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Expériences d’électricité

G. Mareschal, La Nature, N°1031 - 4 mars 1893

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 28 février 2009

Curieuse source d’électricité

Communication téléphonique sans ligne spéciale

Nous avons remarqué que si l’on attache un fil à une conduite de gaz et un autre fil à une conduite d’eau et qu’on relie ensuite ces deux fils à un téléphone, on constate, par le bruit qui se produit dans l’appareil à la fermeture et à l’ouverture du circuit ainsi constitué, qu’il existe un assez fort courant électrique. Pour le mesurer, nous avons remplacé le téléphone pnr un galvanomètre et la déviation correspond, autant que nous avons pu du moins nous en rendre compte avec les appareils de mesure assez primitifs dont nous disposions, à un quart de volt environ. Ce qu’il y a de remarquable surtout dans ce courant, c’est sa constance ; l’aiguille du galvanomètre est restée, en effet, à peu près stationnaire pendant un an, variant d’un ou deux degrés à droite ou à gauche dans l’espace de chaque jour. Dans les premiers temps de notre expérience, nous avions pensé d’abord avoir constaté là l’existence du courant tellurique ; mais en présence d’une aussi grande constance, nous pensons plutôt maintenant qu’il s’agit d’une véritable pile dont les conduites d’eau et de gnz formeraient les éléments d’une très grande surface qui sont lentement attaqués par les milieux dans les­ quels ils sont plongés. Le pôle positif est à la conduite d’eau et le négatif à celle du gaz. Nous avons répété l’expérience avec succès dans plusieurs maisons de Paris et de province .mais il n’y a aucun courant dans celles où accidentellement les conduites d’eau et de gaz se trouvent en contact intime. Chez nous-même, le courant a disparu depuis deux mois environ à la suite de l’installation du gaz faite à cette époque dans un appartement ; il est probable que les ouvriers ont établi inconsciemment un contact entre les deux conduites ; nous n’avons pu nous en rendre compte. Quoi qu’il en soit, l’expérience est intéressante et facile à tenter ; tous ceux de nos lecteurs qui ont un galvanomètre un peu sensible ou mieux un simple téléphone pourront rechercher l’existence de ce courant. Est-il utilisable ? A peu de chose probablement vu son peu d’intensité. Cependant il serait facile d’imaginer, avec un interrupteur automatique, une sorte de petit moteur qui tournerait ainsi indéfiniment, ou du moins tant qu’une cause fortuite comme celle qui s’est produite chez nous ne viendrait pas supprimer le courant ; ce mouvement pourrait peut-étre même être utilisé par un mécanicien habile pour faire marcher une petite horloge. Il résulte dans tous les cas de cette expérience que les conduites d’eau et de gaz sont dans un état d’isolement relatif la plupart du temps, et cela nous a amené à nous demander si l’on ne pourrait pas les utiliser comme fils conducteurs pour des communications téléphoniques ; cette manière de voir s’est confirmée et nous avons pu causer, sans autre ligne que ces deux conduites, depuis notre appartement jusqu’à celui d’un de nos amis habitant 1a même rue à six maisons plus loin.

L’expérience était disposée d’une façon très simple : chez nous trois piles au bichromate (pile bouteille de 1/4 de litre) et un microphone simple dans le circuit (sans bobine d’induction) ; à l’autre appartement, le téléphone relié aux deux conduites. Un article de journal lu chez nous a été parfaitement compris par notre correspondant. Nous avions depuis étendu l’expérience : le microphone étant placé derrière le piano, on pouvait entendre la musique dans plusieurs maisons de la rue et d’une rue voisine ; dans toutes les maisons et à chaque appartement probablement on aurait pu en faire autant. .. c’est la concurrence déloyale au théatrophone ! Il y a un moyen simple de se rendre compte si l’expérience doit réussir ou non : on installe chez soi une petite bobine d’induction donnant 3 à 5 millimètres d’étincelle ct on attache les extrémités de son fil induit aux conduites d’eau et de gaz. Ensuite, muni d’un téléphone, on se rend dans les différents endroits où l’on soupçonne que la communication peut être établie et là on relie son téléphone aux mêmes conduites ; aussitôt on doit entendre le ronflement produit par le marteau de la bobine.

Au cours de ces expériences, nous avons souvent entendu dans le téléphone les signaux Morse et même la sonnerie du bureau télégraphique situé dans la rue voisine ; cela n’a rien d’étonnant. puisque probablement ce bureau prend la terre de son poste à la conduite d’eau sur laquelle nous avions relié notre téléphone ; mais nous signalons le fait parce qu’on pourrait, croyons-nous, si l’on y était intéressé, recevoir ainsi d’une façon indiscrète des communications télégraphiques en lisant au son, comme savent le faire beaucoup de télégraphistes ; le fait étant connu, on peut y chercher remède, si le service compétent trouve que cela en vaut la peine.

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