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L’art de la serrurerie

Henri-René d’Allemagne, La Nature N°1578 — 22 aout 1903

Mis en ligne par Denis Blaizot le samedi 4 janvier 2014

Depuis quelques années l’art de la serrurerie, ou plutôt de la charpente en fer, a pris un développement extraordinaire ; les travaux que l’on est arrivé à effectuer à l’aide de pièces métalliques, atteignent une proportion gigantesque et il semble même que l’on ne puisse attribuer une limite au développement de cette industrie. Toutefois, si nous faisons grand, pouvons-nous nous vanter également de faire bien et surtout de créer des objets artistiques capables de lutter avec les productions que nous ont laissées les siècles passés ?

Certes, il faut établir une distinction entre les œuvres de nos ferronniers modernes qui sont passés maîtres dans l’art de ciseler le fer et de le repousser au marteau. On est arrivé, en effet, à une perfection qui se rapproche plus des délicates pièces d’orfèvrerie que du travail du fer proprement dit.

Il y a quelques années tout le monde a pu admirer, au Musée des Arts Décoratifs, ce départ de rampe orné d’une tête de bélier qui avait été exécuté pour le Château de Chantilly. Cette œuvre d’art merveilleuse revenait, paraît-il, à cinq mille francs le mètre courant. Outre la difficulté de trouver des artistes capables d’exécuter de pareils chefs-d’œuvre, il est peu de fortunes qui puissent se permettre d’encourager les arts du métal d’une manière aussi onéreuse pour leur bourse. Bon pour Chantilly ! mais ailleurs, on ne le pourra pas souvent.

Ce qui est perdu maintenant, c’est l’initiative personnelle à chaque artisan, qui le rendait susceptible de donner un « cachet artistique » à chacune des pièces sortant de ses mains. Les anciens ouvriers trouvaient le moyen, à l’aide d’un habile agencement, de produire un effet décoratif charmant avec un travail d’une exécution facile. Nous donnons ici (fig. 1 et 2), comme exemple, ces curieuses couronnes servant autrefois à suspendre les quartiers de viande ; elles sont d’un profil intéressant et toute leur ornementation peut être exécutée à la forge et au ciseau. Nos artistes modernes pourraient y voir de bons modèles pour la composition des lustres et autres appareils servant pour l’éclairage.

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Pendant le dernier siècle on se préoccupait de donner aux objets usuels une forme et une décoration qui se rapportassent le plus exactement possible à l’usage auquel ils étaient destinés. Qu’y avait-il, en effet, de plus charmant que ces coffrets gothiques destinés à contenir le trésor de leurs propriétaires, ils ressemblaient à de véritables forteresses toutes hérissées de contreforts et munies de fenestrages analogues à des meurtrières garnies de défenseurs prêts à repousser les attaques de ceux qui chercheraient à venir s’emparer de leur précieux contenu (fig.6).

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C’est dans le même esprit qu’a été comprise cette serrure de coffre :(fig. 3), dont le moraillon est formé d’une figure de saint Sébastien. Debout sous son dais, il protège l’entrée de la serrure masquée par une petite porte surmontée d’une couronne fleurdelisée. Ce genre de serrure était très en vogue au Moyen Age et il a été longtemps proposé comme épreuve aux jeunes compagnons qui aspiraient à acquérir la maîtrise pour po mail’ tenir boutique et ouvroir dl la bonne ville de Paris.

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La plupart des travaux des serruriers ont un but d’utilité où la partie ornée n’est que l’accessoire ; quelques artistes, on pourrait dire quelques virtuoses du marteau, ont voulu prouver que si ingrate que fût la matière, elle n’avait cependant rien à refuser à ceux qui savaient la travailler : telle est cette magnifique tête en fer repoussé au marteau, qui est un véritable haut-relief ayant autant de caractère que l’une des plus belles œuvres exécutées en marbre par les sculpteurs italiens (fig. 4). Ce travail est un véritable tour de force exécuté par un habile ouvrier ; mais il faudrait bien se garder de voir ici un chef-d’œuvre de maîtrise, car on ne saurait trop répéter que ces travaux, exécutés par des jeunes gens de 20 à 25 ans, rentraient toujours dans la même catégorie d’ouvrages et représentaient, toutes proportions gardées, ce que pourrait être, si l’on veut, le discours français d’un jeune homme aspirant au titre toujours tant désiré de bachelier.

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Depuis quelques années le goût des collections a pris un essor considérable et maintenant tout le monde recherche, souvent même un peu à tort et à travers, les vestiges du passé. Pour rendre plus précieux les objets que nous ont légués nos ancêtres, il est intéressant de les utiliser sans les déformer ni en changer le caractère. Nous signalerons volontiers l’intéressante adaptation que l’on a fait d’un couronnement de grille du XVIIe siècle pour en faire une grille de cheminée (fig. 5). Quelques esprits chagrins trouveront peut-être qu’il y a là un sacrilège ; mais nous préférons voir dans l’utilisation de ce fragment de serrurerie un véritable sauvetage qui a été opéré, car sa transformation lui a peut-être évité d’être honteusement jeté dans le tombereau des vieilles ferrailles destinées à alimenter les modernes hauts fourneaux, pour revenir ensuite dans notre capitale sous forme de poutre destinée à l’édification de quelque gigantesque construction métallique.

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