaillé fixé sur un grand rocher de corail. Ces objets ont un caractère absolument différent de celui de l’ancienne orfèvrerie religieuse.

Sous le règne des derniers Valois, « l’éclat du diamant et des perles, dit M. de Lasteyrie, éclipsa tout à coup celui de I’or et de l’argent ; l’éblouissante industrie de joailler, si bien appropriée au goût d’une cour efféminée, fit rejeter au second plan l’art exquis de l’orfèvre ».

Les colliers, les bagues, les bracelets, se couvrent de pierres précieuses, de perles ; les perles en poire, en particulier, sont l’objet d’un engouement incroyable. Les hommes portent à l’oreille gauche une boucle d ’oreille, Les portraits de Henri II et du duc de Guise par Clouet (musée du Louvre), mettent en évidence cette mode efféminée. Sur une monnaie du cabinet des médailles, Henri III est figuré avec une boucle d’oreille à deux pierres rondes superposées.

Les épingles garnies de gemmes suspendues, ou ballaux, sont en faveur chez les femmes ; l’inventaire de Gabrielle d’Estrées (1599) en mentionne neuf de diamant avec leurs aiguilles d’or. Cet inventaire récemment mis à jour nous étonne par son incroyable richesse. On y voit deux salières en lapis montées en or émaillé ; une autre de cristal dont la monture contenait quatorze diamants et quatre rubis ; un petit oiseau dont le dos est orné d’un large rubis, etc. La valeur intrinsèque de tous ces objets remporte certainement de beaucoup sur leur valeur artistique.

Pendant la Renaissance, la glyptique fut cultivée par un grand nombre d’artistes de valeur. Les premiers qui vinrent en Italie furent les graveurs de Constantinople après la prise de cette ville par les Turcs. Grâce à leurs indications, la glyptique vit renaître de beaux jours. Le foyer principal de ce mouvement fut la Toscane, sous Laurent le Magnifique et Pierre II, avec des artistes tels que Giovanni delle Corniole (des Cornalines), Domenico de Cammei (des Camées), Michelino, etc.

En France, Julien de Fontenay dit Coldoré, valet de chambre de Henri IV, fut le premier de nos compatriotes dont les œuvres se firent remarquer. Le Milanais Clément Birague, qui vivait au XVIe siècle, passe pour avoir réussi le premier à graver le diamant.