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Les merveilles de l’industrie par L. Figuier : Les eaux de Paris

La Nature N°138 - 22 Janvier 1876

lundi 1er novembre 2010, par Denis Blaizot

Les premiers habitants de Paris puisaient directement dans la Seine l’eau qui servait à leur alimentation. Plus tard les Romains construisirent l’aqueduc d’Arcueil, et les vestiges de cette construction sont encore visibles au palais des Thermes de l’empereur Julien. Cet aqueduc périt avec l’empire romain, et ce n’est qu’au treizième siècle que des moines firent dériver les sources de Belleville et des prés Saint-Gervais. Ces eaux impures et séléniteuses seraient actuellement méprisées et rejetées de tous ; cependant Paris en a été alimenté pendant plus de quatre siècles (de 1200 à 1608), jusqu’à l’époque où la pompe de la Samaritaine fut établie sur le pont Neuf.

Sans retracer l’histoire complète des eaux de Paris dans les siècles précédents, nous arriverons aux gigantesques travaux qui ont été entrepris dans ces derniers temps pour alimenter notre métropole, Résumons toutefois les faits, par la récapitulation de dates intéressantes. La machine de la Samaritaine, érigée par Henri IV en 1608 à l’aval du pont Neuf, fut détruite en 1813. Son produit était de 400 mètres cubes d’eau par 24 heures. Les pompes du pont Notre-Dame, érigées en 1670, ont cessé de marcher le 2 mars 1858. Les pompes à feu construites par les frères Périer en 1782 ont cessé de marcher, l’une le 7 août 1851, l’autre le 5 novembre 1853.

A cette époque (1853) commencèrent à fonctionner les nouvelles machines de Chaillot, puis, en 1858, la pompe à feu du quai d’Austerlitz, que représente une des gravures ci-contre. Cette machine à vapeur est à haute pression et à détente, sa force est de 130 chevaux-vapeur. Elle dessert. suivant les besoins du service, les bassins de Charonne (rive droite) ou ceux de Gentilly (rive gauche).

Voici quel était, en 1861, l’état général des machines de la ville, et des quantités d’eau que ces machines pouvaient élever. Nous commençons par l’amont, et nous suivons le cours du fleuve en descendant : 1° Établissement de Port-à-l’Anglais, 2 machines : 6,000 mètres cubes d’eau ; 2° Établissement de Maisons-Alfort, 3 machines : 6,400 m. c. ; 3° Établissement du quai d’Austerlitz, 2 machines : 10,000 m. c. : 4° Établissement de Chaillot, quai de Billy, 2 machines : 38,000 m. c. : 5° Établissement d’Auteuil, 5 machines : 4,100 m. c. ; 6° Établissement de Neuilly, 2 machines ; 4,700 m. c. ; 7° Établissement de Clichy, 1 machine : 1,500 m. c. ; 8° Établissement de Saint-Ouen, 5 machines : 4,500 m. c. Total, 18 machines élevant 73,000 mètres cubes d’eau.

Mais comme toutes les machines ne pouvaient fonctionner à la fois, que le tiers ou la moitié devaient rester au repos, pour qu’on pùt opérer les nettoyages et les réparations, on ne montait guère plus de 42,000 mètres cubes.

En résumé le volume d’eau dont l’administration municipale de Paris pouvait disposer en 1861 peut s’évaluer ainsi qu’il suit :

Mètres cubes en 24 heures
Eau de l’Ourcq 106,000
- de Seine élevée par les machines à vapeur 42,000
- d’Arcueil, environ 1,000
- du puits de Grenelle 940
Eaux de Belleville et des Prés-Saint-Gervais 160
Volume total par 24 heures 150,100

Jusqu’à la fin du seizième siècle Paris recevait seulement 200 mètres cubes d’eau.

