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Le système phototélégraphique Berjonneau

Lucien Fournier, La Nature N°1807 — 11 janvier 1908

Mis en ligne par Denis Blaizot le mercredi 17 août 2011

Loin d’imiter le Dr Korn [1], qui pâlit pendant plusieurs années sur l’appareil que nous connaissons, M. Berjonneau, inventeur occasionnel, s’attela au problème de la phototélégraphie dès qu’il eut pris connaissance comme vous et moi, des expériences sensationnelles que le professeur allemand avait effectuées sur le circuit téléphonique de Paris à Lyon. D’autre part, l’inventeur avoue ingénument que ses connaissances en électricité sont loin d’être approfondies. On est donc en droit de se demander, au premier abord, comment il est parvenu à concevoir un appareil donnant des résultats sérieux. Tout inventeur procède, en général, par intuition, par tâtonnements ; il est donc inutile de chercher les comment et les pourquoi qui peuvent venir à l’esprit de ceux auxquels il se confie, Nous sommes en présence d’un appareil phototélégraphique qui fonctionne, en chambre c’est vrai, mais enfin qui remplit le but en vue duquel il a été conçu, Étudions le purement et simplement.

Sa première qualité est d’être très petit et très simple ; il ne rappelle en rien les organes extrêmement compliqués que le professeur Korn met en jeu. C’est vous dire que le sélénium n’est pour rien dans la transmission des images. Tout d’abord, il n’existe qu’un appareil unique, alternativement transmetteur et récepteur ; il suffit de tourner une manette à trois branches pour que les organes qui ont servi à la transmission soient aptes à enregistrer l’image que le poste correspondant veut transmettre. Voilà déjà une excellente référence. Puis la relation entre les deux postes est établie par un fil de ligne unique. C’est la première fois qu’une telle hardiesse est réalisée ; elle permet donc l’utilisation de l’appareil, non plus sur les circuits téléphoniques, mais sur toutes les lignes télégraphiques, quelle que soit leur longueur, ajouterons-nous, car il suffit que le courant arrive à destination avec assez d’intensité pour actionner un relais pour que l’appareil fonctionne, Enfin ce courant est un simple courant de pile qui conserve la même valeur pendant toute la durée de la transmission, absolument comme les courants utilisés par les appareils télégraphiques. Le système Berjonneau semble donc présenter sur les appareils phototélégraphiques actuels beaucoup d’avantages qui peuvent se résumer en quelques mots : il se plie à toutes les exigences.

Tous les organes de commande, relais et électro-aimants, sont rassemblés dans une boite en bois, qui se fixe au mur et est surmontée d’une autre boite plus petite dans l’intérieur de laquelle se meut le cylindre mobile, transmetteur ou récepteur. Devant le cylindre est placé l’objectif, constitué par une lentille qui entre en action au moment de la réception.

Pour effectuer la transmission d’une image, on recouvre le cylindre d’un cliché d’imprimerie pris sur cette image. Ce serait là un inconvénient réel d’être obligé de confectionner d’abord une photogravure si l’inventeur ne nous promettait la construction d’un matériel spécial léger et facilement transportable capable de prendre place dans une valise avec le photolélégraphe ! Le cylindre C (schéma fig. 2) est monté sur un axe D qu’il peut parcourir en tournant sur lui-même au moyen d’un système spécial placé à l’une de ses extrémités. Une pointe de platine P, entourée d’une substance isolante, appuie constamment sur ce cliché. Lorsqu’on met l’appareil en marche, le courant d’une pile locale, amené par la masse, est recueilli sur le cliché par la tige de platine et le ressort R l’envoie sur la ligne. Ce mode de transmission est à r.approcher de celui du télautograveur Carbonnelle décrit ici même dans notre numéro 1788 du 31 août dernier(1907).

On sait que les clichés d’imprimerie obtenus par la photogravure sont constitués par un groupement de points, plus ou moins rapprochés les uns des autres, pour figurer les parties sombres et les parties claires de la photographie. Les courants recueillis par la pointe de platine, au moment de son passage sur les points, sont donc toujours de même longueur, mais les émissions seront d’autant plus rapprochées que ces points le seront eux-mêmes ; de sorte que les envois de courants, très inégalement espacés, dépendront du groupement du pointillé sur la photogravure ; mais, dans tous les cas, ces courants auront constamment la même valeur.

Au poste récepteur le cylindre, entouré d’une feuille de papier sensible, tourne et progresse à la même vitesse que celui du poste transmetteur grâce à un système de synchronisme dans le détail duquel nous ne pouvons entrer. Le cylindre est enfermé dans une chambre noire et il est susceptible, pendant son mouvement de rotation, de présenter successivement tous les points de sa surface devant une très faible ouverture circulaire S, placée au foyer d’une lentille T devant laquelle est disposée une source lumineuse.

