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Le baromètre et la prévision du temps

J. Derôme, La Nature N°1258 — 10 juillet 1897

mardi 21 septembre 2010, par Denis Blaizot

Le ciel est indécis. Pleuvra-t-il ? Ne pleuvra-t-il pas ? On jette un coup d’œil sur le baromètre accroché à la muraille, il marque : Beau temps. Gaiement on sort, laissant à la maison l’encombrant parapluie, et l’on reçoit une superbe averse !

C’est qu’en effet, il est faux que la hauteur absolue du baromètre puisse indiquer le temps. Le préjugé date de loin : dès les premiers temps de la découverte du baromètre, on s’aperçut que le niveau du mercure se déplace continuellement et que ces variations paraissaient intimement liées aux changements des vents. A Paris, par exemple, d’une manière générale, le baromètre est moyennement le plus haut quand le vent souffle du nord ou du nord-est, et moyennement le plus bas quand le vent souffle du sud ou du sud-ouest. Comme la pluie, à Paris, est le plus souvent amenée par les vents du sud ou du sud-ouest, on en a conclu que lorsque le baromètre est bas, il faut prévoir la pluie. Les constructeurs, alors, ont placé en regard des divisions du tube barométrique des notations qui sont généralement les suivantes :

  • 785mm Très sec
  • 776mm Beau fixe
  • 767mm Beau temps
  • 758mm Variable
  • 749mm Pluie ou vent
  • 740mm Grande pluie
  • 731mm Tempête.

Ces instruments, construits à Paris, sont vendus un peu partout, en province, et l’habitant de Briançon, par exemple, est tout étonné de voir son baromètre se fixer d’une façon presque générale aux environs de Tempête ! C’est qu’en admettant, en effet, qu’un baromètre construit comme nous venons de le dire puisse donner des renseignements exacts à Paris, il n’en résulte pas pour cela que sa graduation conserve un sens en tout autre lieu ; car, le baromètre baissant au fur et à mesure qu’on s’élève au-dessus du niveau de la mer, à chaque lieu du globe correspond une hauteur barométrique moyenne : 762,5mm à Paris ; 727mm à Genève, etc.

En outre, le raisonnement sur lequel est basée la graduation des constructeurs n’est pas applicable partout : c’est ainsi qu’à Saint-Pétersbourg il pleut à peu près indifféremment par tous les vents, que ceux-ci maintiennent élevé ou non le niveau du mercure ; de sorte qu’à Saint-Pétersbourg, les indications barométriques interprétées comme elles le sont communément, sont sans valeur.

Enfin dans nos régions, à Paris même, elles n’en ont guère davantage : c’est ainsi que sur 1080 observations relevées, on a constaté 734 pluies avec un baromètre plus bas que la moyenne, et 346 pluies avec un baromètre plus haut que la moyenne ; c’est ainsi encore que les vents du nord-est amènent souvent de la pluie ou de la neige, quand ils soufflent violemment, même quand le baromètre monte. Et, en effet, le raisonnement que nous avons rappelé au début n’est pas rigoureux : les deux généralement qu’il contient lui enlèvent tout caractère d’un syllogisme exact ou même suffisamment approché. Parallèlement aux indications du baromètre, il y a lieu de tenir compte de bien d’autres influences locales qui, non seulement peuvent agir à l’encontre des indications barométriques, mais même intervenir directement pour les modifier. La force du vent, sa persistance à souffler dans telle ou telle direction, la valeur de l’état hygrométrique de l’air, la marche des minima thermométriques quotidiens sont des facteurs très importants à considérer dans la prévision du temps. Il faut-même tenir compte des accidents de terrain : ainsi, lorsqu’un courant nord-ouest s’établit sur la France, les Pyrénées et les Alpes entravant l’action du vent, la pression atmosphérique augmente au nord-ouest, et le baromètre monte ; elle diminue au contraire au sud-est, et là le baromètre baisse.

On voit qu’il ne reste rien d’exact dans la manière de consulter un baromètre que nous indiquions en commençant. Le baromètre ne peut-il donc être d’aucune utilité pour la prévision locale du temps à courte échéance ? — Si, mais il faut étudier d’abord la marche générale de l’instrument dans le lieu où l’on veut l’utiliser.

