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Les appareils domestiques à laver le linge

E.-H. Weiss, La Nature N°2606 - 15 Mars 1924

Mis en ligne par Denis Blaizot le vendredi 14 septembre 2012

L’élévation du prix du blanchissage du linge a mis en évidence l’utilité des appareils plus ou moins perfectionnés, qui permettent, sans trop de fatigue et avec le minimum de temps, de procéder chez soi à ces diverses opérations. Il y a peu d’années, les machines à laver le linge étaient, en France, un objet de curiosité ; aujourd’hui les modèles. proposés à la clientèle sont nombreux, ainsi que l’a prouvé l’exposition si intéressante et si variée du Salon ménager, organisée par l’Office national des Recherches et des Inventions. Ce n’est pas déchoir que de s’occuper de problèmes en apparence futiles, mais en réalité d’un immense intérêt pratique. Multipliez les frais hebdomadaire de blanchissage indispensables à chacun de nous, par le nombre de Français et vous obtiendrez un produit coquet de milliards annuels.

  1° Blanchissage rationnel.

Avant de passer en revue les diverses machines que nous avons examinées, il est bon d’insister sur les qualités qui caractérisent un blanchissage rationnel.

Tout d’abord, l’eau de lessive ne doit pas dépasser la température de 80° environ, sous peine de cuire les sécrétions qui souillent le linge sale, ce qui forme des taches. La désinfection se fera d’elle-même par le savon ou par une addition d’un peu d’eau de Javel, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la lessive bouillante ; d’ailleurs le repassage avec le fer, dont la température atteint un point élevé, suffit à la désinfection.

Le savon doit toujours être employé en dissolution, car les particules de savon qui se déposent quand on frotte le linge avec le morceau de savon, obstruent les pores du linge et rendent difficile la circulation de l’eau de lessive ensuite.

Les quantités de savon et de lessive à mettre dans une machine dépendent de trop de facteurs : saleté du linge, quantité de pièces, qualité de l’eau, pour qu’il soit possible de les fixer autrement que par des expériences. Pour ne pas altérer les proportions, il est bon d’essorer le linge après le trempage, avant de le placer dans la lessive. Si le linge reste jaune après le rinçage, c’est qu’il y a trop de lessive ou de cristaux de soude.

Enfin si vous disposez d’une machine, vous devez faire de fréquents lavages et ne pas attendre que le linge soit trop sale ; il nécessitera une action moins énergique, surtout si vous ne bourrez pas trop la machine : vous y gagnerez de faire durer le linge.

Le savon doit être bien dissous et l’eau doit bien mousser. Le rinçage se fera à l’eau très chaude, bouillante si possible et cela après essorage du linge.

L’essorage final ne sera pas trop complet pour permettre d’avoir un linge plus blanc, grâce à l’action oxydante de l’air et du soleil : rappelez-vous le blanchissage des toiles sur les prés.

Examinons maintenant les modèles de machines, qu’il est assez difficile de classer, car pour soumettre le linge.à des malaxages rappelant plus ou moins parfaitement l’action de la laveuse, du battoir et de la brosse, les inventeurs ont imaginé des dispositions très variées. Nous distinguerons donc trois sortes de machines : celles qui permettent de chauffer le récipient, celles qui se contentent d’avoir une laveuse dans laquelle on verse les lessives ou les eaux de rinçage préparées et chauffées, celles qui comportent des battoirs amovibles. Toute machine est bonne qui permet d’effectuer le lavage suivant les principes que nous avons indiqués plus haut.

Dans presque tous les modèles, l’essorage du linge se fait au moyen de rouleaux caoutchoutés. Le linge passe, au sortir de la machine, entre ces rouleaux et la pression fait sortir la plus grande partie du liquide. Les meilleurs rouleaux sont ceux qui ont une épaisseur de caoutchouc suffisante pour avoir une grande élasticité et permettre le passage des boutons, des sur-épaisseurs, sans dommage pour les pièces. On peut d’ailleurs régler la pression des rouleaux l’un sur l’autre.

Généralement les rouleaux essoreurs sont montés sur là. machine à portée de là cuve ; quelquefois même ils sont placés sur un bras pivotant qui s’efface pendant l’opération du lessivage proprement dit.