Le courant de la ligne arrive directement dans un relais E R et se rend ensuite à la terre. L’armature de ce relais étant attirée prend’ alors le courant d’une pile locale P et le dirige par l’intermédiaire d’autres organes dans un électro-aimant récepteur K d’où il fait ensuite retour à la pile. L’armature de cet électro-aimant étant attirée, ouvre, à l’aide du disque M qui la termine, le petit trou S au passage de la lumière ; celle-ci frappe le papier comme une pointe parce que la durée du contact étant très brève, le ressort de l’armature rappelle celle-ci aussitôt à sa position de repos qui est celle correspondant à la fermeture du trou S. La même manœuvre s’effectuant à chaque émission de courant, le pointillé du cliché se trouve reproduit avec une netteté parfaite sur le papier photographique. Les parties appelées à fournir une teinte sombre subiront les effets, les piqûres de la lumière à des intervalles de temps très rapprochés tandis que dans les parties claires la lumière n’agira’ qu’à des intervalles de temps beaucoup plus longs. Les appareils marchant en synchronisme parfait, chaque piqûre de lumière correspondra à un point du cliché et l’ensemble reconstituera parfaitement le document photographique original.

Il est bon d’ajouter que la mise en marche du poste récepteur n’exige aucunement la présence d’un opérateur. Lorsque le transmetteur veut envoyer l’image dont le cliché est enroulé sur le cylindre, il pousse vers la gauche un petit doigt disposé à la base de l’appareil ; cette simple manœuvre met son moteur en marche ; en même temps il a envoyé un courant sur la ligne. Ce premier courant actionne un électro-aimant spécial, utilisé ensuite pour d’autres fonctions, dont l’armature porte une petite tige, laquelle, en changeant de position, produit l’embrayage du moteur. Les deux moteurs partent donc en même temps ct la transmission et la réception s’effectuent ensuite automatiquement.

Le synchronisme a été imité des systèmes analogues employés en télégraphie. Au poste transmetteur le cliché ne recouvre le cylindre que sur les 19/20 de sa surface totale ; il reste donc une bande longitudinale inutilisée pour la transmission de l’image.

D’autre part, le cylindre récepteur est commandé de telle façon qu’il effectue 100 rotations pendant que celui de transmission n’en fait que 99. Or, le dispositif mécanique entrant en action pour la réalisation du synchronisme est tel que, lorsque le cylindre récepteur a fait 19/20 de tour, c’est-à-dire, en somme, lorsque le cliché en entier est passé devant la pointe de platine, ce cylindre s’arrête automatiquement et il attend, pour repartir, que le cylindre transmetteur, qui n’a alors effectué que les 99/100 de sa course, ait également effectué 19/20 de tour. L’écart maximum entre les cylindres n’atteint que le 1/100 de la périphérie du cliché et les deux cylindres repartent toujours ensemble à chaque tour.

Le système Berjonneau peut également se prêter à la transmission de dessins ou même de l’écriture pourvu qu’ils soient tracés à l’aide d’une encre isolante sur un papier conducteur ou avec une encre conductrice sur un papier isolant. On obtiendrait à l’arrivée la reproduction photographique de ces dessins ou de l’écriture.

Nous avons vu fonctionner cet appareil chez l’inventeur. Il fonctionne parfaitement, et pourtant il est construit avec des matériaux d’occasion ; la transmission n’est pas encore rapide, mais s’améliorera avec un appareil bien construit.

Nous verrons peut-être un jour la phototélégraphie prendre dans le journalisme une place analogue à celle qu’y a conquise la télégraphie.

Lucien Fournier


[1Voir les articles précédemment consacrés à l’appareil Korn (n°1754, du 5 janvier 1907) et à l’appareil Belin (n°1759, du 9 février 1907) dont nous décrirons prochainement le perfectionnement.

Messages

  • foisonnement de chercheurs en téléphotographie, sans oublier le capitaine Fulcrand, comme me l’a fait remarquer un de ses descendant.
    A votre avis, pourquoi E.Belin a pu émerger et s’imposer dans ce domaine ?
    Cordialement
    M. Coussement vesoul

  • J’avoue ne m’être jamais posé la question. Un avantage technologique ?
    Une meilleure visibilité de ses travaux ?
    En tout cas, une question qui mérite réflexion et qui permettrait sans doute de mieux comprendre pourquoi certaines innovations passent à la trappe quand d’autres connaissent leur heure de gloire.

  • foisonnement de chercheurs en téléphotographie, sans oublier le capitaine Fulcrand, comme me l’a fait remarquer un de ses descendants ou le curieux Monsignore Cerebotani .
    Très sympathique, habile conférencier… Edouard Belin a su trouver auprès de la presse et des autorités françaises un redoutable soutien. La miniaturisation de son appareil, avec sa valise bélino, lui a donné un avantage certain sur la technologie au sélénium de Korn. Pendant le même temps, il faut dire aussi que Korn avait des problèmes de relation avec les autorités allemandes en raison de son origine juive. Reste que la modeste entreprise de Belin a su s’imposer face aux géants allemands Siemens et Telefunken.
    Cordialement
    M. Coussement Vesoul

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