Ajouter ce site à vos favoris ! | Rejoignez-nous sur Google+ |

Accueil > Articles scientifiques > La science dans l’art > Armement du Moyen Age et de la renaissance > L’épée

L’épée

G. Angerville, La Science Illustrée N° 690 —15 février 1901

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 16 août 2013

JPEG - 270.2 ko

L’épée, arme d’estoc par excellence, se trouve, sous différentes formes et dimensions, chez tous les peuples et dans tous les temps.

Les Assyriens, d’après les bas-reliefs découverts à Ninive, portaient une épée courte, large, aiguë et à deux tranchants. Sa poignée était un simple manche, sans garde ni croisée.

L’épée des Grecs, à l’époque de Troie, si l’on s’en rapporte aux descriptions d’Homère, ne différait pas sensiblement de la précédente. Plus tard, ils en augmentèrent la longueur, lui donnèrent le profil d’une feuille de saule ; et l’emmanchèrent à la poignée par une. large soie et des rivets.

Dans le principe, les Romains eurent une épée à peu près semblable, mais après Scipion ils prirent l’épée des Espagnols, très courte, qui se portait du côté droit. Pendue à un baudrier en écharpe, elle descendait à mi-cuisse, avait au plus 0,40m de longueur et n’était pas sans analogie avec le sabre-baïonnette de l’infanterie française du second empire.

Sur la colonne Trajane, l’épée apparaît déjà sensiblement plus longue. Plus tard on en trouve de tous les modèles. Beaucoup sont très ornées surtout à la poignée. Ivoires, bois, clous de métal, pierreries concourent à leur décoration.

Les Gaulois, dont la métallurgie était peu avancée, employaient des épées longues et larges, ordinairement en fer, souvent en cuivre ou en bronze comme on peut en voir dans nos musées. Leurs épées de fer, mal trempées, furent une des causes de leurs défaites dans les combats qu’ils soutinrent contre les Romains ; elles se ployaient aux premiers coups et tandis que le Gaulois la mettait sous le pied pour la redresser, son ennemi le perçait de son glaive.

Chez les Francs de Clovis, seuls ; les chefs et les soldats d’élite portaient une épée plate, aiguë, tranchante des deux côtés, munie d’une poignée de bois, souvent décorée d’incrustations de cuivre. La lame était de fer non trempé.

Pendant la première partie du moyen âge, l’épée, que l’on portait sur le côté gauche, est courte, large au talon, progressivement diminuée pour former la pointe, divisée nettement en deux tranchants par une arête médiane.

Sa poignée, ornée souvent d’émaux, de filigranes et de cabochons, avait des quillons droits figurant une croix.

Plus tard la forme se modifie, la lame se transforme. On voit des épées d’un très grand nombre de modèles : flamberges, flambars, allemelles, espadons, guindrelles, etc.

Au XVIe siècle, l’arme se complique quant à la poignée. En plus du pommeau ou boule qui la terminait, de la fusée ou poignée proprement dite, des quillons ou branches transversales qui dessinent une croix avec la fusée, on voit apparaître la garde et la contre-garde, plaques de fer de chaque côté de la fusée et perpendiculaire à son axe ; des pas d’âne, anneaux partant des quillons et se recourbant sur la lame et dans son plan, enfin une seconde garde entre les deux extrémités du pas d’âne.

« L’épée dont se servaient les gens d’armes, dit M. Lacombe, était plus simple. Des diverses pièces, que nous venons d’énumérer, elle n’avait en général que les gardes. L’épée de ville, au contraire, offre le plus de complications. Elles eurent à l’origine un but utile, celui d’arrêter ou d’engager à faux l’épée de l’adversaire, mais devinrent en bien des cas de purs. motifs d’ornementation. »

C’est au XVIe siècle qu’apparaissent l’estoc, grands épée qui se portait à l’arçon droit de la selle, l’épée ordinaire étant au côté gauche, l’épée à deux mains, arme distinctive des lansquenets qui, en marche, se portait sur le dos, comme une guitare ; le braquemard, arme courte, plate, très large, très tranchante des deux côtés.

Parmi les épées de ville, le verdun, épée étroite et longue portée à cheval seulement ; la rapière, arme de duel par excellence ; à lame longue et effilée, tranchante vers le bout, munie comme garde d’une coquille percée dune multitude de trous pour engager et briser la pointe de l’adversaire :

La coquille est, le plus souvent, ciselée et repercée avec une délicatesse, une légèreté étonnantes.

Sous Louis XIII l’épée commence à se simplifier, ou tout au moins sa poignée.

Sous Louis XIV apparut une nouvelle épée de duel, la colichemarde, corruption de Kœnigsmark, nom de son inventeur. Commençant par une lame assez large, elle se rétrécit carrément à une certaine hauteur et se termine en un carrelet très effilé, Le talon étant relativement, lourd, par rapport à la pointe ainsi allégée, présentait cet avantage de reporter tout le poids de l’arme, dans la main du combattant, disposition qui facilitait l’exécution compliquée des passes d’escrime.

Presque tout le monde alors portait l’épée dont l’usage, à la ville, ne disparut complètement qu’avec la Révolution. On sait qu’elle n’est plus portée aujourd’hui dans les carrières civiles que par les membres de quelques administrations et par ceux de l’Académie.

Sa décadence est des plus complètes.

G. Angerville