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Les projecteurs dans la guerre sur terre

La Nature, N°2170- 1er Mai 1915

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 1er mars 2009


La guerre de ruse, de surprise, d’embuscades à laquelle nous sommes mêlés depuis neuf mois, a nécessité un changement complet non seulement des méthodes de combat, mais aussi du matériel militaire.

On avait, certes, dès le temps de paix, prévu que les combats ne cesseraient pas avec la clarté du jour, mais on n’avait pas pensé, très certainement, que les attaques de nuit seraient si nombreuses, si répétées et que, par suite de la guerre de tranchées, ce serait la nuit seulement que les soldats pourraient manœuvrer, renforcer les lignes, aménager de nouveaux ouvrages, ou engager le combat.

Aussi le matériel prévu de projecteurs et de fusées éclairantes, s’est-il rapidement trouvé insuffisant et, là comme ailleurs, il a fallu en créer un nouveau répondant à des exigences nouvelles.

Quelles sont d’abord ces exigences ? Pour les troupes en campagne, il faut pouvoir, à un moment quelconque, produire un éclairage violent. La constitution d’un matériel de projecteurs essentiellement mobiles a donc été décidée : ce sont les auto-projecteurs déjà si popularisés par l’image. Ces engins peuvent se transporter rapidement d’un point à un autre, remplir leur mission et se retirer avant d’avoir pu être repérés par l’artillerie ennemie (fig. 1).

Pour un service moins mobile, on se sert de projecteurs transportables de plus grande puissance. Nous décrirons, comme exemple, l’un des nombreux types en service : celui, par exemple, des constructeurs Barbier, Bénard et Turenne (fig. 2 et 3)

L’ensemble d’un appareil est constitué par un camion automobile, dont la plate-forme supporte le projecteur installé sur un charriot à quatre roues à avant-train articulé, qu’il est facile de descendre jusqu’au sol en le faisant rouler sur un plan incliné, la traction étant opérée par un treuil. Le moteur à pétrole actionnant les roues du camion peut commander une dynamo, dont le courant est destiné à alimenter la lampe à arc du projecteur, par l’intermédiaire d’un câble de 250 mètres de longueur enroulé au repos sur un dévidoir, ce qui permet d’éloigner de cette distance le projecteur du camion si c’est nécessaire. L’appareil peut être ainsi manœuvré, soit sur place, soit à distance ; un poste de commande portatif, pesant à peine 4 kilogrammes, comprend les commutateurs nécessaires et peut être emporté au point voulu.

Le tambour de tôle constituant le générateur de lumière, construit selon des données nouvelles, contient une puissante lampe à arc, dont les charbons sont disposés horizontalement, le point lumineux étant ramené constamment au foyer du réflecteur parabolique par un mécanisme électro-magnétique. Le recul des charbons pour l’allumage assuré par un ressort. Le réglage de l’écartement des charbons et leur centrage peuvent aussi s’effectuer à la main, à l’aide d’un petit volant disposé à l’arrière du tambour. Le diamètre du miroir réflecteur est de 90 centimètres ; le profil de celle pièce comporte le perfectionnement récent connu sous le nom de « miroir segmenté », qui présente nombre d’avantages pour un appareil sujet à subir des avaries comme l’est un instrument exclusivement militaire.

Les mouvements d’orientation du projecteur sont obtenus par la rotation du tambour autour d’un axe vertical agencé dans le socle ; le mouvement d’inclinaison est produit en faisant tourner le rambour, avec ses tourillons, dans deux paliers fixes de support. Ces différents mouvements peuvent être réalisés à l’aide du poste de commande. On a constaté que, pour qu’un observateur puisse distinguer nettement les objets sur lesquels le faisceau lumineux est dirigé, il faut que cet observateur se trouve placé sur le côté du projecteur, à 100 ou 200 mètres de celui-ci. S’il est nécessaire de déplacer la direction du îaisceau éclairant, l’observateur envoie, à l’aide des commutateurs du poste de commande à distance qu’il a emporté avec lui, un courant dans les deux petits moteurs placés dans le socle de l’appareil et qui déterminent les mouvements en hauteur et en direction voulus.

Le moteur du camion est un quatre-cylindres de 30 chevaux, disposé à la manière ordinaire sous un capot à l’avant du véhicule.

A la suite du capot se trouve un siège principal contre lequel sont adossés les coffres et les dévidoirs, puis vient la plate-forrne qui reçoit le chariot du projecteur avec un porte-à-faux assez réduit. Le régime normal du moteur correspondant à celui de la dynamo est de 1100 tours par minute. Les essieux porteurs, très robustes, sont en acier doux, avec fusées lisses ; les roues sont en bois d’accacia cerclées en acier avec pavés de caoutchouc ou bandes pleines.

Il existe encore un autre dispositif, dans lequel le projecteur, monté sur affùt, est accroché derrière une voiture automobile, qui, séparée de cet affùt, peut être utilisée pour un service d’état-major. Enfin ce projecteur peut être accroché derrière un avant­ train à timon, attelé comme le véhicules d’artillerie. Une seconde voiture, attelée de même, est le camion portant l’usine génératrice d’électricité : moteur dynamo et dévidoir recevant le câble qui porte le courant à la lampe.

