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Le dessin à distance : la phototélégraphie

R. des Mazis, La Science illustrée N°392. — 1er juin 1895

Mis en ligne par Denis Blaizot le dimanche 26 septembre 2010

Comme la Science illustrée l’a indiqué lors de la découverte [1]), un ingénieur américain, M. Amstutz, a trouvé le principe de la reproduction des photographies à distance à l’aide du courant électrique, invention qu’on pourrait considérer comme une combinaison du téléphone. et du phonographe. On rencontre, en effet, les traits caractéristiques de ces deux appareils dans l’électro-artographe de M. Amstutz. Le courant ondulatoire est employé comme dans le téléphone, tandis que la reproduction est faite sur un cylindre à révolutions synchrones, garni de cire, comme dans le phonographe. Les figures 1 et 2 donnent les reproductions du transmetteur et du récepteur ; les figures 3 et 4 représentent des schémas destinés à nous faire comprendre le fonctionnement de l’appareil.

Ayant obtenu une épreuve photographique négative du sujet à transmettre, on place sous cette épreuve une pellicule de gélatine sensibilisée par du bichromate de potasse, qui a la propriété de rendre insolubles les parties exposées à la lumière dans l’eau, tandis que les autres sont solubles. Les quantités dissoutes varient avec les ombres et les lumières du cliché.

Après la dissolution des parties solubles de la gélatine, il restera la même image que sur l’épreuve négative, mais elle sera entièrement en relief. Les figures 5 et 6 représentent des sections de cette feuille de gélatine où les variations de surface correspondent aux variations d’ombre et de lumière.

Cette pellicule est ensuite attachée à la surface du cylindre A (fig. 3), et en traînée dans un mouvement de rotation ; un traceur, formé d’une pointe B, ajustée à un levier C, reste sur cette pellicule, et, à mesure qu’elle tourne, se lève ou retombe suivant les ondulations de sa surface. Cette pointe communique un mouvement de haut et bas, mais très amplifié, au levier C ; un certain nombre de taquets ont un mouvement de rotation autour de l’axe D et appuient sur les dents E ; on remarquera que les extrémités des taquets F sont situées sur une ligne oblique par rapport à la partie horizontale de C ; lorsque" par suite d’une dépression dans la pellicule de gélatine, C est à son point de départ le plus bas, tous les taquets pressent contre les dents ; quand, au contraire, après une légère rotation du cylindre, ce dernier offrira une élévation de la gélatine qui soulèvera le levier C, tous les contacts avec les dents seront alors interrompus, sauf un ; là hauteur de la surélévation et la profondeur de la’ dépression dans la gélatine mesurent le nombre des taquets en contact avec les dents E.

En N se trouve une batterie, dont un des pôles est à la terre, l’autre est en contact avec l’axe D ; le courant passe à travers X, les taquets F, les dents E et la résistance H, puis la ligne principale ; il arrive ainsi au solénoïde I et retourne à la terre.

Quand tous les taquets touchent E, la résistance totale est minima : à mesure que les contacts sont interrompus, la résistance augmente. II se produit donc ainsi des variations de courant correspondant aux reliefs et aux creux de la gélatine ; d’où une série de variations dans le solénoïde I et son noyau correspondant au levier J.

Ce levier est mobile autour de l’axe K ; un stylet est placé en L et agit sur une pellicule de gélatine M. On comprend facilement que pour une révolution de A, suivant qu’il y aura plus ou moins de creux ou de bosses sur la gélatine, il y aura plus ou moins de courant lancé sur la ligne, et le levier J sera plus ou moins attiré. Nous n’avons indiqué que quatre taquets pour plus de simplicité, mais il est évident que plus ils seront nombreux, plus l’appareil sera sensible. M. Amstutz pense toutefois qu’avec dix taquets on pourrait obtenir toute la sensibilité désirable, ce chiffre pouvant être très inférieur pour des impressions de journaux illustrés. Supposons maintenant qu’une pellicule en relief ait été placée sur A, et une pellicule de cire ou de gélatine complètement lisse sur M ; les deux cylindres marchant à la même vitesse, une révolution de A produira une ligne sinueuse sur M ; mais, pour obtenir un dessin complet, il faudra produire une succession de lignes ; pour cela, on déplacera transversalement le traceur B et le stylet L ; on obtiendra ainsi une autre ligne, en spirale, à côté de la première. On aura la figure 6, dont les coupures en V correspondent aux sinuosités de la figure5. Il suffira alors de soumettre la feuille 6 à l’électrolyse pour pouvoir s’en servir comme d’une planche d’impression.

Les deux machines, génératrice et réceptrice (fig. 1 et 2), formant l’ensemble du système, présentent les mêmes caractères généraux : l’une porte un traceur, l’autre un chariot graveur, tous deux pouvant se déplacer transversalement sont guidés par un boulon placé à l’arrière et mis en mouvement par une vis située à l’avant ; les cylindres A et M sont semblables ; des engrenages destinés à faire tourner la vis et le cylindre sont analogues ; toutes deux enfin comprennent un mouvement synchrone pour régler la vitesse de chaque cylindre.

Grâce aux perfectionnements de détails apportés par ,M. Amstutz, on peut maintenant arriver à faire des reproductions artistiques.

Le travail accompli n’est pas confiné à la gélatine, mais peut aussi être fait sur métaux, sur or et sur argent, on peut également placer les machines côte à côte et exécuter un travail d’atelier. La reproduction ci-contre d’un dessin obtenu au moyen de I’électro-artographe donne une idée des capacités artistiques de cet appareil, le temps employé pour graver cette épreuve étant seulement de trois minutes.

On peut donc prévoir que très prochainement l’on pourra photographier des scènes populaires à Paris ou à Londres, et les reproduire le lendemain, dans les journaux du matin, à New-York et à Chicago, et cela sans modifier aucunement les conditions de la télégraphie actuelle.

On étudie en ce moment des perfectionnements à apporter à cet appareil pour obtenir une plus grande rapidité et pour le rendre utilisable indifféremment, soit avec les courants continus, soit avec les courants alternatifs. Quoi-qu’il en soit, si nos lecteurs veulent bien se reporter au premier article qui a été publié dans la Science Illustrée, sur l’appareil de M. Amstutz, ils verront, par le rapprochement des gravures données alors et celle présentée aujourd’hui, quel grand progrès a déjà été réalisé.

R. des Mazis