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  2° Machine avec chauffage

Lessiveuse la Merveilleuse — C’est plutôt un appareil qu’une machine, mais il offre l’avantage de s’adapter parfaitement aux lessives domestiques ; car il utilise des lessiveuses de forme. et de dimensions analogues aux appareils non mécaniques habituellement employés. Un axe traverse le couvercle. On le manœuvre avec une manivelle. Il se trouve maintenu dans le fond par une sorte de crapaudine et il fait tourner un organe malaxeur (fig. 1) constitué par trois tiges montées sur un support supérieur. Lorsque le linge est placé avec la lessive, on donne au malaxeur un mouvement de va-et-vient au moyen de la manivelle. Le chauffage s’effectue en même temps, car la lessiveuse peut, comme à l’habitude, être placée sur un fourneau. Un robinet de vidange permet d’évacuer la lessive et le rinçage peut s’effectuer à l’eau courante grâce à une tubulure d’arrivée montée sur le couvercle lui-même.

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Pendant le rinçage, on manœuvre l’organe malaxeur.

L’essoreuse se monte sur le récipient, une fois le couvercle enlevé (fig. 2). On n’a donc pas à mettre les mains à l’eau, ni à se servir de la brosse.

Lessiveuse B. R. C — Dans cette machine, le linge est brassé par le mouvement rotatif du cylindre qui le contient et qui tourne autour d’un axe reposant sur les paliers placés sur la cuve (fig. 3). Le cylindre comporte des trous qui permettent aux liquides de circuler. Une manivelle extérieure commande la rotation du cylindre. Là aussi la cuve peut être placée pendant l’opération sur un appareil de chauffage quelconque.

Suivant les dimensions du cylindre, on peut faire des lessivages plus ou moins importants et en particulier le lavage de pièces délicates et fines, car le linge n’est pas soumis à un traitement trop sévère. Ces appareils ne comportent pas de rouleaux essoreurs.

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Machines Gyor — Ces machines, comme les précédentes, comportent un cylindre rotatif monté sur une cuve.

Le tambour, qui peut tourner sur ses supports sous l’action de la manivelle, a sa paroi intérieure garnie d’augets de section trapézoïdale, dont les faces brassent le linge introduit dans le tambour et dont les f en tes longitudinales permettent au liquide, puisé à la partie inférieure, de se déverser sur le linge lorsque l’auget passe à la partie supérieure.

La fabrication de ce tambour, qui est la partie principale de la machine, est établie de façon à supprimer toute aspérité susceptible de détériorer le linge ; les lèvres des fentes assurant la .circulation de la lessive sont soigneusement renvoyées à l’extérieur du tambour.

Un couvercle muni de poignées s’emboîte sur le bassin pour éviter les projections de liquide pendant le travail, il peut servir de bac à essanger ou à rincer.

L’ensemble de la machine a la forme d’un cylindre terminé par deux fonds elliptiques (fig. 4).

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Un robinet permet le soutirage des liquides et le réservoir du fourneau générateur sert à alimenter l’appareil en eau chaude pour le rinçage .

Après le rinçage, on peut aussi passer le linge au bleu ou au blanc sans avoir à le sortir du tambour. On tourne ensuite quelques tours à vide assez rapidement pour bien égoutter le linge qu’on passe ensuite dans une essoreuse à rouleaux montée sur le bac à essanger « Gyor » et qui permet un séchage très rapide.

Cette machine se fait en modèles de diverses grandeurs, pour 15, 30 ou 60 pièces. Dans les modèles importants, un mécanisme démultiplicateur diminue l’effort à faire pour la rotation du tambour ; on peut aussi commander le mouvement par un moteur électrique qui agit sur un mécanisme alternateur inverseur spécial.

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Machines Ducellier — Ce sont également des appareils à tambour rotatif placé sur une cuve. Le tambour est percé de trous et il est renforcé par de tuees longitudinaux également perforés. Nous trouvons aussi le réservoir à eau chaude, le robinet de vidange et le couvercle formant baquet.

La manœuvre se fait à la manivelle, et comme dans les machines Gyor, on peut utiliser tous les foyers à gaz, à charbon, à bois. etc. (fig. 5).

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Les machines Ducellier se font en plusieurs modèles de différentes capacités ; elles s’adaptent donc à tous les besoins.

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La Lessibonne — Cette machine est une lessiveuse bitronconique (fig. 7). Elle est montée sur un foyer et peut tourner autour d’un axe pour brasser le linge et aussi pour opérer la vidange rapide de l’appareil (fig. 10). La machine peut osciller dans les deux seps par l’action d’une manivelle et un entonnoir latéral permet le remplissage avec les liquides appropriés.

