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« La Bourgogne », paquebot de la compagnie transatlantique

La Nature N° 650 — 14 novembre 1885

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 11 octobre 2014

La Bourgogne est un des quatre nouveaux paquebots que la Compagnie générale transatlantique fait construire pour le service du Havre à New-York. Deux sont en construction dans ses ateliers de Penhoet : La Champagne et La Bretagne ; la Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée fournit les deux autres : La Bourgogne et La Gascogne.

Les dimensions principales de ces quatre navires, qui sont identiques, sont : longueur sur le pont 155m, largeur 15,90m, creux 11,70m, tirant d’eau maximum 7,317m, tonnage brut 7222 tonnes. Le bâtiment a quatre ponts complets avec tengue à l’avant, dunette à l’arrière et roofs dans la partie centrale, recouverts par des ponts promenades reliés entre eux par des passerelles volantes. Il est aménagé pour loger avec le luxe et le confortable que l’on rencontre sur les meilleurs paquebots 250 passagers de 1e classe, 80 de 2e classe et 1000 émigrants. Il est pourvu d’un water-ballast permettant de maintenir le bateau à une assiette convenable dans toutes les circonstances du chargement. Il est mâté à 4 mâts, les deux de l’avant sont à voiles carrées, les deux autres à voile goélette. La coque est entièrement construite en acier de provenance française.

Les passagers de 1e et 2e classe sont logés dans le premier entrepont où ils descendent par les cabines des roofs situés sur le pont supérieur et le pont promenade. Les premières sont desservies par un escalier en bois sculpté, orné de cariatides, qui conduit au salon de conversation situé sur le pont supérieur et à la salle à manger qui se trouve dans le premier entrepont. Ces deux. salons sont ornés d’une manière très riche au moyen de boiseries sculptées, de bronzes d’art, et de colonnettes en onyx avec chapiteau en bronze doré. Le plafond est blanc et or et le meuble en velours rouge. Les cabines très confortables sont situées sur deux rangs de chaque bord.

Le navire est muni de toutes les installations nécessaires au service des passagers au point de vue du bien-être et de la commodité. Il est entièrement éclairé à la lumière électrique, et des lampes à incandescence fournissent l’éclairage aux passagers. Il serait inutile d’insister sur les avantages reconnus de ce système.

Le paquebot est divisé en 10 compartiments par des cloisons étanches transversales et les compartiments des chaudières sont en outre protégés par deux cloisons longitudinales situées en abord. Il est garanti de l’incendie par un tuyautage complet d’eau salée. qui alimente les bouches d’incendie situées en grand nombre dans les aménagements et les cales. Il y a un tuyautage de vapeur aboutissant aux soutes à charbon et destiné à éteindre rapidemenl les incendies qui pourraient s’y produire.

La machine est du système compound à pilons avec cylindres superposés (type tandem). Elle a 6 cylindres, 3 grands et 3 petits. Elle pourra développer une force de 8000 chevaux capables de donner au na vire une Vitesse de 18 nœuds environ aux essais. Les chaudières sont an nombre de douze, elles ont 4,65m de diamètre et ont chacune 3 foyers de 1,25m de diamètre. Elles fonctionneront à une pression de 6 kilos. Il y a deux chaudières auxiliaires pour les différents services. Les arbres en acier ont 0,548m de diamètre et l’hélice dont le moyeu est en acier coulé et les ailes en bronze, pèse 26 tonneaux.

Le gouvernail est mû par la vapeur au moyen d’un servo-moteur spécial, système Stapfer de Duclos, et en cas d’avarie par la machine à vapeur du cabestan, on peut enfin gouverner à bras. Il y a 5 treuils pour le chargement et les manœuvres de touage et un guindeau à vapeur pour les ancres. Il y a 10 embarcations de sauvetage et 2 baleinières.

La Bourgogne doit être livrée le 30 avril 1886 et La Gascogne le 30 août 1886.

Au moment du lancement, la coque pesait environ 4500 tonneaux et le berceau 500 tonnes.

Cette magnifique opéra lion qui a eu lieu le 8 octobre 1885, dans les chantiers de la Société des forges et chantiers, à La Seyne, avait amené un grand concours de population. Les trains partis de Marseille étaient complets et les bateaux qui font le service entre La Seyne et Toulon n’avaient cessé d’amener une foule de curieux. Le mistral qui soufflait très violemment pendant toute la matinée, retarda l’opération qui devait avoir lieu vers dix heures. A midi seulement, une accalmie sc produisit et permit de faire les derniers préparatifs. On remarquait aux abords de la cale où reposait La Bourgogne : M. Chabrier, administrateur délégué de la Compagnie générale transatlantique, MM. Daymard ingénieur en chef et Valin, ingénieur de la même Compagnie ; puis M. Le Moine, directeur de l’exploitation des forges et chantiers ; M. Lagane, ingénieur en chef des chantiers de La Seyne qui surveillait les dernières dispositions à prendre pour assurer le succès du lancement ; enfin une réunion nombreuse comprenant les principaux représentants de notre monde maritime, commercial et financier.

L’opération du lancement, toujours délicate, était encore rendue plus difficile par la grande longueur du bâtiment, et son poids considérable. Toutefois, toutes les précautions avaient été soigneusement prises et l’opération a été couronnée d’un plein succès. A deux heures et demie, M. Fournier, ingénieur des chantiers, fait enlever au moyen des signaux d’usage, les dernières accores, qui disparaissent en peu d’instants. Puis quand le magnifique paquebot est complètement débarrassé de cette forêt de bois qui l’entourait ; sur un signal de l’ingénieur, les dernières saisines, qui retenaient le navire, sont coupées et aussitôt La Bourgogne prend son mouvement de descente sur le plan incliné de la cale. Le mouvement s’accélère rapidement, et bientôt le berceau pénètre dans la mer, en soulevant des montagnes d’eau. Peu d’instants après, le navire dont la course s’est accélérée, flotte complètement, et brise, avant d’arrêter son essor, les retenues qui l’attachent au rivage. A 150 mètres de la cale le navire s’arrête majestueusement, an milieu des applaudissements de la foule, qui s’écoule ensuite bruyante et houleuse.

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