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Les voyageurs pour la Lune, en fusée !

Fernand Lot, Sciences et voyages N°36 — décembre 1948

dimanche 7 mars 2010, par Denis Blaizot

A quand la fusée interplanétaire ?

Je viens de rendre visite à M. Ananoff. M. Alexandre Ananoff se consacre, depuis une vingtaine d’années, aux problèmes de la navigation interplanétaire et ses travaux théoriques lui valurent, en 1937, de remporter le prix astronautique fondé par Esnault-Pelterie. Ç’avait d’ailleurs été une conférence d’Esnault-Pelterie qui, précédemment, avait enflammé son imagination, le déterminant à s’engager dans la voie qu’il a suivie depuis.

Nous entrons ici dans un domaine où science et fantastique s’épousent .. L’astronautique soulève des problèmes infiniment plus complexes etplus nombreux qu’on ne le soupçonne de prime abord. Et il s’agit de problèmes extraordinaires, dans tout le sens du terme.

Quitter la Terre : la plus audacieuse, la plus folle des ambitions humaines de tous les temps ! Folle, jusqu’au jour où l’utopie se réalisera.

  • Ce grandiose dessein pose en premier lieu le problème des masses, m’explique M. Ananoff. Il faut que l’engin puisse acquérir au départ une vitesse suffisante pour se libérer de la sphère d’attraction terrestre, vitesse cosmique, qui doit être au moins de 11,2 km/s.

« Ensuite, il s’agit de prévoir l’arrivée sur une autre planète. Parvenu dans la zone attractive de cette planète (vitesse prévue dans le voisinage de Mars : huit cent cinquante kilomètres par seconde), l’engin va tomber sur celle-ci selon les lois de la pesanteur, et pour qu’il ne s’y écrase pas à l’arrivée, il faut prévoir la production, par éjections convenablement dosées, d’une force retardatrice qui freine cette chute et permette un « atterrissage » en douceur. Cela représente, bien entendu, une dépense considérable d’énergie.

  • Mais le retour ?
  • On doit évidemment y songer ! Et l’on retrouve la même série de difficultés à vaincre : nécessité d’échapper au « poids » de la planète par une reprise de la vitesse cosmique (et même avec une plus grande dépense d’énergie, si l’on se trouve sur une planète de plus grande force attractive) ; freinage lors de la chute dans I’atmosphère terrestre ...
  • Jules Verne, dans son célèbre roman De la terre à la lune, a décrit la situation extravagante que connaissent un moment ses héros, lorsque l’obus qui les emporte traverse la région de l’espace où l’attraction de la planète et celle du satellite s’annulent : il n’y a plus de pesanteur à l’intérieur de l’obus ...
  • Jules Verne a commis là une erreur. En effet, dès qu’il n’y a plus accélération constante, c’est-à-dire dès que l’engin se meut en « chute libre », entraîné par la seule vitesse acquise, l’attraction de la Terre puis celle de la Lune s’exerçant en même temps sur l’engin et sur les passagers, ceux-ci se trouvent du coup soustraits à l’action de toute pesanteur. L’insolite situation dure donc tout le temps de la chute libre, soit beaucoup plus longtemps que Jules Verne ne l’avait supposé.
  • Donc, toutes les positions possibles à l’intérieur de l’astronef, puisqu’il n’y a plus ni haut ni bas ! La moindre chiquenaude vous faisant rebondir et tournoyer comme un ballon de baudruche ! L’impossibilité de faire couler de l’eau en inclinant une carafe : le verbe incliner a perdu toute signification !
  • On peut concevoir l’utilisation d’un gyroscope, adapté aux épaules de chaque passager, pour le stabiliser ... Mais on s’est surtout préoccupé de prévoir la création d’une pesanteur artificielle et plusieurs projets ont été présentés. Il y a celui qui consisterait à faire tourner rapidement la cabine de la fusée autour de son axe ; afin de développer une force centrifuge qui suppléerait à la gravité. Mais cela paraît vraiment inapplicable ! Un Américain a conçu un mécanisme astucieux : lorsque la fusée aurait atteint sa vitesse cosmique, elle se- séparerait en deux tronçons, - d’un côté la partie comprenant la cabine des passagers, de l’autre la partie motrice ; ces deux moitiés demeureraient liées par un long câble et un rapide mouvement de rotation serait imprimé à l’ensemble du système, autour d’un point situé au milieu du câble ...
  • Étrange tourniquet !
  • La meilleure solution reste celle-ci : l’accélération constante. On finirait par atteindre des vitesses énormes. Mais qu’importe ! La vitesse en soi, si grande soit-elle, n’incommode pas. Toute la question est de pouvoir assurer au long du voyage interplanétaire une accélération constante. Or voici l’énergie nucléaire qui va inépuisablement se trouver mise à notre service. C’est par elle que le problème se résoudra. On peut dire que la bombe atomique a plus fait pour l’astronautique que toutes les recherches poursuivies depuis vingt-cinq ans !
  • Cette énergie apprivoisée, la fusée interplanétaire mise au point, partiriez-vous ?
  • Pourquoi pas ? On ne s’élancera d’ailleurs pas du premier coup vers la Lune ou vers Mars. On se livrera méthodiquement à des explorations successives, à des sondages graduels de l’espace extra-terrestre. On pourra commencer par plafonner à cinquante kilomètres, puis à cent, puis à deux cents. Il faudra étudier d’abord les rayonnements cosmiques, savoir quelles influences ces rayonnements peuvent exercer sur l’organisme humain, dans quelle mesure ils peuvent lui nuire et comment en protéger. Ensuite, on pourra se risquer à tenter l’étonnante aventure !
  • Il y a aussi la question des rayons ultra-violets, dont, « ici-bas », nous protège l’ozone de la haute atmosphère ...
  • D’ores et déjà, si besoin est, on a prévu une fusée à double paroi renfermant de l’ozone.
  • Vos pronostics quant à la date des réalisations futures ?
  • Il a fallu à l’homme des millions d’années pour domestiquer le feu... Combien de temps nous faudra-t-il pour domestiquer de même la formidable énergie nucléaire ? Il est pourtant permis d’avoir une opinion personnelle. Étant donné les efforts fournis par les Russes et par les Américains, il me semble que les choses vont aller vite. Dans une dizaine d’années, peut-être verrons-nous apparaître le premier moteur nucléaire ...