Les variations barométriques se divisent d’elles-mêmes en variations régulières et en variations accidentelles. Le baromètre, par les temps les plus calmes, éprouve chaque jour des variations régulières : il monte de 4 heures à 10 heures du matin, baisse de 10 heures du matin à 4 heures du soir environ, recommence à monter jusque vers 10 heures du soir, pour redescendre ensuite à son minimum de 4 heures du matin. Ces variations ont une amplitude très faible dans nos régions, où elles disparaissent devant les variations accidentelles, beaucoup plus grandes, et qui, elles, sont liées plus ou moins intimement aux changements du temps. C’est le contraire qui a lieu pour les régions tropicales, où les variations régulières ont une bien plus grande amplitude que les variations accidentelles : de Humboldt, voyageant. en Afrique, était même parvenu à se servir de son baromètre comme d’une horloge. Il résulte de là qu’une variation accidentelle de 1 millimètre pourra ne pas avoir de conséquences dans un endroit déterminé, alors qu’en un autre endroit elle pourrait présager les plus violents ouragans.

Si donc le constructeur du baromètre veut lui adjoindre, pour continuer à répondre au désir du public, une graduation ayant quelque sens, il devra écarter ou rapprocher les divisions Beau temps, Beau fixe, etc., suivant le lieu où l’instrument servira. De plus, d’un grand nombre d’observations il devra déduire la hauteur moyenne du baromètre en ce lieu, et c’est en regard de cette hauteur moyenne qu’il devra placer le mot : Variable. Pourquoi, dans ces conditions, le constructeur ne rendrait-il pas mobile la planchette ou le cadran qui porte les indications, et même ne composerait-il pas cette planchette ou ce cadran de parties mobiles les unes par rapport aux autres ? Le possesseur de l’instrument, allant d’un lieu à l’autre, pourrait alors lui-même placer les différentes indications à l’écart voulu, et le mot Variable au point convenable. Des tables faciles à dresser à l’aide des nombreuses observations déjà faites, lui donneraient d’ailleurs tous les renseignements nécessaires. Ce ne serait là, du reste, qu’un progrès fort insuffisant ; mais sans les indications usuelles, les constructeurs ne vendraient peut-être plus leurs instruments, et dans ces conditions le plus petit progrès sur le préjugé n’est pas à dédaigner.

Mais il y a une méthode plus raisonnée pour consulter avec fruit le baromètre : tout d’abord, ce qu’il importe de noter au moment de l’observation de l’instrument, ce n’est pas la hauteur absolue du niveau (ou la position absolue de l’aiguille dans les baromètres anéroïdes), mais le sens de la marche ; aussi peut-on recommander, à cet égard, l’emploi d’un baromètre un peu paresseux, d’un baromètre à tube étroit, par exemple. On donnera un petit coup sec sur l’instrument au moment de faire la lecture, et l’on verra le mercure ou l’aiguille en retard faire un petit mouvement brusque qui indique tout de suite le sens de la marche depuis l’observation précédente. Voici alors, succinctement résumées, les déductions probables qu’on pourra tirer, dans notre climat, de la consultation du baromètre ; elles sont le résultat d’un grand nombre d’observations enregistrées depuis un très long temps :

  1. Si le niveau moyen reste stationnaire ou monte pendant que le temps devient plus froid et l’air plus sec (consulter le thermomètre à minima et l’hygromètre), on doit prévoir des vents de la partie du nord, ou une diminution de vent ou de pluie ; si le niveau moyen reste stationnaire ou baisse pendant que le temps devient plus chaud et l’air plus humide, on doit prévoir des vents du sud-ouest et de la pluie ;
  2. Une augmentation brusque de 1 ou 2 millimètres, surtout quand le baromètre est bas, indique assez souvent l’arrivée de la pluie ;
  3. Une baisse brusque et considérable a une signification plus nette encore ; c’est un présage de fort mauvais temps, de tempête.

Tels sont les points principaux qui pourront servir de repères à un observateur isolé, cherchant à prévoir le temps à courte échéance. Il ne devra pas perdre de vue un seul instant la grande importance que peuvent prendre les influences locales les plus diverses, il cherchera à les classer, et par là perfectionnera sa méthode. Mais s’il n’est plus isolé, s’il a connaissance d’autres observations faites en d’autres lieux en même temps que les siennes, il acquiert de nouveaux et précieux moyens d’appréciation. C’est par un classement logique et une étude raisonnée d’un grand nombre de telles observations, que la météorologie a pu faire d’importants progrès dans la dernière moitié de ce siècle et devenir une science beaucoup plus avancée qu’on ne le croit généralement.

J. Derôme Licencié ès sciences.

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