Dans les postes fixes, aux alentours des places fortes, dans les pays accidentés, il faut que le projecteur soit placé sur une éminence lui donnant un champ d’action suffisant. La maison Harlé (voir figures 1 et 4) a construit tout récemment un appareil fort remarquable et unique dans son genre. Le projecteur est isolé ; à 100 m. de lui se trouve le générateur d’électricité, à 100 m. aussi, se place l’observateur. L’ensemble est représenté figure 1. Il se compose d’un élévateur électro-pneumatique muni de roues et attelé comme une remorque derrière l’automobile qui porle l’ensemble électrogène e’t le projecteur de 90cm de diamètre.

L’élévateur est constitué par un tube télescopique dont l’extension est obtenue par de l’air comprimé. L’air comprimé est produit par un compresseur actionné électriquement, fixé à la partie inférieure du tube.

Le foyer lumineux du projecteur se trouve ainsi élevé à 11m.50 au-dessus du sol.

Le projecteur est porté par une plate-forme à laquelle l’opérateur, en cas de besoin, a accès par une échelle de corde.

Le fonctionnement de la lampe est automatique. Tous les mouvements de direction, horizontaux et verticaux, sont commandés du sol, au moyen d’un poste de commande portatif, relié à l’appareil par un câble de 100 m. de longueur, de manière à permettre à l’observateur de s’éloigner du projecteur.

Au poste d’observation, la visée sur le point à observer se fait au moyen d’une jumelle, dont l’axe optique est parallélisé avec l’axe optique du projecteur. Ce parallélisme est maintenu pendant l’opération par un asservissement électrique, de telle sorte que le faisceau du projecteur est toujours dans le champ optique de la jumelle, éclairant l’objet visé.

Jusqu’à une époque récente, les projecteurs n’ont été employés qu’horizontalement ou suivant une faible inclinaison. L’apparition des aéronefs a obligé les projecteurs à opérer verticalement vers le haut ou vers le bas. L’appareil a une forme extérieure rappelant celle des autres types de projecteurs et cependant il a fallu, pour le réaliser, vaincre un certain nombre de difficultés que l’on comprendra facilement, lorsque nous aurons donné le principe sommaire des projecteurs.

Un projecteur se compose essentiellement d’une source de grande luminosité et de petites dimensions, Une source ponctuelle serait l’idéal théorique, mais au point de vue pratique l’exploration d’une région donnée à l’aide d’un pinceau très mince serait irréalisable. La source lumineuse est un arc électrique placé au foyer d’un miroir ; le cratère positif, qui émet le plus de lumière, est le plus intéressant et c’est lui que des dispositifs de réglage très ingénieux maintiennent au foyer.

Pour obtenir un faisceau lumineux parallèle, on se sert d’un miroir parabolique (on sait en effet que tous les rayons lumineux issus du foyer d’un paraboloïde de révolution s’infléchissent en donnant un faisceau de rayons parallèles) . Des machines spéciales permettent actuellement d’ arriver à ce résultat.

Quant à la portée d’un projecteur, elle dépend d’un nombre considérable de facteurs. D’abord l’état de l’atmosphère. Sans entrer dans les théories plus ou moins acceptables émises à ce sujet, disons simplement qu’en temps normal, un projecteur utilisant un courant de 150 ampères peut porter jusqu’à 9000 mètres. Mais ce n’est pas tout que d’avoir un projecteur envoyant des rayons lumineux, il faut encore qu’il rende visible les objets qu’il éclaire.

Or, la visibilité dépend beaucoup des contrastes. Ainsi un homme habillé en gris clair ou même en bleu est vu à une distance bien plus grande qu’un homme habillé en noir ; par exemple, avec une puissance lumineuse de 8000 bougies, on a trouvé les distances de 550 m., 180 m., 125 m. C’est que, dans la nuit, le fond du paysage reste obscur et l’objet éclairé se détache sensiblement sur fond noir (sauf s’il est très près d’un mur), tandis que, pendant le jour, tout le fond du paysage est éclairé plus ou moins fortement.

Si l’on applique cette remarque aux uniformes de l’infanterie, on voit que les draps gris bleu, qui donnant un minimum de visibilité pendant le jour, sont bien moins favorables pour la nuit que des draps brun ou bleu foncé, surtout si les projections sont faites par lumière électrique, plus riche en rayons bleus et violets que les autres lumières artificielles.

Les lumières monochromatiques donnent, par suite des défauts de correction de l’œil, une acuité visuelle supérieure aux lumières mélangées aux lumières polychromatiques.

A ce point de vue, les projecteurs à miroirs dorés, qui conservent la partie la plus utile des rayons lumineux, tout en réduisant considérablement les rayons très réfrangibles, favorisent la visibilité.

Il importe d’ailleurs, pour augmenter les contrastes des ombres des objets éclairés, que la direction de visée des observateurs fasse un angle aussi grand que possible avec la direction du faisceau lumineux.

Cette condition est également favorable pour réduire l’éclairement latéral de la rétine, qui a une influence défavorable.

On voit combien sont multiples les facteurs qui interviennent dans la détermination de la portée utile des projecteurs. Aussi leur construction est­ elle très délicate mais, comme on l’a pu voir, lors lu raid des Zeppelins sur Paris, nous n’avons rien à craindre et, si haut qu’ils soient dans le ciel, nos ennemis y seront toujours repérés grâce à la puissance des projecteurs.

X.

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