« Notez que, maître de l’énergie nucléaire, on pourra, pour la navigation interplanétaire, adopter le type « avion » tout aussi bien que le type « fusée » ; un avion à réaction spécial, bien entendu, aménagé en astronef : ses ailes seront utiles au départ ; inutiles ensuite, mais nullement gênantes, dans le vide interplanétaire ; elles pourront de nouveau servir si l’on aborde un astre tel que Mars ou Vénus, entouré d’une atmosphère ...

« Avec le V2, de sinistre mémoire, remarquez que nous sommes déjà dans l’astronautique ; Plafonnant jusqu’à cent douze kilomètres, soit en dehors de l’atmosphère terrestre, dans le vide, cet engin se rapproche du type dit interplanétaire. Mais quelle dépense de combustibles : neuf tonnes d’alcool et d’oxygène consommées en deux minutes et demie !

  • Nous avons parlé des moyens. Parlons à présent des buts possibles, c’est-à-dire des planètes.
  • On sait malheureusement très peu de choses là-dessus. Mars et Vénus possèdent certainement une atmosphère. Est-elle respirable ? Quant à la Lune, nous la connaissons fort bien topographiquement, du moins en ce qui concerne la face qu’elle nous présente, et qui est toujours la même. L’autre côté demeure inconnu. Il y aurait grand intérêt à la contourner, grand intérêt aussi à y descendre !
  • Sans air ni eau ?
  • On revêtirait des scaphandres spéciaux. En ce qui concerne le chaleur et le froid excessifs, on sera armé pour s’en protéger.
  • Durée du voyage ?
  • Trois cent quatre-vingt quatre mille kilomètres seulement nous séparent de la Lune. En utilisant l’énergie nucléaire avec accélération constante ; on ne mettrait que trois heures vingt-sept pour atteindre notre satellite. Pour Mars : quarante-neuf heures vingt.

« En astronautique, voyez-vous,tous les voyages sont possibles ... à condition qu’ils ne dépassent pas la durée d’une vie humaine !

  • Donc, après les voyages interplanétaires, les voyages intersidéraux ?
  • Plus tard, qui sait ? Mais l’étoile la plus proche, « Alpha », du Centaure, gravite à quatre années-lumière et demie de notre globe. Autrement dit, la lumière met quatre ans et demi pour nous parvenir d’Alpha ! En supposant qu’on puisse atteindre la vitesse (raisonnable !) de cinquante mille kilomètres à la seconde, le voyage durerait quelque trente ans.

Un peu long, quoique rapide ...

Pour l’avenir immédiat, il faut se montrer moins ambitieux. Les Américains vont envoyer prochainement une fusée sur la Lune, maïa aucun passager n’y prendra place. On en aura quand même des nouvelles grâce aux appareils émetteurs qui, fonctionneront automatiquement ; Ce sera évidemment là une expérience d’un intérêt scientifique considérable, une de celles qui prépareront la voie aux futurs astronautes.

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