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Louis Troost (1825 - 1911)

Pierre Jolibois, La Nature N°2003 — 14 octobre 1911

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 11 octobre 2009

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Louis Troost

La Science française rient encore de subir une grande perte. Louis Troost s’est éteint, entouré de l’affection des siens, après une vie bien remplie et quelques années d’une retraite, que l’incessant labeur de toute son .existence lui avait fait hautement mériter.

Entré à l’École normale en 1848 à l’âge de 25 ans, il y eut pour condisciples About, Sarcey, Taine. C’est rue d’Ulm qu’il suivit les leçons de Sainte-Claire Deville qui devait exercer sur son esprit et sur ses travaux une influence si prépondérante. Il fut reçu en 1851 à l’Agrégation des Sciences physiques ; il quitta Paris seulement pendant 4 ans pour enseigner la physique au lycée d’Angoulême, puis revint au lycée Bonaparte et passa en 1857 sa thèse de doctorat ès sciences.

Ses premières recherches portèrent sur le lithium. Après avoir découvert un moyen pratique pour obtenir le chlorure de lithium à l’état de pureté, il réussit à isoler en grande quantité ce métal, jusque-là plutôt entrevu que préparé. Il en étudia avec soin les différents composés et détermina le poids atomique de cet élément, qui à l’époque était considéré comme très rare.

En 1868, Louis Troost fut nommé maître de conférences à la Faculté des sciences de Paris, à la suite des beaux travaux qu’il publia en collaboration avec Sainte-Claire Deville sur les densités de vapeurs. Les difficultés qu’il fallait vaincre pour mener à bien ces recherches et qui avaient arrêté tous ses devanciers dans cette voie résultaient de la nature des vases à employer, de la constance de température à laquelle il fallait les porter ; et enfin de l’estimation de cette température elle-même. Le maître et l’élève surent s’affranchir facilement de ces obstacles, et, une fois, la technique de la méthode solidement fondée, publièrent une série de résultats fondamentaux sur les vapeurs aux températures élevées. Ils parvinrent à établir que la densité de vapeur du soufre était considérée à tort comme anormale, tandis que celles du phosphore et de l’arsenic possèdent’ une anomalie que leurs expériences justifièrent. Les recherches de Troost sur la vapeur de l’hydrate de chloral soulevèrent un débat resté célèbre.

Dès l’âge de 50 ans, Troost s’était attaqué à la question des volumes moléculaires, question sur laquelle reposait à cette époque la chimie générale. Il publia à ce sujet des expériences définitives, qui mirent le jeune chimiste en situation d’atteindre les places réservées aux vrais savants.

Dès qu’il eut à sa disposition le laboratoire de la Sorbonne, son activité scientifique se poursuivit plus ardente que jamais. Avec son ami Hautefeuille il entreprit les études de physico-chimie les plus à l’ordre du jour, et les traita avec une conscience parfaite et un esprit observateur des plus fins.

Les sujets qu’il aborda sont : les états allotropiques du cyanogène, du phosphore ; l’état de l’hydrogène dissous dans les métaux ; l’étude complète des chlorures de silicium.

Troost prépara et étudia le zirconium cristallisé, donna la vraie formule de son oxyde et montra les analogies de ce métalloïde avec le silicium, le titane et l’étain. On lui doit des recherches intéressantes sur les combinaisons ammoniacales des sels ammoniacaux. Enfin c’est ce savant qui le premier a fixé le rôle important du silicium et du manganèse dans la métallurgie du fer.

En 1874, Louis Troost fut nommé à la Sorbonne, professeur de la chaire de Chimie générale. Son enseignement dura 26 ans jusqu’en 1900. Il y apporta non pas seulement les qualités d’un professeur, d’une clarté et d’une érudition incomparables, mais encore.les mérites d’un savant de haute envergure.

Le succès croissant de son cours tant au point de vue théorique qu’au point de vue expérimental, pour lequel il était merveilleusement secondé par son préparateur M. Rigaut le décida à mettre son Traité élémentaire de chimie au courant des dernières découvertes, Ce livre est trop connu, pour qu’il soit nécessaire d’en faire l’éloge. Le nombre de ses éditions, dans lesquelles son œuvre est pieusement mise à jour par, son, gendre M. Péchard chargé de cours à la Faculté des sciences de Paris, est suffisamment éloquent.

En 1884, l’Institut ouvre ses portes à Louis Troost qui succède ainsi à Wurtz. En 1900, il quitte la Sorbonne, cédant sa chaire à Moissan. La Science française doit au savant qui vient de disparaître une grande reconnaissance ; d’abord à cause de la diversité et de l’intérêt des recherches qu’il a entreprises, ensuite pour la formation de plusieurs générations de chimistes auxquels il a su inculquer le merveilleux enseignement qu’il avait lui-même reçu de son maître Sainte-Claire Deville. Avec plusieurs autres élèves de ce grand chef d’École, il s’est constamment efforcé de faire de la chimie une science, non un art.

PIERRE JOLIBOIS.

Docteur ès Sciences physiques.

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