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L’invention de la poudre sans fumée en 1870

Sauvage, La Nature N°2071 — 1er Février 1913

Mis en ligne par Denis Blaizot le lundi 5 avril 2010

On racontait il y a quelques mois que la première poudre nitrée remontait à l’année 1410 où elle aurait été employée par le maître armurier Abraham de Memmingen [1]. On nous apprend aujourd’hui que la poudre sans fumée à la nitro-cellulose pure est décrite en détail dans des brevets autrichiens remontant à 1870-71.

Les brevets en question inscrits au Patent Amt autrichien sous les numéros 21 208 et 21 257 ont été demandés les 8 novembre 1870 et s février 1871 par l’ingénieur Friedrich Volkmann, directeur de l’usine de Marchegg près de Vienne.

On trouve dans ces brevets une description complète du mode de fabrication de la poudre sans fumée au moyen de la nitro-cellulose gélatinisée par le mélange éther-alcool. Sous l’influence de ce dissolvant, la masse « se transforme, dit Volkmann, en une sorte de bouillie que ,l’on fait sécher pendant une douzaine d’heures entre 19° et 30°.

« On obtient ainsi une substance pâteuse flexible à laquelle on peut donner au moyen de moules et de presses toutes les formes que l’on désire ....

« Suivant que la pression ... a été plus ou moins accentuée la vitesse de production des gaz de la poudre se trouve augmentée ou réduite, et des règles expérimentales permettent au fabricant de régler cette vitesse avec une précision mathématique. »

Volkmann indique d’ailleurs dans ses brevets tous les avantages que présente la nitro-cellulose gélatinisée :

  • Fumée absolument transparente ;
  • Détonation atténuée ;
  • Résidu très faible, peu adhérent ;
  • Poids réduit de moitié ;
  • Rasance du tir augmentée ;
  • Fabrication moins dangereuse que celle de la poudre noire ;
  • Puissance non altérée par l’eau.

Volkmann ajoute que sa poudre est un collodion et que c’est cette constitution qui lui vaut une partie de ses qualités.

On voit combien Volkmann était en avance sur son époque. Aussi lui arriva-t-il ce qui arrive à tous les inventeurs trop pressés ; on ne l’écouta point et non seulement on ne l’écouta point, mais comme son usine, la Collodin fabrik, fabriquait de la poudre sans fumée et que le monopole des poudres existait en Autriche (de même qu’il existe encore en France), le gouvernement autrichien ferma d’office, en 1875, l’usine de Marchegg. Quant à Volkmann, on n’entendit plus parler de lui, et il ne fit point valoir l’antériorité de sa découverte quand la poudre à la nitro-cellulose gélatinisée reparut triomphalement une dizaine d’années plus tard. Il était sans doute mort de misère comme tant d’autres inventeurs de génie.

Sauvage


[1Le traite d’Abraham de Memmingen, Feuerwerksbuch, écrit vers 1410, a été imprime à Francfurt en 1534. (Voy. n° 2057, du 26 octobre 1912.)