Machine Airplane — Dans cette machine le linge est placé dans une cuve rectangulaire. Par un jeu de bielles actionnée" par un moteur électrique, elle oscille d’un mouvement régulier et alternatif, de façon à brasser le linge avec les liquides. A la partie inférieure une rampe à gaz permet de chauffer la cuve pendant l’opération.

L’essoreuse est montée sur un bras pivotant et par une manette, on embraye les rouleaux de manière à les actionner par le moteur électrique (fig. 6).

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La capacité de cette machine est d’environ une centaine de torchons, on peut y placer également des couvertures et des pièces encombrantes,

La machine est montée sur roulettes, elle est entourée d’un coffrage et peut ainsi être utilisée comme table, en particulier pour le repassage.

  3° Machines sans chauffage

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— Machine Samo — C’est un tonneau en chêne de 75 litres, muni de deux secteurs dentés, qui roulent sur des crémaillères. Un bras manivelle agit sur l’un des secteurs et fait osciller le tonneau, qui décrit alors une trajectoire épicycloïdale (fig. 8). Ce mouvement bat le linge sur lui-même et détermine sur le liquide des sortes de coups de bélier. Ces chocs violents pulvérisent les liquides, les forcent à traverser les linges.

Le tonneau est fermé par un couvercle à vis de pression et l’absence de pièces intérieures permet de traiter sans inconvénient les tissus même fragiles.

L’essoreuse se monte sur le tonneau placé verticalement et se manœuvre à la manivelle (fig. 9).

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La Lavandière — Cette machine est formée d’une cuve en pitchpin bouvetée, elle comporte un organe malaxeur qui rappelle celui de La Merveilleuse décrite au début. C’est un plateau muni de quatre doigts verticaux, actionné par un levier à glissières. On opère ainsi le brassage du linge.

Un robinet inférieur permet la vidange et l’essoreuse se monte sur la cuve quand le couvercle est enlevé (fig. 11). On l’actionne par une manivelle.

La capacité est celle d’un cuvier en bois de dimensions courantes.

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Machine Nec plus ultra — Cette machine est constituée par une cuve en bois de chêne.

L’organe batteur est formé de deux palettes en bois qui reçoivent un mouvement alternatif produit par la rotation d’un volant manivelle. Ce volant ainsi sur un mécanisme inverseur denté très ingénieux. On opère ainsi un véritable battage du linge, analogue à l’action du battoir manuel (fig. 12).

L’essoreuse se manœuvre à la manivelle une fois le couvercle enlevé.

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La capacité de l’appareil est aussi celle d’un cuvier en bois ordinaire.

Machine Morison — Cette machine comporte une cuve en cèdre de Virginie, dont le fond est muni de lattes de frottement disposées en étoile. Le plateau battoir supérieur, dont le diamètre est légèrement inférieur à celui de la cuve, porte également des lattes de battage et il est perforé, de façon à permettre la circulation des liquides (fig. 13).

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Le mécanisme permet de donner à la cuve un mouvement alternatif latéral et vertical. Sur le bâti repose un arbre vertical porte-cuve. Dans le support se trouve articulé un bloc, qui oscille dans un plan horizontal. A l’extrémité extérieure est articulé un crochet en forme d’S, agencé pour osciller exactement dans un plan vertical.

La manœuvre à la main se fait par une poignée en imprimant à la cuve un mouvement alternatif.

L’essoreuse se fixe sur le bâti support en bois de la laveuse.

Le linge n’est ni frotté, ni secoué, il est simplement soumis à une circulation forcée de l’eau.

On peut actionner la machine électriquement.

La capacité est celle d’une cuve en bois ordinaire.

Machine Universal — Cette machine comprend un cylindre rotatif. Elle est actionnée par un moteur électrique qui s’arrête automatiquement en cas de résistance exceptionnelle.

Tout le mécanisme est dissimulé sous la table et l’essoreuse est montée sur un côté de la machine.

Machine Thomson — Dans cette machine, le linge est contenu dans une caisse qui reçoit, d’un moteur électrique, un mouvement de bascule par une série d’engrenages. La caisse est étamée et les coins sont arrondis. Le linge est brassé par le mouvement de bascule et la régularité du mouvement évite tout dommage au linge.

