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Les hallebardes

La Science Illustrée N° 667, 8 Septembre 1900

Mis en ligne par Lauryn le dimanche 22 février 2009

La hallebarde est une arme d’hast d’origine suisse qui fut introduite en France vers le milieu du règne de Louis XI, en 1470. C’est une sorte de lance à fer très long portant, transversalement, une hache ou un croissant qui se prolonge souvent, du côté opposé, par une pointe, un croc ou un marteau ; une douille permet d’emmancher ce fer à l’extrémité d’une hampe de bois.

De Louis XI à François 1er, la hallebarde eut, comme arme de guerre, une vogue qui tint à l’habileté et au courage des soldats suisses qui savaient la manier aussi bien que la pique.

« Après la défaite de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, par les soldats de cette nation, dit M. Lacombe, dans son livre intéressant sur les armes et les armures, il fut un temps où aucun souverain ne se croyait sûr de la victoire s’il n’avait des Suisses parmi ses troupes. La hallebarde et la pique, en suite des mêmes idées, passèrent pour les seules armes capables d’arrêter, entre les mains des piétons, le choc d’une gendarmerie. Il faut dire que les Suisses avec ces deux armes-là, mais surtout avec la longue pique de 18 pieds, avaient presque changé la tactique... La méthode usitée au XVIe siècle pour arrêter la lourde cavalerie bardée de fer consistait à lui opposer en première ligne des arbalétriers ou des archers chargés de rompre d’abord son élan, en tuant autant de chevaux que possible, et en seconde ligne des gendarmes, mais des gendarmes à pieds revêtus de l’armure et armés de la lance. Les Suisses, qui n’avaient pas de chevaux du tout et qui n’avaient que peu d’armures, quand ils furent mis en demeure par Charles le Téméraire de monter sur la scène du monde, ne trouvèrent rien de mieux pour résister à sa chevalerie que de former des bataillons profonds et compacts, où chacun, tenant fermement sa longue pique, se maintenait aussi serré que possible à son voisin. Ils renouvelèrent ainsi sans trop s’en douter, la phalange macédonienne. Et, non seulement cet ordre leur servit à se défendre victorieusement, mais ils prouvèrent qu’il pouvait servir aussi à l’offensive. Plus d’une fois, sans attendre le choc de la cavalerie, ils se lancèrent contre elle au pas de course, en maintenant la compacité de leur rangs. »

Les succès de ces montagnards modifièrent profondément les idées qui avaient cours alors sur la tactique et suggérèrent les procédés sur lesquels on vécut durant tout le XVIe siècle. Il fut admis qu’une infanterie, formée en gros bataillons et mêlée dans des proportions convenables de piquiers, de hallebardiers et d’arquebusiers, constituait, au moins autant que la cavalerie, le nerf et la force d’une armée. Généralement on mettait les arquebusiers en tirailleurs devant le front du bataillon. Quand la cavalerie chargeait, ceux-ci venaient s’abriter sous les longues piques des premiers rangs, Les derniers étaient composés de soldats qui portaient la hallebarde, plus lourde que la pique.

Les hallebardiers étaient destinés à repousser les chevaux au cas où les piqueurs seraient rompus. La hallebarde, en effet, plus maniable que la pique, était plus avantageuse pour un combat corps à corps avec le cavalier.

La hallebarde n’eut cependant jamais l’importance de la pique et de la lance, armes qui ne disparurent qu’avec l’invention de la baïonnette. Elle ne fut plus en usage dans l’armée française à partir de Henri II ; cependant les sous-officiers la conservèrent encore longtemps pour ranger leurs troupes et surveiller l’alignement. Une ordonnance de 1689 ordonne que les manches de hallebarde soient de frêne.

La hallebarde n’est plus qu’une arme de parade que portent encore les suisses d’église. Il existe cependant encore un corps de hallebardiers au Vatican, un autre à la cour d’Espagne, gardienne fidèle des vieilles traditions.

La hallebarde présente de nombreuses variétés dont les plus importantes sont la guisarme qui portait un fer de hache sur le côté et un fer de lance en prolongement de la douille et surtout la pertuisane qui se compose d’un fer de lance large et aigu, beaucoup plus long que celui de la hallebarde et garni de deux ailerons à sa base.

La pertuisane fut donnée aux gardes du corps sous François 1er et aux officiers d’infanterie sous Henri III. En 1670, on la supprima dans l’armée active, mais on la laissa aux invalides et aux gardes des arsenaux.

Les hallebardes étant devenues des armes de parade, sont très ornées dès le XVIe siècle. La hampe de bois est recouverte de velours et ornée de clous. A la jonction du fer et du bois est un gland formant frange. Les fers sont finement gravés, damasquinés, comme ceux des trois pertuisanes et des deux hallebardes que reproduit notre gravure et qui sont conservés au musée de Dresde. Ils sont de la bonne époque, c’est-à-dire du XVIe siècle. Notre musée de Cluny en possède une fort belle collection.

Souvent le fer est découpé de forme si bizarre qu’il est difficile de décider devant certaines armes, si l’on a affaire à une guisarme, une hallebarde ou une pertuisane.

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