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Adolphe Hirsch

Charles-Edouard Guillaume, La Nature N°1459 - 11 mai 1901

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 28 janvier 2011

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Adolphe Hirsch

Le 16 avril dernier, s’est éteint à Neuchâtel un savant astronome dont le nom restera indissolublement lié à la création des deux premières organisations permanentes réunissant dans un même but d’études scientifiques les savants de tous les pays : l’Association géodésique internationale et le Comité international des Poids et Mesures. Pendant de longues années, le Dr Hirsch joua, dans ces deux institutions, un rôle prépondérant, et le déclin de sa santé diminua seul une activité qui, dans les bonnes années, s’était dépensée sans compter.

Adolphe Hirsch naquit en 1830 dans la petite ville d’Halberstadt, dans la province de Saxe. Après de brillantes études achevées sous la direction du célèbre Encke, il se disposait à se rendre à Paris pour travailler à l’Observatoire dirigé alors par Le Verrier, lorsqu’il rencontra, à Venise, un jeune Neuchâtelois célèbre aujourd’hui par ses travaux sur la statistique et les questions pénitentiaires, le Dr L. Guillaume, avec lequel il se lia d’une sincère amitié. A cette époque, le gouvernement neuchâtelois, mis en éveil par les rapports des délégués horlogers revenant de l’Exposition universelle de Paris, avait décidé la création d’un observatoire astronomique, indispensable pour le contrôle des chronomètres, dont la fabrication était et est encore aujourd’hui la principale industrie du pays de Neuchâtel. Le Dr Guillaume recommanda le Dr Hirsch à son gouvernement, qui le chargea immédiatement d’étudier les plans de l’observatoire projeté, et d’en diriger la construction et les installations. Dès l’année 1859, cet observatoire commença il rendre, à l’industrie horlogère, des services qui sont allés constamment en grandissant. Grâce à son esprit très clair et organisateur, aux qualités administratives qui doublaient en lui le savant, à la ténacité et à la persévérance dont il fit toujours preuve, le Dr Hirsch obtint, de l’administration fédérale des télégraphes, l’usage d’un grand nombre de lignes télégraphiques au moyen desquelles l’Observatoire de Neuchâtel put quotidiennement distribuer l’heure à tous les centres horlogers non seulement du Canton de Neuchâtel, mais aussi des cantons voisins. Ce service d’heure, qui peut servir de modèle, mérite une courte description : l’Observatoire de Neuchâtel possède une horloge mère qui, par un ingénieux système, est remise à l’heure chaque jour en s’aidant des observations astronomiques. A un instant déterminé de la journée, cette horloge ferme automatiquement une série de contacts qui, dans chaque village important, met en marche une horloge battant 61 coups à la minute. Un observateur, choisi parmi les bons horlogers ou les professeurs des écoles d’horlogerie, reçoit le signal d’heure, c’est-à-dire observe la coïncidence des coups des deux horloges, et inscrit, sur un tableau, la correction du régulateur. Tous ceux qu’intéresse la connaissance exacte de l’heure peuvent, à leur tour, venir faire un relevé sur l’horloge dont la marche est connue, généralement à un ou deux dixièmes de seconde près. A titre de contrôle, les observations sont envoyées quotidiennement à l’Observatoire de Neuchâtel où elles sont dépouillées.

Par surcroît, les régleurs de précision peuvent recevoir le signal à domicile, et déterminer la marche de l’horloge dont ils se servent constamment.

Si j’ai insisté sur cette distribution de l’heure, c’est pour bien montrer la perfection avec laquelle Hirsch entendait accomplir la mission qui lui était confiée par le Gouvernement neuchâtelois. L’observation des montres à l’Observatoire même absorbait une partie importante de son temps, mais lui laissait quelques loisirs, et c’est désormais sur un champ plus vaste que va s’exercer son activité. En 1866, la Commission permanente pour la mesure du degré dans l’Europe centrale se réunit à Neuchâtel, et Hirsch fut désigné, avec Bruhns, de Leipzig, comme secrétaire de la session. L’année suivante, la même Commission, réunie à Berlin, votait une motion en dix articles jetant les bases de l’ organisation internationale du système métrique, et préparait ainsi l’œuvre qui aboutit le 20 mai 1875 à la signature de la Convention du Mètre. Pendant toute la période préparatoire, Hirsch montra une si grande activité, un esprit si clairvoyant, et s’identifia si bien avec l’œuvre commune, qu’il fut, par un vote unanime, choisi comme secrétaire du nouveau comité chargé de la haute direction du Bureau international des Poids et Mesures. En même temps, naissait de la Commission pour la mesure du degré dans l’Europe centrale, l’Association géodésique internationale, et, par une entente dont on reconnut ultérieurement les bons effets, on pensa que les deux organisations nouvelles, dont la création avait été pour ainsi dire parallèle, gagneraient à être dirigées par les mêmes hommes. Le général Ibañez, directeur de l’Institut géodésique et statistique d’Espagne, fut porté à la présidence des deux Commissions et Hirsch devint le’ seul secrétaire de l’Association géodésique internationale.

On connaît l’œuvre des deux Associations : le Bureau international, des Poids et Mesures, dans ses vingt-cinq années d’activité, a assuré l’unification précise du système métrique dans tous les pays civilisés ; l’Association géodésique a provoqué de grands travaux, coordonné des mesures éparses, les a fait valoir les unes par les autres, et finalement, nous a donné une connaissance plus parfaite de la forme et des dimensions de notre globe, de la répartition de la pesanteur, du niveau des mers, et des continents en même temps qu’elle a fourni, à tous les États-majors, les bases solides sur lesquelles les cartes ont été édifiées.

Aujourd’hui, les œuvres ont grandi sous une habile direction. L’année même du centenaire du système métrique, le Bureau international accomplissait son premier quart de siècle. Hirsch a eu la grande satisfaction de le voir en pleine prospérité ; et si, l’an dernier, sa santé affaiblie lui fit désirer un repos bien gagné et l’engagea à passer le secrétariat de l’Association géodésique à des mains plus jeunes, il trouvait, à s’occuper encore du Bureau international, une joie en quelque sorte paternelle qui lui faisait surmonter, à force d’énergie, d’intolérables souffrances.

Hirsch s’était fait recevoir citoyen du canton de Neuchâtel, et avait adopté entièrement la Suisse comme sa nouvelle patrie : dans une touchante pensée de reconnaissance envers le pays qui, à son tour, en avait fait un de ses enfants, il lègue, à l’État de Neuchâtel, l’ensemble de sa fortune pour l’agrandissement de l’Observatoire qu’il avait créé et qu’il avait aimé jusqu’à son dernier jour.

Charles-Édouard Guillaume

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