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Le nouvel observatoire du Pic-du-Midi

Lucien Rudeaux, La Nature N°1799 — 16 Novembre 1907

lundi 13 juillet 2009, par Denis Blaizot

Observatoire du Pic-du-Midi en 1907

On sait que par les soins de l’Observatoire de Toulouse, un nouvel établissement, dont il sera la succursale, est en cours d’installation au sommet du Pic du Midi. Il en a déjà été question ici [1] à propos des premiers travaux. On sait aussi que ces travaux ne peuvent avancer que lentement, à cause des difficultés à vaincre ; les circonstances atmosphériques limitent la période propice à ces constructions, le transport des matériaux dans ces hautes régions est long et coûteux, etc. Cette année particulièrement, les neiges extrêmement abondantes couvraient encore de grandes surfaces au milieu d’août, et ont été cause d’un retard notable pour le début de la période active, pendant laquelle on a continué, d’autre part, la montée du grand instrument, montée déjà commencée l’année dernière, et qui s’est terminée au cours de cette saison.

A la fin de l’été précédent, on avait déjà procédé à la mise en place de la carcasse de la grande coupole de 8 m. de diamètre, et les travaux ont été repris exclusivement, en vue de la terminer, ou tout au moins de la fermer avant la période hivernale.

La montée de l’instrument qui doit être installé sous cette coupole mérite de nous arrêter un peu.

Établi par l’habile constructeur Gauthier, il se compose d’un télescope dont le miroir a cinquante centimètres de diamètre, accolé à une lunette de vingt-cinq centimètres d’objectif, le tout monté équatorialement à la mode anglaise, dans le type des instruments de la carte du ciel. Tout cet ensemble, on le conçoit, est extrêmement pesant, et, démonté, réparti en vingt-deux caisses, forme une armée de colis volumineux, dont le poids total est de 10 000 kg environ : quelques-unes de ces caisses pèsent jusqu’à 800 kg. Dans ces conditions, le transport a été très laborieux et très pénible ; notons, d’autre part, que les parties fragiles, miroir et objectif, oculaires, etc., sont exceptés de ce bagage et doivent faire l’objet d’un autre transport spécial.

Toutes ces caisses sont arrivées l’année dernière, par la route de Barèges ; jusqu’au-dessous du col de Tourmalet, au lieu dit les cabanes de Toue (1800 m.). De là elles ont été acheminées - après réfection du sentier muletier et aménagements de certaines parties de la montagne - traînées sur une sorte de robuste chariot à deux roulettes très basses et tiré par quatre vigoureux mulets espagnols. Ce transport a duré un mois. Arrivées sans encombre, sinon sans mal, jusqu’au col de Sencours, à 2300 m., les caisses ont passé l’hiver, remisées dans la cabane de Club Alpin (Hôtellerie).

Vers le milieu d’août dernier, malgré la quantité de neige existant encore, elles ont été mises en route de nouveau, celle fois pour un trajet moins long, mais infiniment plus dur, étant données les circonstances, et la raideur des dernières pentes du Pic. Il faut féliciter le corps des artilleurs, du 14° de Tarbes qui a mené à bien cette dure opération, sous l’habile direction du commandant Lallemand du service géographique de l’armée, secondé celte année par le capitaine Aubertin, du même service. Avant l’arrivée des bêtes de somme, et pour certains passages très difficiles pal’ la ne ige, nos braves artilleurs ont porté à dos ou traîné eux-mêmes les caisses les plus petites : aussi les opérations ont eu un début vraiment pénible. Mais pal’ la suite deux équipes ont été constituées, l’une ayant comme animaux de trait des vaches, l’autre des mulets espagnols. En dix jours, tout a été rendu au sommet avec des difficultés dont on se rend compte aisément, si l’on songe que le moindre accident — et il a failli en arriver — pouvait précipiter gens et caisses pèle-mêle dans le lac d’Oncet, après une chute de quelques centaines de mètres ! ...

Toutes ces pièces étant rendues là-haut maintenant, il faut espérer que l’Observatoire pourra être définitivement installé, et entrer en fonctions, dans le courant de la saison prochaine.

Lucien Rudaux

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