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La joaillerie dans les temps modernes

La Science Illustrée N° 571, 5 Novembre 1898

Mis en ligne par Lauryn le samedi 28 février 2009

Le XVIIe siècle est, pour la joaillerie, une grande époque ; elle envahit complètement la bijouterie. Cet engouement extravagant pour les pierreries avait commencé, ainsi que nous l’avons vu dans un précédent article, sous les derniers Valois.

Les traditions d’art des grands orfèvres de la Renaissance semblent alors perdues ; les bijoux ne sont plus ciselés, ils n’ont plus d’autre valeur que celle des gemmes dont ils sont formés.

Ce n’est pas seulement en bijouterie qu’on abuse des pierres précieuses au début du siècle de Louis XIV ; les vêtements eux-mêmes en sont couverts d’une façon ridicule.

On connaît la sotte aventure qui arriva à Marie de Médicis. Pour le baptême de son second fils, cette reine avait fait exécuter une robe de gala ornée de trois mille diamants et de trois mille deux cents autres pierres précieuses ; mais, une fois faite, il se trouva qu’elle était si lourde que la reine dut renoncer à la porter. Bassompierre, beaucoup plus fort que Marie de Médicis, portait, au même baptême, si l’on en croit les chroniqueurs, un habit orné et brodé de cinquante livres de perles.

L’orfèvrerie religieuse employait aussi les pierres précieuses, mais avec plus de modération.

Nous voyons cependant, en 1636, Richelieu, généreux à ses heures, offrir à Louis XIII, son maître, une magnifique « chapelle d’or », c’est-à-dire une garniture d’autel comprenant une croix, un ciboire, un calice et sa patène, deux burettes, un goupillon, deux statuettes et deux grands chandeliers, le tout orné de 224 rubis et de 9000 diamants.

Le règne de Louis XIV est l’époque des pièces massives en or et en argent ; les pierres précieuses sont moins employées en orfèvrerie profane et religieuse, mais elles dominent dans le bijou, qui devient, de plus en plus, œuvre de joailler. Les diamants rapportés en abondance par les grands voyageurs de l’époque, surtout par Tavernier, brillent au cou des femmes, autour de leurs poignets. Taillés en briolette, c’est-à-dire munis de nombreuses facettes sans table ni culasse, ils sont suspendus aux oreilles ou tombent sur le milieu de la poitrine en pendant de cou. Pour cette destination, la forme en poire domine.

Les pierres précieuses ornent encore souvent les vêtements des courtisans et ceux du roi dans les grandes cérémonies. Lorsque le grand roi reçut les ambassadeurs siamois, assis sur un trône d’argent, son costume était tellement alourdi par l’or et les pierreries qu’il fut obligé de le quitter .

La loi somptuaire de 1672 et surtout la. révocation de l’édit de Nantes (1685) firent un tort énorme à la joaillerie française, comme à la plupart de nos industries de luxe, Parmi les nombreux artistes qui s’expatrièrent alors plutôt que de renier leur foi, il faut citer le célèbre joailler Gilles Légaré, qui se retira dans les nouvelles colonies d’Amérique. D’un autre côté, les fontes de 1689 et de 1709, occasionnées par le malheur des temps, détruisirent une foule d’objets d’art, sans remédier d’une façon notable à la pénurie des finances royales.

Sous Louis XV, même engouement pour les pierres, qui ornent non seulement les bijoux proprement dits, mais encore une foule d’autres menus objets récemment introduits par la mode, notamment les pommes de canne et les tabatières. Ces dernières étaient souvent revêtues d’une décoration en mosaïque de pierres dures formant, par leur ensemble, de petits tableaux.

La splendide collection Lenoir, au musée du Louvre, en offre maints exemples.

Parmi les joaillers les plus célèbres de l’époque, il faut citer Claude Ballin, qui fit, pour le sacre de Louis XV, une petite couronne dans la composition de laquelle entraient deux des plus beaux diamants connus : le Sancy et le Régent. Celle de Louis XVI fut faite par Auguste.

La gravure sur pierre fine, si abandonnée au XVIIe siècle que certains de ses procédés disparurent, reprit, au siècle suivant, un nouvel essor. Des artistes de valeur, comme Jean Pichler, s’élevèrent presque à la hauteur des plus habiles graveurs de l’antiquité. Sous le Directoire, la faveur dont jouissait la glyptique s’accroît encore ; les camées et les pierres gravées font fureur dans la parure. Pendant le premier Empire, les camées prirent une place importante dans la parure féminine ; on rechercha surtout les pièces antiques, ce qui s’accordait avec le style gréco-romain, adopté par l’architecture et les arts somptuaires.