Mètres cubes
A la fin du dix-septième siècle. 1,800
A la fin du dix-huitième siècle. 7,986
En 1861. 150,000

Dans la séance du 18 mai 1860, le Conseil municipal de Paris adopta le projet de dérivation qui devait transformer le régime d’alimentation de la métropole, et la ville devint propriétaire des sources dont la désignation suit :

Débit par 24 heures en temps de sécheresse extraordinaire.
Mètres cubes.
Sources devant être amenées par l’aqueduc de la Dhuis. 1° La Dhuis. 30,000
2° Les sources de Montmort 3,000
Sources devant être amenées par l’aqueduc de la Vanne 1° Les sources de Noé, Theil, Malhortie, Saint-Philbert et Chigny 67,000
2° Les sources d’Armentières 20,000
Total. 120,000

Nous avons précédemment parlé de l’aqueduc de la Vanne, qui amène l’eau dans le grand réservoir de Montsouris [1] ; nous ne reviendrons pas actuellement sur les constructions grandioses qui se rattachent à cette partie de l’alimentation de Paris, mais nous décrirons. aujourd’hui l’aqueduc qui déverse dans le réservoir de Menilmontant l’eau des sources de la Dhuis.

D’après l’analyse chimique, l’eau de la Dhuis est un peu plus calcaire que l’eau de la Seine. Mais ce qui a montré qu’elle serait peu incrustante pour l’aqueduc, c’est que la roue du moulin de Pargny, qu’elle met en action, n’est nullement recouverte de dépôts terreux, comme il arrive dans ce cas pour les eaux de sources très-calcaires.

Cette eau, qui sort des argiles à meulière dont on voit les blocs disséminés tout autour, à fleur du sol, est d’une limpidité parfaite ; sa température en été se maintient à 11° ; aussi l’extérieur des vases se recouvre-t-il en été d’une forte buée, dès qu’ils en sont remplis. Elle est excellente au goût, quoique inférieure sous ce rapport aux admirables eaux de la Vanne.

Les jolies sources de Montmort, que la ville de Paris a achetées, sont situées à 25 kilomètres de là. Tout le long de la vallée coulent d’ailleurs de nombreuses sources plus abondantes, et qu’il serait facile de réunir à celles de la Dhuis.

L’aqueduc de la Dhuis se compose de galeries en maçonnerie et de tuyaux en fonte. Les galeries sont établies sur les coteaux qui bordent la Dhuis ou la Marne ; les conduites en fonte servent à franchir les vallées secondaires qui coupent ces coteaux.

La largeur intérieure de l’aqueduc est considérable ; elle n’est pas moindre de 1,76m sur certains points, et sur d’autres 1,40m. Les conduites de foute pour la traversée des vallées an l’ont 1 mètre et 1,10m de diamètre intérieur. La longueur totale de cet aqueduc est de 130,880 mètres se décomposant ainsi : parties voûtées dans les tranchées à ciel ouvert, 100,822 mètres, parties en souterrains 12,928 mètres ; siphons pour traverser les vallées 17,130 m.

L’aqueduc se maintient sur les coteaux de la rive gauche de la Dhuis, puis de la Marne, jusque dans le voisinage de Paris, près de Chalifert, où il franchit la Marne sur un pont, pour passer de là sur le coteaux de la rive droite, qu’il suit jusqu’à Paris. Comme les égouts de Paris, cet aqueduc est construit en pierre meulière et avec du ciment romain. Mais tandis que la pierre meulière est transportée à grands frais à Paris, pal’ cal ! ou par chemin de fer, on la trouve presque partout au sommet des coteaux que longe l’aqueduc. On comprend donc que la dépense de construction de cette longue conduite n’ait pas été considérable ; elle a été de 18 millions environ.

L’eau de la source de la Dhuis est à l’altitude de 130 mètres an-dessus du niveau de la mer ; elle arrive dans le réservoir de Ménilmontant, près des fortifications, à l’altitude de 108 mètres, c’est-à-dire l81 mètres au-dessus du niveau de la Seine, pris an zéro de l’échelle du pont de la Tournelle. La première figure représente un des ponts-siphons de l’aqueduc de la Dhuis.

L’aqueduc de la Vanne, comme nous l’avons dit un peu plus haut, se déverse dans le réservoir de Montsouris, situé au sud de Paris, à quelque distance de l’Observatoire.


[1Voy. deuxième année, 1874, premier semestre, p. 179 : les Réservoirs de Montsouris.

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