L’essoreuse est montée sur un bras rotatif, elle se place au moment voulu à portée de la cuve et elle reçoit son mouvement du moteur électrique par des engrenages, qui, ainsi que les précédents, sont emprisonnés dans des carters protecteurs (fig.14). Deux manettes commandent les embrayages correspondants.

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  4° Machines avec battoirs

Machine Aurore — Cette machine a déjà fait l’objet d’une description dans la Science appliquée de La Nature n°2585 (20 oct 1923).

Rappelons qu’elle est constituée par un baquet tournant autour de son axe. Deux fouloirs jumelés et mobiles en tous sens sont montés sur un palonnier qui s’élève et s’abaisse alternativement. Tous ces mouvements sont obtenus par une simple manivelle, qui commande des roues dentées reliées par des chaînes de bicyclettes. On peut faire agir aussi un moteur électrique.

La machine peut contenir 5 draps ou l’équivalent et 12 à 15 litres de lessive.

Les battoirs se relèvent pendant la manutention du linge.

Machine Laun-Dry-Ette — Cette machine comprend une cuve en cuivre, dans laquelle peut tourner à grande ou petite vitesse. sur un arbre vertical, une bassine perforée.

Pendant le lavage, la bassine tourne lentement. alors que deux timbales exercent sur le linge un mouvement continuel de compression et d’aspiration. Ces cloches renversées forcent l’eau à traverser le linge et à sortir par les trou, de la bassine. Il n’y a ni battage, ni torsion, ni frottage, ce qui est avantageux pour les pièces délicates (fig, 15).

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L’essorage est assez particulier. On enlève les cloches et en appuyant sur une pédale, la bassine sort de l’eau avec le linge qu’elle contient. Un commutateur fait agir le moteur électrique et provoque la rotation de la bassine à toute allure. Elle fonctionne alors comme essoreuse centrifuge. Comme il se produit en même temps une certaine ventilation, une rotation prolongée de dix minutes rend le linge propre au repassage au sortir de la machine (fig. 16).

Étant donné la rapidité de son action, cette machine, malgré la contenance normale de la bassine, permet son adaptation à un débit considérable. On peut y traiter les couvertures ou les pièces encombrantes.

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Tout le mécanisme est commandé électriquement.

  5° Battoirs

— Dans les dernières machines que nous venons de décrire, nous avons vu qu’on employait des battoirs. Il existe également des battoirs ou cônes laveurs formés de cloches montées à l’extrémité d’un manche. On les manœuvre verticalement de manière à faire agir plus efficacement les liquides sur le linge placé dans une cuve (fig. 17).

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Ces cônes présentent des ouvertures, permettant la circulation des liquides ; certains portent des dispositifs évitant la projection du liquide (fig. 18). Ils agissent parfois en comprimant de l’air dont la pression a pour effet de forcer les liquides à bien pénétrer dans les étoiles.

Ceux de la dernière machine décrite portent d’ailleurs des bourrelets pneumatiques en caoutchouc.

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  Quelle est la meilleure machine ?

— C’est certainement la question que se posera le lecteur, s’il a lu la description de tous les modèles que nous avons rassemblés dans cet article.

Il est assez difficile de faire un choix sans avoir essayé chaque machine avec toutes les garanties désirables et tous les moyens de mesure très serrés. Il est à souhaiter que des essais scientifiquement conduits et comparatifs nous fixent quelque jour sur le classement des diverses machines. Ils devront faire intervenir également un coefficient basé sur le prix d’achat de chaque appareil, un autre sur l’usure du linge par le traitement subi, etc.

Il est évident que le linge très sale doit être énergiquement traité, alors que du linge peu souillé se contente au contraire d’un malaxage bénin.

Étant donné que la possession d’une machine rend possible le lavage fréquent du linge - ce qui au point de vue strictement hygiénique est un avantage indiscutable - notre préférence au point de vue de l’utilisation ménagère va aux appareils les plus simples, aux plus économiques aussi. Il est relativement facile d’inventer une machine compliquée et chère, mais le talent véritable d’un inventeur consiste surtout à imaginer, avec des moyens élémentaires, quelque chose qui peut donner satisfaction au plus grand nombre.

Quand le problème du lavage se pose pour assurer de gros débits, la question de la machine chère est alors secondaire. Seule la production rapide et le lavage parfait doivent entrer en ligne de compte.

E.-H. Weiss